Maroc : dans les régions, c’est cahin-caha

leconomiste.com – 21/01/2016

■ Petite éclaircie pour des patrons r’batis

Dans les régions, c’est cahin-caha

Les chefs d’entreprises de la région de Rabat affichent un franc optimisme pour les perspectives 2016, mais avec des degrés qui diffèrent d’un secteur à un autre. Ainsi, un sentiment de confiance est relevé chez les opérateurs du secteur du textile. «J’entame cette année avec de bonnes perspectives pour l’évolution de mon chiffre d’affaires avec des commandes assurées jusqu’au mois de mars prochain», se réjouit un patron d’une usine de textile à Salé, dont la totalité de la production est destinée à l’export notamment vers le marché britannique.
Une tendance, selon lui, qui devrait se poursuivre sur le reste de l’année. Même avis pour un jeune industriel qui vient de lancer son usine de textile dans la région. «Pour le moment, on travaille pour répondre au marché local», précise ce jeune chef d’entreprise diplômé d’une grande école de commerce européenne. Pour lui, le marché du textile est porteur et les commandes ne manquent pas. En revanche, il pointe un déficit en main-d’œuvre qualifiée et en profils pointus qui posent de sérieux problèmes pour le développement du secteur, selon notre jeune entrepreneur qui trouve des difficultés pour embaucher des profils de modélistes. Le même optimisme est constaté dans d’autres secteurs. «En dépit d’un déficit en pluviométrie, je reste optimiste pour l’activité de mon entreprise en 2016, eu égard aux projets réalisés par le gouvernement», avance le chef d’une grande usine spécialisée dans la fabrication des pâtes alimentaires. Toutefois, il tient à signaler que le secteur meunier pourrait connaître cette année des perturbations sous forme de fusions de minoteries ou la disparition de certaines unités qui n’arriveront pas à faire face à la concurrence. Pour notre industriel, les entreprises bien organisées qui investissement pour moderniser leur système de production peuvent s’en sortir et terminer l’année sans problèmes. L’optimisme est de mise également chez un dirigeant d’un grand bureau d’ingénierie à Rabat spécialisé dans les projets d’infrastructures: routes, port, chemin de fer, barrages… «Pour notre secteur, l’effort de l’Etat en matière d’investissements est maintenu dans son budget pour l’année 2016», rappelle le directeur de ce cabinet. Il soulève cependant le problème du retard pour la mise en place des crédits alloués aux différents départements ministériels à un moment où l’outil informatique peut être exploité pour pallier cette insuffisance. Il faut attendre jusqu’au mois de mars pour débloquer les crédits. Le directeur du cabinet d’ingénierie affiche par ailleurs son inquiétude pour le secteur de l’immobilier et des bâtiments qui peine encore à sortir de sa crise.

L’Etat invité à régler ses factures

Les patrons n’annoncent malheureusement pas tous le même enthousiasme quant aux perspectives d’avenir à court ou moyen terme. Pragmatiques et touchés, ils rappellent qu’«au moment où on constate un durcissement au niveau du contrôle fiscal, le gouvernement ne fait rien pour protéger les industriels contre le fléau de la contrebande». Une telle situation pourrait contraindre plusieurs PME à la faillite avec, en conséquence, des licenciements, avertissent les professionnels. Une conjoncture qui n’est pas facilitée par les retards de paiement qui inquiètent fortement les entreprises, dont la santé financière en subit le contrecoup. «En principe, l’Etat doit donner l’exemple sur ce sujet en incitant ses départements et ses entreprises à régler leurs fournisseurs et prestataires dans les délais réglementaires», rappelle une chef d’une PME.

N. E. A.

Marrakech: Le tourisme et l’immobilier sur la touche

Dans les régions, c’est cahin-caha

Pas de perspectives réjouissantes pour 2016 à Marrakech. La tendance baissière du tourisme inquiète les opérateurs économiques qui s’attendent à une année de marasme. Les attentats qui continuent laissent planer des difficultés encore plus importantes que celles de 2015. Ce qui aura des conséquences sur les trésoreries des hôtels. Pour le secteur des services, l’année 2016 s’annonce extrêmement compliquée. Youssef Mouhyi, ancien président de la CGEM, s’inquiète de l’absence de mesure à même de rassurer les investisseurs. «On le sent déjà au niveau des carnets de commandes en baisse et des délais de paiement qui se rallongent». Pourtant, de nouvelles niches auraient pu permettre de diversifier l’activité économique de la région comme l’industrie culturelle ou encore les activités offshoring, ajoute Mouhyi. L’agroalimentaire n’échappe pas non plus au marasme. «Comme l’ensemble des secteurs orientés export, nous sommes touchés par la baisse de l’euro», indique Hassan Debbagh de Cartier Saada. Concernant l’immobilier, pas de visibilité pour le secteur et les opérateurs s’interrogent sur ses réelles réalisations.
A Marrakech qui n’a toujours pas de plan d’aménagement, la situation se corse davantage, souligne Adel Bouhaja, promoteur immobilier et président actuel de la CGEM.
B. B.

■ Tanger: Bonne mine pour l’automobile et le bâtiment

Dans les régions, c’est cahin-caha

Pour les opérateurs économiques au Nord, 2016 promet d’être aussi tourmentée que 2015. En effet, selon certains industriels et hommes d’affaires contactés par L’Economiste à Tanger, les prémices laissent présager que cette année sera un remake de celle qui l’a précédé.
Le secteur du commerce réussit à tenir la barre grâce à la consommation des ménages qui se maintient, selon un banquier. Mais la tempête guette, car le retard et la faiblesse des précipitations risquent d’affecter le moral des opérateurs qui seront tentés de réduire leurs investissements, continue ce dernier.
Pour les exportateurs, qui forment une part importante du secteur économique de la région, l’instabilité qui a caractérisé les marchés au niveau mondial en 2015 se maintient en 2016.

Dans les régions, c’est cahin-caha

Certains par contre réussissent à tirer leur épingle du jeu comme l’automobile qui profite d’un regain de croissance en Europe.
Les seuls à afficher une bonne mine sont les opérateurs du bâtiment et des travaux publics. Pour certains, 2015 a été une bonne année et il est prévu que 2016 suive sur le même rythme. La raison n’est autre que le programme Tanger-Métropôle qui a boosté les commandes. «Les commandes sont là mais se faire payer est une autre histoire», tempère le responsable d’une société qui se plaint de la douloureuse épreuve que suppose le recouvrement.
A. A.

Fès «sinistrée» à tous les niveaux

Dans les régions, c’est cahin-caha

A Fès, commerçants, industriels, promoteurs immobiliers et professionnels du tourisme sont unanimes. La crise est générale. A tel point que les commerçants de la médina ont organisé, dernièrement, un sit-in autour d’un cercueil qui symbolisait «l’enterrement de l’économie locale». Même son de cloche auprès des industriels du quartier de Sidi Brahim. Surtout les textiliens qui font état d’un secteur «sinistré». «Plusieurs unités chôment et il y aura de la casse…», soulignent-ils. Et d’ajouter: «Nous n’avons plus de visibilité et pas de commandes non plus». En effet, plusieurs usines tournent à moins 20% de leur capacité à Fès. La plupart d’entre elles risquent de mettre la clé sous le paillasson. La raison? Outre les ateliers informels qui prolifèrent, la concurrence des unités de Tanger et de Rabat devient de plus en plus rude. «Nos prix de revient sont plus élevés et nous ne sommes plus compétitifs par rapport à l’Espagne, la Turquie ou encore certains pays asiatiques». S’ajoutent à ces maux, des banques qui ferment le robinet et une crise de consommation qui frappe l’Europe.
Résultat: la région exporte de moins en moins, donc automatiquement produit moins et son chômage est galopant. En somme, les textiliens de la ville (jadis terre du textile) souffrent, et c’est toute la ville qui en pâtit. De plus, «l’aéroport de la ville est mal desservi faisant fuir une grande partie des clients, qui perdent presque 48 heures de plus pour arriver à Fès par rapport à Tanger et Casablanca», s’accordent les membres de l’Amith (bureau régional). Il ne s’agit pas des seules contraintes que rencontrent les industriels; ces derniers se plaignent également de l’absence d’une zone franche ou encore des mesures fiscales avantageuses qui compenseraient et encourageraient les investisseurs. En attendant, un plan de promotion agressif des exportations, en coordination avec les professionnels s’impose. Cette stratégie devrait viser l’intensification de la promotion vers les grands donneurs d’ordre européens. De même, l’Etat devrait organiser des road-shows destinés aux catégories d’investisseurs potentiels, et en priorité les grandes entreprises textile.
L’objectif étant de présenter les opportunités existantes dans cette activité et les orienter vers les différents instruments de support mis en place pour les accompagner, propose-t-on. S’agissant du tourisme, les professionnels évoquent aussi une crise sans précédent. Ces derniers espèrent que le plan d’actions de l’ONMT vise la promotion de la capitale spirituelle comme destination prioritaire en 2016. A noter que Fès célèbrera cette année son 1.208e anniversaire.
Y. S. A.

Souss: L’agro-industrie s’en tire plutôt bien

Dans les régions, c’est cahin-caha

Au niveau de la Région Souss Massa, le marché des affaires est plutôt mitigé. Les exportateurs abordent l’année avec une certaine appréhension. En plus de l’absence de pluie, les prix à l’export ont baissé, alors qu’il s’agit des mêmes quantités de légumes exportées que l’année dernière. Une morosité qui s’explique par les récents actes terroristes que la France a connus. «S’il n’y a pas de sauvetage de la part des banques, ce sera très dur pour les exportateurs. Nous avons besoin de crédits et de facilités pour éviter l’étranglement», explique Omar Mounir, vice-président et porte-parole de la Fédération interprofessionnelle des fruits et légumes (Fifel). «Aujourd’hui, beaucoup d’entrepreneurs ont du mal à payer leurs employés, c’est pourquoi, de nouveaux recrutements sont à écarter pour le moment», a-t-il ajouté. Dans l’industrie agroalimentaire, le climat est sensiblement meilleur puisque la nouvelle année est abordée avec optimisme, avec un carnet de commandes, certes pas encore fixé, mais avec de bonnes perspectives tout de même. Toutefois, si la trésorerie reste satisfaisante à 50%, les industriels estiment que des fonds plus importants leur permettraient d’augmenter leurs parts de marchés, nous explique Mohamed Bouayad, président d’Agadir Haliopole cluster.
Pour ce qui est des crédits bancaires, le souci reste la lenteur des procédures et les taux d’intérêt trop élevés, d’où plus de garanties demandées par les banques. Concernant le recrutement, il concernera surtout les cadres et les profils pointus. Si de manière générale, le secteur de l’agro-industrie se porte plutôt bien au niveau de l’extérieur, des craintes sont formulées en ce qui concerne la qualité de l’approvisionnement en matières premières et sa régularité. Particulièrement les produits qui viennent de Dakhla et Laâyoune et qui remettent en question les conditions de conservation lors de l’acheminement. Quant au secteur touristique, les professionnels prennent leur mal en patience en attendant des jours meilleurs. Sachant que certains établissements, notamment ceux en front de mer, tirent relativement mieux leur épingle du jeu.
F. N.

Oriental : Des patrons regrettent d’avoir investi dans la région

Dans les régions, c’est cahin-caha

Les patrons de l’Oriental ne mâchent pas leurs mots et fustigent le climat des affaires. Leur moral est au plus bas à cause de la crise qui sévit et l’absence d’encouragements et facilités pour les accompagner dans leurs efforts à redresser la barre. Plusieurs d’entre eux regrettent d’avoir investi à Oujda car «certaines vérifications fiscales frôlent l’absurde», soulignent des professionnels des secteurs de l’électricité, industrie de plastique et conserves de poissons. D’autres ont des difficultés à s’acquitter de leurs charges sociales, au point qu’ils préfèrent payer des pénalités, une fois que leurs activités auront repris. Ils se plaignent des retards dans les délais de paiement au niveau des clients. Le taux de la TVA et les révisions fiscales en découragent plus d’un. Pas d’avantages pour investir dans l’Oriental et même le prix du gasoil est plus cher (35 centimes de plus par litre), ce qui représente un obstacle de taille pour tout investisseur potentiel.
Dans le secteur de l’immobilier déjà fragilisé par les taxes municipales, les promoteurs se disent dépassés par la situation pléthorique de l’offre avec une grande difficulté à écouler leurs produits. L’activité commerciale traîne aussi. Les petits commerçants ont vu leur chiffre d’affaires fondre à cause de la multiplication des grandes surfaces commerciales. Quant au pouvoir d’achat, il est limité aux fonctionnaires et une faible tranche de la société. Un énième handicap compétitif.
A. K.