Nouvel an amazigh 2966 : Un Yennayer à la gloire de l’Homme, de la terre et de la mémoire

par Houcine MAIMOUNI – MAP- lemag.ma – 11/01/2016

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La célébration, le 13 janvier, du nouvel an  amazigh « Idh Yennayer » 2966, rappelle à la mémoire une myriade de couleurs, de  plats et de senteurs, donnant à voir un kaléidoscope d’images et de perceptions  sur un calendrier fort atypique. Puisant ses sources dans une histoire  pluriséculaire, elle a su, par ses charges symboliques, tenir tête à l’érosion  des temps.

Hasard du calendrier ou jeu de l’Histoire, cette célébration, qui  intervient au lendemain du 72ème anniversaire de la présentation du Manifeste  de l’Indépendance (11 janvier 1944), résonne plus qu’un symbole. Elle restitue,  en filigrane, les airs d’un hymne fondateur à la gloire de l’Homme, de la terre  et de la mémoire, celles d’un Maroc fort de son ancrage, riche de ses multiples  affluents et résolument ouvert au large.

« La célébration du nouvel an amazigh, dit Idh Yennayer, qui coïncide avec le  13 janvier de chaque année, équivaut à rendre justice à la mémoire et à la  culture amazighes en tant qu’affluents essentiels, parmi d’autres composantes  de l’identité nationale », souligne, d’emblée Ahmed Sabir, ex-doyen de la  Faculté des lettres et des sciences humaines (Université Ibn Zohr d’Agadir).

Dans un entretien à la MAP, l’interviewé relève qu' »il importe de se rendre  à l’évidence et de rendre justice à la mémoire et à la culture amazighes en  leur donnant un droit au chapitre pour leur permettre de contribuer à  l’enrichissement de l’identité marocaine forte de ses diverses composantes ».

Ceci est d’autant plus important, note-t-il, que nombre de discours royaux  n’ont cessé de rappeler cette éternelle « richesse de l’identité marocaine avec  ses multiples affluents arabo-islamique, amazigh, hassani et autres formes  d’expression, dont les rituels juifs, qui ne doivent souffrir d’aucune  exclusion ».

Mais d’où vient ce « Idh Yennayer »? En quoi est-il si important en termes de  rituels? D’où tient-il toute cette résilience à l’érosion des temps?

S’il est une lapalissade que « Idh Yennayer » renvoie, indistinctement, à la  nuit marquant le nouvel an agricole, il n’empêche que d’autres interprétations  s’y sont associées.

Sur ces origines brumeuses, M. Sabir, un chercheur connu pour des écrits de  haute facture en la matière, fait observer que Idh Yennayer renvoie en langue  amazighe à la veille de Yennayer marquant le début du calendrier agricole et  non pas au calendrier grégorien.

Cette date « rendrait également l’écho de l’intronisation du roi amazigh  Chichong dans l’Egypte antique ».

« Preuve en est que la région égyptienne de Siwa commémore encore cette fête  amazighe », dira-t-il, sans préciser les circonstances et le contexte  historiques de cette intronisation de Sheshonq Ier, fondateur de la XXIIe  dynastie pharaonique (environ 1000 Avant JC).

C’est que, « lorsqu’on parle de mémoire, on évoque nécessairement l’identité,  les racines et les origines, tant que celui qui n’a pas d’origine n’a pas  d’avenir », soutient Khalid Al Ayoud, enseignant-chercheur et acteur associatif.

D’identité précisément, M. Al Ayoud évoque la fameuse « Tagulla » (une sorte  de purée à base d’orge ou de maïs) qui, de par sa composition et sa texture  même, marque l’adieu d’une saison agricole et présage le meilleur. Dans des  régions exportatrices de migrants, comme le Souss, des retrouvailles se  scellent, des amitiés se tissent, des alliances se nouent autour d’un mets très  spécial : « Orkimen », un plat à base de sept céréales (maïs, orge, fèves,  lentilles, etc.). Tout un symbole!

« C’est que Orkimen clôt une année agricole avec ce qui reste de céréales,  tout en aiguisant l’appétit pour une année qui s’amorce », explique le même  chercheur, notant que la préparation de ce plat avec des pieds de chèvre ou  d’agneau renvoie à une autre dimension identitaire, celle de l’agriculture et  de l’élevage en tant que source de subsistance.

Alors que les politiciens se démènent pour des lois organiques sur la  langue amazighe et le Conseil national des langues et de la culture marocaine,  « Tagulla », un mets délicieux servi avec un mélange de miel et d’argan ou de  miel et de beurre, reconquiert un espace de plat-symbole, à l’image d’une  Tarte: Celle du nouvel an amazigh.

Qu’à cela ne tienne, mais à l’aune d’une année législative, qui s’annonce  fort palpitante, il importe de rappeler que la tradition veut qu’un noyau de  datte soit dissimulé dans « Tagulla » et quiconque tombe dessus est considéré  comme « Ighermi », le chanceux de l’année sur tous les plans.

 

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