«NOUS DEVONS REPENSER NOS POLITIQUES ET REVOIR NOS STRATÉGIES»

par Yassine Saber – leseco.ma – 19/04/2016

Guy Marrache : Président du CRT d’Agadir Souss-Massa

Guy Marrache : Président du CRT d’Agadir Souss-Massa

LesEco : Plusieurs problèmes structurels ont été recensés, au fil des années, au niveau de la destination Agadir. Quelles seront vos priorités, pour ce premier mandat ?
Guy Marrache : Comme nous l’avons souligné lors de notre dernière conférence de presse, notre destination connaît de grandes difficultés conjoncturelles mais aussi structurelles. Nous devons repenser nos politiques et revoir nos stratégies. Mais il ne sert à rien de courir tant que nous n’avons pas mis notre produit aux normes. Nous devons mener plusieurs actions de front et de façon coordonnée; je veux parler de la promotion, de la formation et de l’investissement. Dans l’immédiat, nous mettrons le produit au centre de nos préoccupations, car nous pensons qu’il reste un préalable et l’un des fondamentaux essentiels pour parler d’une destination touristique.

Où en sont l’Assemblée générale extraordinaire et la refonte des statuts du CRT ?
Nous avons, lors du dernier bureau exécutif, soumis un projet de refonte des statuts à l’appréciation des membres du bureau. Nous continuons à recueillir les avis des uns et des autres. Nous soumettrons dans un deuxième temps le projet définitif aux membres du CRT dans le cadre d’une AGE, dont la date sera fixée dans les jours qui viennent (courant mai).

Tout le monde s’accorde à dire que le développement du tourisme passe par la mise à niveau de la zone touristique et balnéaire ainsi que du centre-ville, qui sont actuellement délabrés. Selon vous,la commune est-elle en mesure de redorer le blason de cette zone ?
Certes, le développement touristique passe par la mise à niveau de la zone touristique, du centre-ville, mais nous considérons également que le développement touristique d’une destination ne peut pas se faire en marge du développement de la destination dans sa globalité et de sa population. Les citoyens doivent se sentir concernés par le développement de leur ville. Se focaliser uniquement sur des zones visibles par les touristes, c’est diviser la ville. Et c’est tout ce qu’il ne faut pas faire.

La question de l’adhésion en relation avec les cotisations posent toujours problème. De quelle manière comptez-vous faire adhérer les entreprises touristiques au CRT ?
L’adhésion ne pose pas de problème. Nous avons prévu de communiquer davantage autour du CRT pour essayer d’élargir la base de nos membres et d’offrir la possibilité d’adhésion au CRT à un maximum de gens, d’institutions ou d’opérateurs économiques qui pourraient avoir une réelle valeur ajoutée, par leurs idées ou leurs moyens. Nul n’ignore l’importance du tourisme dans le développement économique de notre région et beaucoup seraient heureux d’y contribuer. Le problème des cotisations se pose effectivement pour des membres en difficulté et qui sont beaucoup plus impactés que les autres par les problèmes structurels et conjoncturels de notre secteur. Là aussi, il s’agit de traiter les dossiers au cas par cas pour trouver des solutions adaptées, et permettre à tous les membres de continuer à s’exprimer au sein du CRT et à profiter du positionnement recherché.

Avec l’arrivée des Allemands et les Russes, la donne changera-t-elle en termes de conjoncture touristique à Agadir ?
Le marché aujourd’hui est très instable. Ce n’est pas simplement un problème d’offre ou de demande, mais nous subissons de plein fouet les effets du contexte géopolitique et ses conséquences sur le sécuritaire, et vous savez combien l’insécurité, ainsi que la peur qu’elle induit, pèsent dans la décision de voyager dans notre région actuellement, et ce depuis les dramatiques événements ayant eu lieu en Tunisie, à Paris et plus récemment à Bruxelles. Maintenant, il est sûr que les dernières opérations avec les Allemands ou les Russes auront un impact très positif sur notre tourisme, d’abord par l’atténuation de la baisse enregistrée depuis le début de cette année, ensuite par l’image que peut renvoyer notre station vers les autres marchés. C’est un bon signal qui pourra confirmer, au sein du marché européen, que notre pays reste une exception et que notre destination fait rêver des touristes de cultures et d’habitudes de consommation complètement différentes.

Ne pensez-vous pas qu’il soit temps d’adopter une approche régionalisée pour mettre en valeur les spécificités de la région, dans le cadre d’un marketing territorial, en vue d’une promotion touristique efficiente ?
La région fera partie intégrante de nos plans d’action. Les nouveaux statuts proposés s’inscrivent d’ailleurs directement dans l’esprit de la régionalisation. La région a des atouts naturels et culturels qui sont autant d’arguments fondamentaux en vue de la promotion de la destination. Aujourd’hui, le touriste vient pour la plage, le golf ou la thalassothérapie. La mise en avant de la région et de ses atouts permettra de drainer une autre catégorie de voyageurs. Nous devons diversifier notre produit pour répondre à la demande d’un maximum de marchés.

Tout le monde aborde la question de l’animation à Agadir. Le groupe Tikida pense-t-il investir dans ce volet ?
L’animation a été le parent pauvre de notre destination pendant trop longtemps. Aujourd’hui, il y a un certain nombre de projets en chantier, et d’autres réalisés récemment. Je pense que tout le monde a compris l’importance de l’animation dans une ville, touristique ou non d’ailleurs. Mais c’est un volet un peu compliqué parce qu’il pose deux problèmes: celui du foncier et celui de la rentabilité. D’où la nécessite de partenariats public/privé. Je pense que les autorités, la ville et autres élus sont tous engagés dans un processus pour faciliter, étudier et encourager des projets participant à l’animation culturelle, sportive et ludique de la destination. Le groupe Tikida est engagé dans un programme de développement ambitieux sur Marrakech, Casablanca mais aussi et surtout sur la station de Taghazout et la rénovation de ses hôtels. Nous croyons que la stations de Taghazout donnera à Agadir un nouveau souffle avec une capacité additionnelle importante, et contribuera certainement à hisser l’image d’Agadir au rang des grandes destinations mondiales dans les années à venir.

Tout ça, c’est très bien, une chose me gène pourtant beaucoup : Le Tikida Beach vient de rouvrir après les travaux de rénovation. Cet hôtel est en « All Inclusive » : cela signifie qu’il n’y aura que très très peu de retombées sur Agadir, et sur les commerçants de la ville. C’est dommage !

5 réflexions sur “«NOUS DEVONS REPENSER NOS POLITIQUES ET REVOIR NOS STRATÉGIES»

  1. Le débat sur les hôtels « all inclusive » est un vieux débat qui démocratiquement, recueille des avis partagés. Certaines villes ont parfaitement réussi à intégrer cette formule…….Ce serait le cas de Marrakech pour ne citer qu’elle. Par contre Essaouira sans aucun hôtel proposant cette solution ne s’en sort pas mieux !
    Malgré tous les articles sur le sujet, je pense à contrario de ce qui a été dit qu’on ne peut pas forcer un touriste à aller où il ne veut pas aller. Je reste fermement persuadé qu’un abandon de cette formule provoquerait une baisse de fréquentation qui ne serait pas favorable au commerce local.
    Il serait également juste de dire que l’abus est mauvais en toutes choses et je n’imagine pas une ville balnéaire avec uniquement du »all inclusive ». Une enquête sérieuse sur le sujet pourrait faire ressortir le pourcentage de touristes qui ne viendraient pas sans cette alternative? Je n’ai par contre jamais remarqué qu’il y avait des portes closes ni des barreaux aux fenêtres. Si les gens préfèrent rester dans leur « écrin » où ils sont bien et où ils maitrisent parfaitement leur budget, surtout avec des enfants, c’est certainement aussi que rien n’est fait pour les attirer à l’extérieur…..Il est exacte que certaines personnes vont du bar à la piscine et idem dans l’autre sens. Mais les mêmes dans un hôtel classiques seraient allongés sur la plage de 8 heures du matin à 5 heures du soir avec un beignet à midi!
    Quant à transformer un hôtel de plage en maison de retraite, je dois avouer que c’est une tentative marketing dont la finalité m’échappe…….

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  2. Après de nombreuses remarques sur le sujet, je ne peux pas laisser passer et je pense que le Président du CRT ne me contredira pas…………
    On diabolise les « all inclusive » comme si leur éradication suffirait à rendre la destination attrayante! C’est une hérésie……….Un peu d’empathie et surtout de réalisme serait bienvenu.
    Quand on recherche une destination, on veut pouvoir budgéter et maitriser les coûts. Si les commerçants et restaurateurs du centre ville se donnait un peu plus de mal au lieu de copier et de se réfugier derrière cette aspect de l’hôtellerie, Agadir n’en serait pas où elle en est. Combien prévoit des attractions? Combien vous offrent un cocktail de bienvenue? Combien ont créé une carte de fidélité? Combien de fois les menus sont modifiés dans une année? Combien se penchent sur les procédés de marketing modernes et surtout combien se mettent à la place du client????? Je pense au contraire que la formule « all inclusive » attire plus de clients que les formules classiques où la note au final est des fois double sinon triple du montant initial projeté. Ce type de touriste, dépité à tort ou à raison, ne reviendra plus. Peu importe le responsable et il sera d’autant plus sévère que l’erreur d’estimation lui incombera……………….
    Au moins les clients sont là et si les autres commerçants n’arrivent pas à les sortir de leur hôtel c’est simplement parce qu’ils continuent à vivre à l’âge de pierre et refusent absolument de se remettre en question et encore moins de rechercher des parades…..Les marocains ont un savoir-faire et des produits propres dignes du plus grand intérêt.
    Mais que ce soit au Souk comme au centre ville on ne peut faire 10 mètres sans buter sur les ignobles copies chinoises qui inondent tous les marchés. S’assoir en attendant le dollar ou l’euro dans ces conditions est certes facile tant que ça marche. Le vrai problème est que quand ça ne marche plus, il n’y a pas de plan B!
    Les autres pays d’Europe subissent la crise financière depuis bien plus longtemps que le Maroc…….les mentalités ont changé. Quant un pouvoir d’achat diminue, on achète moins mais on achète plus cher et de meilleur qualité pour que le produit dure…….C’est le BABA de toutes les écoles de commerce mais au Maroc, où on est fier de ces écoles, avec raison, il semble y avoir un abîme entre la théorie et la pratique.

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    • Absolument pas d’accord avec vous, sauf sur un point : évidemment le président du CRT ne vous contredira pas : Il est responsable des Tikida qui pratiquent le « all inclusive » !. J’ai vu des « All inclusive » où les clients passaient leur journée à faire le trajet Chambre -> bar -> piscine -> bar -> restaurant -> bar etc.. etc… ça peut être un idéal de vacances pour certains qui défendent cette formule, mais ceux qui sont venus avec cette formule sont tout contents d’annoncer qu’ils ont passé de belles vacances à Agadir (ou ailleurs, ils n’auraient pas vu la différence ! ! !) et ils n’ont rien vu de ce que le Maroc peut leur présenter comme paysages, de fêtes traditionnelles, à part les parodies « pour touristes », ni eu de contacts avec la population (ça arrange certains qui viendraient bien au Maroc s’il y avait moins de marocains !) Si vous considérez que les commerçants vivent à l’âge de pierre, c’est un peu exagéré !
      Pratiquement tous les hôtels, même les établissements « All Inclusive » proposent des visites et sorties, mais, même pour les « all inclusive », c’est payable en plus et donc personne n’y va !
      Tous les commerçants qui ont des boutiques dans Agadir et qui ne vendent pas des copies chinoises, au souk ou ailleurs s’en plaignent : les clients sont drainés par les boutiques à l’intérieur de ces hôtels et c’est surtout là qu’on trouve des articles provenant de tous les pays d’extrême orient, au détriment de l’artisanat local.

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  3. Il faut bien que les professionnels comprennent qu’ils n’ont aucun intérêt à enfermer les touristes dans leurs hôtels s’ils veulent les revoir à Agadir….

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    • Et si , comme au TIKIDA BEACH , le All Inclusive impose , pour « plus de quiétude »; un interdit aux – de 18 ans ??? Tant pis pour les vacances scolaires .

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