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Eléments de la biographie d’André Guelfi (Dédé la Sardine)

Documents issus de Wikipedia et du journal Libération

Fils d’un officier corse de la Royale devenu commandant de port, et d’une mère espagnole et chanteuse, il est principalement élevé par sa grand-mère maternelle.

À l’âge de 10 ans, il conduit les touristes en auto sur la plage. Engagé dans une banque locale en 1936, il récupère les créances et les dettes oubliées et empoche 15 % de commission au passage. Il devient ainsi mieux payé que son directeur. André Guelfi investit ensuite sa fortune dans le développement de la pêche à la sardine et met au point les premiers bateaux-usines, d’où son surnom de « Dédé la Sardine ».

En 1939, il est engagé dans un régiment de tirailleurs marocains en Italie. Incorporé comme chauffeur, il développe une passion pour les courses automobiles. En 1943, il intègre le BCRA d’Alger. Puis en 1945 rejoint le commando Conus en Indochine.

F-GuelfiDe retour au Maroc, son ami le pilote Jean Lucas le recrute au sein de l’écurie « Los Amigos » pour écumer les courses locales du Maroc (Casablanca, Safi, Agadir, Marrakech…) et en Europe (Monthléry, Le Mans, Tour de France auto, …). Guelfi remporte le Grand Prix d’Agadir en 1953 dans deux catégories sur Gordini (1500 et 2300), et il court au Grand Prix de Formule 1 du Maroc en 1958 sur une F2. Il court aussi pour l’écurie Gordini où il côtoie Jean Behra, Pollet, Trintignant, Schell…

Quelques photos de la carrière sportive automobile d’André Guelfi à Agadir

Agadir 1951

Agadir 1951

Agadir 1953

Agadir 1953

1953 André Guelfi félicité par Amédée Gordini

1953 André Guelfi félicité par Amédée Gordini

1953, de gauche à droite : mon père Hubert Terrier, André Guelfi, Raymond Coquart, François Picard

1953, de gauche à droite : mon père Hubert Terrier, Amédée Gordini, André Guelfi, Raymond Coquart, François Picard

1955 André Guelfi

1955 André Guelfi et mon père derrière sa voiture (Gordini)

1954, au Centre André Guelfi (Gordini éè) entre François Picard (Ferrari 26) et Johnny Simone (Maserati 22), en seconde ligne, Annie Bousquet (Gordini 29)

1954, au Centre André Guelfi (Gordini 27) entre François Picard (Ferrari 26) et Johnny Simone (Maserati 22), en seconde ligne, Annie Bousquet (Gordini 29)

1955 André Guelfi

1955 André Guelfi

1956 André Guelfi (Gordini 14)devant Maurice Trintignant (Ferrari 5) et Harry Schell (Ferrari ')

1956 André Guelfi (Gordini 14) devant Maurice Trintignant (Ferrari 5) et Harry Schell (Ferrari ‘)

En 1971, André Guelfi part pour Paris et se lance dans l’immobilier en rachetant trois palaces. Ses bénéfices et ses relations personnelles (grâce à son mariage avec la nièce de Georges Pompidou) lui permettent d’acquérir 128 immeubles dans la ville.

En 1975, André Guelfi déménage en Suisse, à Lausanne. Il restera 25 ans dans ce pays. Il s’installe dans une maison de maître surplombant le lac Léman, entre le Musée de l’Élysée et le Musée olympique. Il la vend en 1993 au CIO. La villa abrite aujourd’hui les bureaux du comité directeur du CIO.

L’homme d’affaires rachète Le coq sportif, se rapproche du patron d’Adidas France pour mettre la main sur la régie publicitaire de la FIFA et des jeux olympiques. Il se lie d’amitié avec Juan Antonio Samaranch, président du CIO installé à Lausanne.

4961624_7_4dec_2016-06-30-5b7a9ed-6439-p5ua91_166871dc9790fd8296297917eae74cbcÀ partir de 1992, fort de son réseau d’influence, il devient entremetteur d’affaires, entre autres pour Elf, et met à disposition sa société suisse pour alimenter les systèmes de commissions/rétro-commissions, une activité qui le mène en 1997 à être condamné à 36 jours d’incarcération (pour soupçon d’avoir empoché 50 millions de francs de commissions sur un contrat en Ouzbékistan). Lors de son séjour en prison, il fait la rencontre de Bernard Tapie.

Ensuite, André Guelfi parcourt le monde à bord de son jet privé, qu’il pilote lui-même. En 2000, il s’établit à Malte, dans la Méditerranée. Il a ensuite déménagé à Saint-Barthélemy, en raison d’une assignation à résidence en France.

Il a été condamné dans l’affaire Elf par la cour d’appel de Paris en 2003, pour recel d’abus de biens sociaux, à trois ans de prison dont 18 mois avec sursis et 1,5 million d’euros d’amende.

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Le 12 janvier 2009, le tribunal de commerce de Paris rend son jugement dans l’affaire qui opposait la société Blue Rapid, appartenant à André Guelfi, et le Comité olympique russe d’une part, à Elf Aquitaine d’autre part : la société d’André Guelfi est déboutée et condamnée à verser 100 000 euros de frais de procédure à Elf Aquitaine tandis que la demande du Comité olympique russe est jugée irrecevable. Ce jugement devant le tribunal de commerce de Paris a été critiqué. En effet le juge président semblait lié à la société Total. Les plaignants ont fait appel de cette décision. Sur cette même affaire, les régions russes de Saratov et Volgograd ont déposé une plainte pénale contre Elf Aquitaine/Total.

Il fait partie du Grand Orient de France.

Publié sur Libération Libérationpar Stephen SMITH :

Le commissionnaire voyageur.

André Guelfi, 79 ans, l’homme des commissions d’Elf. La vie de ce self-made man né au Maroc est un feuilleton d’affaires.

Coursier : ce fut son premier emploi, obtenu sans avoir réussi son certificat d’études, une larme écrasée sur le CV ayant ému la secrétaire du directeur de la banque. A 17 ans, André Guelfi était coursier. Un jour, dans le sous-sol, il découvre des classeurs étiquetés «créances irrécouvrables». Après avoir consulté un dictionnaire, André conclut à une contradiction dans les termes. Des dettes irrécupérables ? Aidé de la secrétaire, il obtient un rendez-vous avec le patron, qui, mi-amusé mi-intrigué, lui signe une délégation de pouvoir avec à la clé, déjà, 15% de commission. «Mais seulement quand on n’a pas besoin de toi pour les courses.» Neuf mois plus tard, mettant à profit son bagout pour faire honte aux mauvais payeurs, «Dédé» gagne plus que le directeur. Sous peu, il a tant d’argent qu’il s’associe à l’un de ses oncles, armateur de pêche à Agadir. Ainsi naquit un bâtisseur de fortune, surnommé «Dédé la Sardine» et qui réapparaît aujourd’hui comme intermédiaire dans l’affaire Elf ou au coeur du système du Comité olympique international.

Avant de découvrir le trésor dormant dans les entrailles de la banque, André Guelfi n’était jamais sorti de son Mazagan natal. Ce vieux comptoir portugais, rebaptisé El Jadida après l’indépendance, se situe sur la façade atlantique du Maroc. Le père Guelfi, officier corse de la Royale, était le commandant du port. Il avait épousé une Espagnole, fille d’un Turc, qui chantait au piano en répétant ad infinitum une rhapsodie de Liszt, le Lac de Côme. Les parents d’André sortaient beaucoup. Leur fils, cancre à l’école, était élevé par sa grand-mère, en espagnol. Dans les venelles de la casbah, il apprit aussi l’arabe dialectal. En 1939, appelé sous les drapeaux à 20 ans, le coursier-armateur rejoignit le 2e régiment de tirailleurs marocains.

L’armée, Guelfi n’aime pas. Chauffeur passionné dès l’âge de 10 ans, conduisant à l’aide de cales pour atteindre les pédales, il fait la guerre dans des ateliers mécaniques, conduit des commandants. Envoyé en Italie, son navire fait naufrage. De retour au Maroc, André intègre les services spéciaux, toujours au volant. Il se souvient de Pierre Guillaumat, chef des «services» gaullistes et père fondateur d’Elf-Aquitaine, qui lui assenait des coups de baguette quand il appuyait trop sur l’accélérateur. Parachuté au Bureau central du renseignement de l’armée à Paris, André Guelfi cherche un moyen de se faire démobiliser. Le chemin le plus court passerait par l’Indochine. Il part au pays des sampans comme volontaire. Mais Guelfi n’est pas une bête de guerre. Il cherche des bouddhas en or. En vain. Après deux ans de coups de main, il ouvre à Saïgon le Garage toulousain.

On ne badine pas avec les fiançailles en Cochinchine. Fin 1947, Guelfi, multirécidiviste en la matière, fuit l’obligation matrimoniale pour se marier au Maroc, quelques mois plus tard, avec une Française qu’il n’aime pas non plus » Heureusement, il se découvre d’autres passions: l’auto et l’avion. Joker de l’écurie Gordini, Guelfi participe à six Grands Prix de Formule 1. Il achète à Paris un bar dans l’immeuble du journal Sport-Auto, fréquenté par les accros du circuit. Mais, sauf dans le cockpit, il n’est pas dans le coup. Quand Amédée Gordini lui confie Françoise Sagan pour une initiation au domptage de bolides, il répond à la romancière, qui lui lance un «bonjour tristesse» d’époque, par un sot «bonjour, Guelfi». Le Tout-Paris n’est pas son monde. Le grand superstitieux, suspendu à l’oracle d’un pendule avant de prendre une décision, reste un marginal.

Au large, il a pourtant réussi. Guelfi a été le premier industriel à congeler la sardine, le premier aussi à avoir fait construire un bateau-usine en conditionnant des centaines de tonnes. Au Maroc, protégé du roi Mohammed V et du futur général Oufkir, il a bâti un premier empire, qui s’est effondré le 29 février 1960, date du séisme d’Agadir. Guelfi part sur la côte la plus poissonneuse du monde, en Mauritanie. Il reconstruit une flotte et des usines à Port-Etienne, l’actuel Nouadhibou, toujours sous haute protection. Le président Moktar Ould Daddah est son «ami». Jusqu’au jour où le chef de l’Etat découvre que Guelfi verse 5% de commission au ministre des Finances, un Négro-Africain. Guelfi fuit le pays des Maures en abandonnant tout. «Pour ne pas balancer le ministre, un type bien», explique-t-il. «Guelfi s’est évadé, il aurait dû être jugé», affirme Ould Daddah, aujourd’hui en exil à Nice.

André Guelfi amorce sa «mue». Selon un ancien associé, il ne cherche plus que «des affaires sans patrie», d’autant qu’il perd son pays d’adoption, le Maroc, quand le général Oufkir est exécuté, en 1972, à la suite d’une tentative de régicide. Hassan II persécute les Oufkir et poursuit leur ami ­ «Tonton Dédé» ­, à qui il demande la restitution d’un avion. «La justice française ayant reconnu qu’il m’appartenait, je l’ai fait exploser sur un petit aérodrome pour montrer au roi que je n’en avais rien à foutre.» Divorcé et remarié avec une nièce de Georges Pompidou, Guelfi acquiert trois palaces parisiens et le café de la Paix. Dans la corbeille, il découvre 45% de la Rente foncière, propriétaire de 128 immeubles intra-muros. En quatorze mois, Guelfi rachète les 6% manquants pour être majoritaire. «Pour faire de l’argent, il n’y en a pas deux comme lui», reconnaît Fatima Oufkir, la veuve du général.

En 1975, candidat au permis de résidence helvétique, Guelfi déclare 50 millions de francs suisses. Qu’il perdra, au fil des ans, par exemple en investissant dans l’élevage de vers, censés devenir le fertilisateur du XXIe siècle » Ayant racheté le Coq sportif, il gagne cependant plus qu’il ne perd. Avec Horst Dassler, patron d’Adidas France, il met la main sur la régie publicitaire de la Fifa et des Jeux olympiques. Les duettistes se sentent «les maîtres du monde». En 1980, malgré le veto américain, ils offrent les Jeux à Moscou et font élire Juan Antonio Samaranch président du CIO. Ils utilisent l’olympisme pour pénétrer au plus haut niveau. André accède à nombre de chefs d’Etat, notamment dans les pays de l’Est. A 72 ans, la chenille industrielle éclôt en papillon financier.

A partir de 1992, Guelfi multiplie les affaires en empochant des commissions. Il travaille avec son carnet d’adresses, entre autres pour Elf, et ne voit pas d’«inconvénients» à mettre à la disposition du pétrolier sa fiduciaire genevoise comme société- écran pour ventiler l’argent de la corruption. «Je croyais que l’opération était blanc-bleu», prétend-il lors d’une rencontre en Corse, l’été dernier. Mais il voit rouge quand elle le mène en prison. Trente-six jours à la Santé, à faire la ronde dans les baskets que lui prête Bernard Tapie, le poussent à rectifier les «versions falsifiées» de sa vie d’«original» dans un livre qu’il vient de publier (1). Une photo montre l’octogénaire maniaque d’hygiène de vie dans la piscine de sa villa corse. Il y rame dans un kayak attaché au bord par une corde élastique. Plus il se démène, plus vite il est ramené à ses origines. C’est le supplice de Dédé la Sardine.

(1) L’Original. D’un village marocain aux secrets de l’affaire Elf, le parcours d’un aventurier de la vie, chez Robert Laffont.

ANDRÉ GUELFI EN 7 DATES.

1919 Naissance à Mazagan, au Maroc.

1939 à 1946 Soldat, pour finir en Indochine.

1948 Premier mariage, après 27 fiançailles.

1960 Ruiné par le séisme d’Agadir.

1971 Fuite de Mauritanie et second mariage.

1984 Second divorce et brouille avec Horst Dassler.

1997 36 jours de préventive à la Santé.

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