Archives de décembre 11th, 2015

Congrès International de l’Arganier du 17 au 19 décembre 2015 à l’hôtel Royal Atlas d’Agadir

 
12183011_958151047571410_7601271441083041882_o

Pour consulter le programme du congrès, cliquez sur la couverture du programme :
12314000_951370474912283_2219687984522039455_n

Au Maroc, Mohammed VI appelle à prier pour la pluie

Par Youssef Ait Akdim – lemonde.fr – 11/12/2015

Lors d'une prière pour la pluie

Lors d’une prière pour la pluie (Istisqa)

Le roi du Maroc s’intéresse aux questions climatiques. Et pas seulement à la COP21. Ce vendredi 11 décembre, toutes les mosquées du royaume accomplissent la prière de l’Istisqa pour conjurer la sécheresse.

La prière est prévue à la dixième heure de ce 29e jour du mois de safar de l’an 1437 du calendrier de l’Hégire

En avril 2013, en pleine tempête Cahuzac, François Hollande effectuait une visite d’Etat au Maroc. Devant la communauté française de Casablanca, il se livrait à son exercice favori, l’autodérision : « Je viens, il pleut. Je perpétue donc là aussi une tradition. Tout à l’heure, un membre de la famille royale je ne dirai pas lequel m’a dit qu’il y avait une formule de Lyautey selon laquelle gouverner, c’était pleuvoir. » L’hôte de Mohammed VI semblait découvrir cet adage attribué au maréchal, résident général du protectorat français au Maroc de 1912 à 1925. Ce qui n’avait pas manqué d’agacer certains officiels marocains, convaincus que ce président, décidément, manquait de culture marocaine.

Un siècle après Lyautey, la pluie demeure une donnée première de l’agenda politique du royaume chérifien. Par définition capricieuse et résistante aux outils d’une gestion rationnelle du pouvoir, la pluie continue donc de rythmer la vie des ruraux. Et dans une économie restée dépendante de l’agriculture (environ 15 % du PIB), elle est une préoccupation constante du palais. Mohammed VI vient d’en donner une preuve supplémentaire, en convoquant pour ce jour, depuis Abou Dhabi où il effectue une visite privée, la Salat Al-Istisqa, la prière rogatoire pour la pluie.

Ensemencement des nuages

Dans un ouvrage emblématique de la littérature coloniale, préfacé par le maréchal Lyautey, Essai de folklore marocain : croyances et traditions populaires (1926), la doctoresse Françoise Légey rapportait ainsi ses impressions : « La grande prière de l’Istisqa, du verbe ska [il a arrosé], est une prière pour la pluie qui est prescrite par le sultan, quand le manque de pluie est une vraie calamité publique. Pour participer à la prière, il faut être en état de pureté et jeûner le jour où elle doit être dite. Il faut être pieds et tête nus, dans l’attitude des suppliants. (…) Quand la prière est terminée, tous les fidèles doivent retourner leur djellaba à l’envers, pour bien indiquer au ciel que le temps doit tourner. »

La prière est donc prévue à la dixième heure de ce 29e jour du mois de safar de l’an 1437 du calendrier de l’Hégire, « dans toutes les régions, provinces et préfectures du Royaume, sur ordre de Sa Majesté le roi Mohammed VI, Amir Al-Mouminine », précise un communiqué du ministère des habous et des affaires islamiques. Le ministère, chargé de relayer l’appel à la prière dans toutes les mosquées du royaume, se réfère explicitement à une tradition prophétique et cite un verset coranique « Et c’est Lui [Dieu] qui fait descendre la pluie après qu’on en a désespéré, et répand Sa miséricorde ».

Pour conjurer la sécheresse, Hassan II – le père de Mohammed VI – avait aussi lancé, dans les années 1980, un programme d’ensemencement des nuages baptisé « Al-Ghaït » (la pluie) mobilisant les forces armées royales de l’air et la coopération bilatérale américaine afin de « provoquer ». Mais le recours à cette technologie avancée ne prive pas le « commandeur des croyants » d’en appeler à Dieu pour les mêmes fins. « Une majorité de Marocains croit aux vertus de la prière, même s’ils regardent aussi avec attention les bulletins météorologiques à la télévision », avance le politologue marocain Mohammed Tozy.

4829611_6_4444_2015-12-11-510663e-8794-um06ln_d0ee220744baf94c94f9d616af579d0d

Pour l’auteur de Monarchie et islam politique (Presses de Sciences Po, 1999), l’appel à la miséricorde divine fait partie de « la panoplie du commandeur des croyants », le titre de guide religieux revendiqué par le roi du Maroc depuis Hassan II. Quand la prière est suivie de la pluie, la baraka du roi, chérif, descendant du prophète est réaffirmée. « Mais, souligne Tozy, la prière rogatoire n’est pas assortie d’une obligation de résultat. Si la pluie ne survient pas, c’est que la communauté n’a pas expié tous ses péchés. » En janvier 2012, à peine son cabinet installé, le chef du gouvernement islamiste Abdelilah Benkirane avait participé, avec ferveur et force larmes, à une précédente prière de l’Istisqa.

« Concurrence dans le champ religieux »

A longueur d’interviews, Benkirane explique, depuis, que son équipe est bénie de Dieu. Mais, après une succession de bonnes campagnes agricoles, le royaume enregistre actuellement un déficit pluviométrique sévère, qui inquiète particulièrement dans les régions céréalières. Les cultures du blé tendre, de l’orge et du blé dur sont le baromètre de l’agriculture, elles ont aussi un impact immédiat sur la balance commerciale du Maroc. En 2014, la récolte avait culminé à 115 millions de quintaux, un record qui n’avait pas empêché le Maroc de devoir importer massivement des céréales, notamment du maïs et du blé. Pour la campagne en cours, les professionnels anticipent déjà une récolte, au mieux, moyenne.

« Oui, la prière rogatoire obéit à une croyance populaire, largement partagée, confirme l’historien marocain Mohammed Ennaji (Le Sujet et le mamelouk, Mille et une nuits, 2007). La spécificité marocaine réside dans l’usage politique est symbolique qu’en fait la monarchie. » Ces derniers temps, l’Istisqa a été accomplie en Arabie saoudite ou en Indonésie. « Au Maroc, précise Ennaji, la pratique n’est pas autonome. Elle est initiée par le pouvoir, dans le cadre d’une concurrence dans le champ religieux entre la monarchie et les islamistes. »

Par-delà la superstition, il s’agit donc d’une question politique, puisque la monarchie n’entend pas céder le monopole de la tradition aux islamistes. « La même logique est à l’œuvre lors du ramadan, ajoute Ennaji. Alors que les calculs astronomiques permettent de déterminer avec certitude le début du mois sacré, le pouvoir privilégie encore l’observation à l’œil nu du croissant. » Pour Tozy, « la prière rogatoire est un atour de l’islam populaire marocain. Dans ce registre, le pouvoir n’abandonne rien ».

« Traces du Maroc ». Une exposition de photographies de Marc Belli, Galerie Lichir à Taroudant du 22 décembre au 30 janvier

« Traces du Maroc ».
Une exposition de photographies de Marc Belli.
Galerie Lichir. Taroudant. Maroc
12370773_10153818512143708_5226004450032645824_o

Note : أَثَر signifie la trace, la piste, l’empreinte et aussi l’impact, l’effet 

Marc Belli vous présente son exposition :

Un mot pour vous informer au sujet de mon exposition de photographies que je prépare en ce moment même. Elle aura lieu à Taroudant à la Galerie Lichir. Un vernissage est prévu le mardi 21 décembre à partir de 17h, et l’exposition se tiendra ouverte au public du 22 décembre au 30 janvier.

Ce sera l’occasion pour moi de présenter un travail très personnel, une sélection de photographies faites au Maroc au cours de ces 10 dernières années. La « trace », comme témoin d’une existence du passé (pas forcément lointain) s’est imposé comme le thème fondateur de cette exposition. Elle en portera le titre, « Traces du Maroc ». Une manière pour moi de dresser en images un portrait poétique et très personnel du Maroc.

Les « traces » se définissent par une suite d’empreintes ou de marques physiques ou matérielles laissées par le passage de quelqu’un ou de quelque chose. On peut en dire de même de la photographie. La lumière en laissant son empreinte sur une surface photosensible participe du même processus. C’est de ce postulat que l’exposition tire son titre et cerne le sujet en rassemblant un choix de ces photographies prises au Maroc. Par un jeu d’assemblage et d’accumulation des photos, la scénographie dessine des nuages fragmentés d’images, comme autant d’anecdotes révélant un récit en soi. Les compositions tentent ainsi de « tracer » un portrait sensible et poétique du Maroc contemporain, loin des clichés stéréotypés.12307482_10153813410163708_8516323631953096382_o

Par ailleurs, ce sera aussi l’occasion de présenter toute une série de cahiers de mes photographies. Des éditions limitées, numérotées et signées, façonnées à la main en reliure japonaise.

Cahier de photographies "Polaroïds Maroc". 24 pages, 19 photos couleur reproduites à partir de Polaroïds SX-70 originaux numérisés. Impression pigmentaire sur papier photo mat, 180 x 164,5 mm, reliure japonaise. Édition signée et numérotée dans la limite de 20 ex.

Cahier de photographies « Polaroïds Maroc ». 24 pages, 19 photos couleur reproduites à partir de Polaroïds SX-70 originaux numérisés. Impression pigmentaire sur papier photo mat, 180 x 164,5 mm, reliure japonaise. Édition signée et numérotée dans la limite de 20 ex.

 

%d blogueurs aiment cette page :