La Marche verte contée par un vétéran de la MAP

mapexpress.ma – 04/11/2015

Propos recueillis par Abdelkrim AkerkabCelebration-de-la-Marche-Verte1

L’anniversaire de la Marche verte, célébré vendredi par le peuple marocain, constitue une occasion pour nombre de journalistes vétérans de conter et faire revivre à leurs jeunes confrères et aux lecteurs les moments mémorables de cet important événement historique.
Le journaliste Ali Benstitou, qui a assuré la couverture de cet évènement pour le compte de l’agence Maghreb Arabe Presse (MAP), est l’un de ces rares et chanceux journalistes qui ont pu vivre les moments forts de la Marche verte, un évènement qui reste gravé dans sa mémoire, quarante ans après.
thM. Benstitou se rappelle comment feu SM Hassan II a pris au dépourvu le monde entier en appelant à l’organisation de la Marche verte au moment où les pronostics sur l’avenir des provinces du Sud du Maroc allaient bon train.
Les choses ont commencé au début d’octobre 1975, raconte ce vétéran de la MAP alors en activité à la rédaction arabophone à Rabat, avec le flot d’informations et de dépêches diffusées par les agences de presse et les grands journaux internationaux sur les tenants et aboutissants du ballet diplomatique vécu par le Maroc à cette époque concernant la volonté du Maroc de recouvrer son Sahara et son appel lancé à l’Espagne pour l’ouverture de négociations sur ce dossier.
Alors que la presse internationale et les milieux diplomatiques s’interrogeaient sur les intentions du Maroc, ajoute-t-il, les médias publics marocains ont été invités à dépêcher des représentants à Marrakech le 16 octobre, “sans savoir de quoi s’agit-il exactement”.
Le 16 octobre, feu SM Hassan II adressa un discours à la Nation dans lequel le regretté Souverain annonça l’organisation d’une marche pacifique en direction du Sahara, “une annonce qui a constitué une surprise pour ceux qui suivaient l’évolution du dossier du Sahara, pomme de discorde entre Rabat et Madrid”, a-t-il poursuivi, soulignant que cet appel a reçu l’adhésion spontanée et unanime de toutes les couches sociales de la société marocaines et l’ensemble de ses composantes politiques et idéologiques, toutes tendances confondues, de même qu’il a constitué un sujet de prédilection pour l’ensemble des titres de la presse internationale.

Général Franco

Général Franco

Fut entamée alors la préparation discrète de la Marche, prévue initialement le 26 octobre avant d’être reportée au 6 novembre pour permettre l’aboutissement des négociations avec l’Espagne qui vivait une période difficile marquée par la maladie du Général Franco et les préparatifs de transfert du pouvoir au Roi Juan Carlos, ajoute M. Benstitou selon qui la Marche verte représentait un moyen de pression efficace sur l’Espagne pour s’asseoir autour de la table de négociations, en même temps qu’elle a poussé l’Algérie à contredire les intérêts du Maroc et à s’opposer farouchement au parachèvement de son intégrité territoriale, une attitude devenue une ligne de conduite et une constante dans la politique étrangère d’Alger, constate-t-il.
M. Benstitou retient avec étonnement ce revirement dans la position de l’Algérie dont le président Houari Boumédiene assura publiquement lors du Sommet arabe de Rabat en octobre 1974 que son pays “n’avait aucune convoitise sur le Sahara”, outre la déclaration de son ministre des Affaires étrangères d’alors, Abdelaziz Bouteflika, qui a affirmé qu’Alger “n’est nullement concerné par le Sahara”.
Il se rappelle également comment la MAP, qui vient de changer de statut en devenant une entreprise publique après avoir revêtu durant de longues années les habits d’une société privée, avait mobilisé tout ses moyens humains et techniques pour assurer la couverture de cet évènement. C’était, explique-t-il, un travail de fourmi, jour et nuit, pour alimenter les agences de presse internationales et les médias nationaux en informations concernant les préparatifs de la Marche verte.
Dans ce cadre, la MAP a installé deux centres de presse dotés de tous les équipements techniques, l’un à Marrakech et l’autre à Agadir, et pourvus d’un staff de journalistes pour couvrir les activités royales et le ballet diplomatique de l’époque, a-t-il précisé.
L’agence, a poursuivi le journaliste, a également déployé des journalistes dans l’ensemble des préfectures et provinces pour couvrir les préparatifs de la Marche verte.
Marche verteAli Benstitou raconte avoir été chargé de la couverture du cortège des volontaires qui s’est ébranlé à bord de plusieurs trains à partir de la ville de Kenitra, chef-lieu de la région du Gharb, à destination de Marrakech avant de rejoindre Agadir à bord d’une flotte de camions et d’autocars, puis Tarfaya où a été installé un gigantesque campement rassemblant des dizaines de milliers de personnes, encadrés et pris en charge par les éléments des forces armées royales (FAR).
M. Benstitou a tenu à rappeler comment une délégation de journalistes qui accompagnait la caravane des volontaires est arrivée dans la soirée à Tan-Tan au troisième jour de la Marche verte, et a décidé de passer la nuit dans cette ville avant de s’envoler le lendemain vers Tarfaya.
Durant la journée suivante, il a été procédé à la mise en place d’un Centre de presse de l’agence en vue de recueillir les informations relatives à cette marche et les transmettre à la rédaction centrale à Rabat, qui veillera ensuite sur leur traitement et leur diffusion aux abonnées aux niveaux national et international, a indiqué le journaliste notant que l’agence constituait alors la source principale d’informations pour les médias intéressés par la couverture de cet événement tant à l’intérieur du Royaume qu’à l’étranger.
L’agence MAP recevait également à travers son réseau de bureaux internationaux et le service des Ecoutes radiophoniques, un important lot de dépêches et d’informations au sujet de cette Marche, lesquelles étaient traitées avant leur diffusion sur le fil.
Durant dix jours, a-t-il indiqué, tout le monde patientait et les journalistes se déplaçaient de temps à autre à Agadir à bord d’un avion militaire en vue de suivre les activités politiques et diplomatiques avant de retourner à Tarfaya et ce, jusqu’au 5 novembre quand feu SM Hassan II s’adressa aux volontaires et au peuple marocain, en annonçant le début de la glorieuse Marche verte en direction du Sahara, le 6 du même mois, une journée qui reste gravée dans la mémoire de tous ceux qui ont vécu cette épopée.
La-marche-verteFeu SM Hassan II avait entamé son discours par le verset coranique : “Quand ta décision est prise, aie confiance en Dieu” avant de s’adresser aux volontaires qui suivaient ce discours sur les ondes de la radio, en affirmant : “Demain, tu franchiras la frontière. Demain, tu entameras ta Marche. Demain, tu fouleras une terre qui est la tienne. Tu palperas des sables qui sont tiens. Demain, tu embrasseras un sol qui fait partie intégrante de ton cher pays”, alors que la foule des volontaires rassemblés scandait “Allahou Akbar”, raconte le journaliste de la MAP soulignant que ce fut une journée mémorable au cours de laquelle les volontaires hissaient les drapeaux nationaux et les photos de feu SM Hassan II et scandaient des slogans réaffirmant la marocanité du Sahara et louant la glorieuse Marche verte.
Il ajoute se rappeler encore de l’arrivée, dans une ambiance inattendue, du cortège de hauts responsables civils et militaires avec à leur tête le Premier ministre de l’époque, Ahmed Osman, accompagné de délégations officielles, des ambassadeurs de pays arabes et africains et des représentants des partis politiques nationaux et de plusieurs acteurs de la société civile de certains pays étrangers, outre un grand nombre de journalistes et représentant des médias étrangers avec une présence importante de la presse espagnole.
MarcheVerte1M. Benstitou retient encore que feu SM Hassan II a donné vers 10h00 le feu vert pour le départ des volontaires en direction du Sahara et l’avancée des premiers participants à cette marche, qui, se rappelle-t-il, étaient originaires d’Errachidia et de Ouarzazate.
Le journaliste explique que devant l’absence des moyens de communications directs, les journalistes de la MAP ont constitué alors la principale source d’informations concernant ce glorieux événement, précisant que le 9 novembre, feu SM Hassan II adressa un discours à la Nation dans lequel le Souverain a souligné que la Marche avait atteint son objectif et demandé aux volontaires de revenir à leur point de départ, en l’occurrence Tarfaya, en attendant les résultats des contacts diplomatiques intenses entre Rabat et Madrid au niveau des Nations unies.
Il a souligné également que trois jours après, une délégation marocaine s’était déplacée à Madrid pour engager les négociations tripartites entre le Maroc, l’Espagne et la Mauritanie qui ont été sanctionnées par la signature le 14 novembre de l’accord ayant permis au Maroc de recouvrer ses provinces du sud. Cet accord, approuvé par l’Assemblée générale des Nations unies et adoptée aussi par “La jamaa sahraouie”, une sorte de parlement local qui représente la population de ces provinces, et qui avait réaffirmé lors de sa réunion tenue à Laâyoune le 26 février 1976, la marocanité du Sahara, ce qui a été considéré alors comme une forme d’autodétermination des régions récupérées de l’occupation espagnole, a fait observer M. Benstitou.

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