Maroc : l’activité touristique patine au premier semestre

Nasser Djama et Pierre-Olivier Rouaud – lusinenouvelle.com – 01/09/2016

La fréquentation touristique a connu au premier semestre une baisse de 2,6%. Secteur clé de l’économie, le tourisme reste l’une des principales sources de devises du royaume. Mais le pays avec 10 millions d’arrivées par an n’est qu’à la moitié de ses objectifs 2020.

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Scrutés à la loupe à chaque parution, les chiffres relatifs à  l’activité touristique au Maroc sont une donnée sensible. Et pour cause, le tourisme reste l’un des principaux secteurs pourvoyeur de devises du pays : la part du tourisme dans le produit intérieur brut (PIB) du Maroc était ainsi de 5,9% en 2014.

Voilà pourquoi, le repli de 2,6% en glissement au premier semestre des arrivées de touristes annoncé par l’Observatoire du tourisme marocain fin août n’est pas passé inaperçu. Au premier semestre, près de 4,2 millions de touristes ont visité le Maroc.

Marrakech, ville hôte de la future COP22 en novembre et Agadir restent les deux principaux pôles touristiques. Ces deux villes trustent à elles seuls 59% des nuitées totales au premier semestre malgré des baisses respectives de 3% et 5%.

Côté pays émetteurs, la France (-5%), le Royaume Uni (-8%), l’Allemagne (-7%) et l’Italie (-5%) reculent. Et dans l’ensemble, le nombre de touristes étrangers a baissé de 5,6%. Le nombre de Marocains résidant à l’étranger (MRE) a connu en revanche une augmentation de 1,7%.

En 2015, le Maroc avait accueilli 10,17 millions de touristes avec déjà un petit repli sur un an de 1%. Pour 2016, Lahcen Haddad, ministre du Tourisme, anticipe 10,6 millions d’arrivées et 60 milliards de dirhams (1 000 dirhams = 92 euros) de recettes en devises.

Selon lui, concernant le premier semestre, « cette baisse [de 2,6% du nombre des touristes] est due principalement au mois de Ramadan qui connaît une stagnation du tourisme. Les chiffres du mois de juillet sont en redressement. Nous aurons un bel été et nous finirons l’année sur une augmentation de 1% ou, pire, une stagnation. » a-t-il expliqué au site Jeune Afrique.

Si le royaume est resté épargné ces dernières années par le terrorisme, le contexte sécuritaire de la région et l’image des pays musulmans en Europe joue un rôle important dans le plafonnement du secteur qui, de surcroit au Maroc, souffre d’une absence de positionnement clair entre tourisme de masse et destination authentique. L’apport espéré des pays émergents (Chine, Russie….) quant à lui demeure pour l’instant marginal.

Néanmoins, le Maroc demeure très loin des terribles difficultés de la Tunisie qui accueillait encore 7,16 millions de touristes en 2014 et en a reçu seulement 5,36 millions en 2015.

Malgré cette période de surplace, le Maroc demeure le premier pays touristique du continent africain devant l’Afrique du Sud (8,9 millions de touristes en 2015) qui elle aussi plafonne. Par comparaison, en Europe, la Grèce enregistre environ 25 millions d’arrivées par an et la France premier pays touristique au monde a accueilli 84,48 millions de touristes en 2015.

Au Maroc, le secteur est encadré par le Plan Azur lancé en 2001. Dans sa Vision 2010, celui-ci prévoyait de porter de 4 millions en 2001 à 10 millions en 2010 le nombre de touristes avec notamment la création de six grandes stations balnéaires intégrées (semi-échec). L’objectif était atteint à 93% en 2010 avec 9,29 millions de touristes et est donc rempli avec cinq ans de retard.

Mais la « Vision 2020 » lancée en 2010 à Marrakech qui a fixé l’objectif de multiplier par deux la taille du secteur, soit 20 millions d’arrivées, n’a aujourd’hui aucune chance d’être atteint d’ici à 4 ans.

Qu’est-ce que la « roujoula » au Maroc ?

par Kaouthar Oudrhiri – telquel.ma – 31/08/2016

Qu’est-ce que la « roujoula » au Maroc ?
 Des hommes sur le toit d’une camionnette dans un souk. (c) Yassine Toumi

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Dans la rue, à l’école ou dans l’espace privé, qu’est-ce que la « roujoula » (masculinité) aujourd’hui au Maroc ?

« Les hommes marocains sont perdus à propos de leurs rapports à la femme, leur rôle dans la famille. Et ne savent pas quelle signification donner à la masculinité ». Le sociologue Abdessamad Dialmy plante le décor dans son ouvrage Vers une nouvelle masculinité au Maroc. Bien que l’évolution de la société marocaine mette à mal le rapport hiérarchique entre les sexes, l’archétype de l’homme surpuissant est toujours prépondérant. « Selon l’imaginaire commun, le Marocain doit avoir une bonne situation sociale, un pouvoir d’achat et doit être performant sexuellement pour qu’il soit considéré comme étant un vrai homme », nous explique Khalid Tamdy, chercheur à l’université Hassan II de Casablanca qui a participé à un débat autour de la question de la masculinité et la paternité, organisé le 25 mai par l’ambassade de Suède à Rabat avec pour thème « la promotion de modèles positifs de masculinité et de paternité pour atteindre l’égalité des genres au Maroc. »

Masculinités régionales

Être un homme au Maroc demeure conditionné par plusieurs éléments propres à chaque région. Si dans l’Oriental-Rif « l’identité masculine dans sa brutalité extrême » est dominante, au Moyen-Atlas c’est le contraire. « La région est perçue comme l’espace d’une liberté sexuelle primitive accordée à la femme (…) La littérature ethnographique coloniale n’a pas manqué d’exploiter la “liberté sexuelle” du Moyen-Atlas pour construire le mythe d’une berbérité sous-islamisée » écrit Abdessamad Dialmy. Pareil dans les grandes villes.

Pour donner une image plus claire à la question « Qu’est-ce qu’être un homme au Maroc ? » le sociologue Abdessamad Dialmy a effectué en 2009 un sondage sur le sujet dans plusieurs villes. Il en ressort qu’à Agadir, les valeurs de la masculinité sont associées à la responsabilité, à l’honnêteté et au sérieux. À Oujda, la masculinité est caractérisée par la chevalerie et le courage. À Khénifra, l’homme est intelligence, puissance intellectuelle et raison, alors qu’à Rabat, l’homme est le contrôle de soi, l’autorité sur femme et enfants et l’entretien (les dépenses).

En somme : courage, parole, bravoure, intelligence, dignité, autorité et richesse sont les caractéristiques prêtées à l’homme marocain. « C’est une vision fantasmée et idéalisée de la masculinité » argue toutefois le chercheur Khalid Tamdy.

Au delà de cette figure de surhomme fantasmée, l’homme se trouve aussi conditionné par des caractéristiques superficielles (physique, vestimentaire, fréquentations). « Un homme doit être musclé, ayant des cheveux courts, des comportements virils et s’appropriant l’espace public » nous signifie Tamdy. C’est ce qui expliquerait, entre autres, la violence de la société à l’égard de la femme et des hommes qui adoptent des codes vestimentaires et esthétiques différents. « Au final, les hommes se croient obligés de lancer une phrase ou d’agresser quelqu’un (femme ou homme) car ils ont assimilé que l’espace public est à eux », ajoute le chercheur.

Homophobie versus masculinité

L’identité masculine est d’ailleurs construite autour de l’homophobie et la misogynie car « les rites d’initiation identifient la masculinité à l’hétérosexualité » estime le sociologue Dialmy. Et d’ajouter :« l’homophobie est la haine des qualités féminines chez les hommes, comme la douceur et la tendresse. L’homophobie exprime la peur de l’égalité des sexes, elle consiste à refouler en soi tout ce qui est féminin ». Être tendre ou doux devient donc problématique, même au sein de la famille.

La figure du père

Si une frange minoritaire de Marocains va au delà de la conception figée du chef de famille, l’hégémonie donne raison à la figure du père autoritaire. « Être tendre avec sa femme ou ses enfants ne se fait pas en public et même pas en privé parfois » avance Tamdy. Même la loi suit la logique de la construction patriarcale de la famille. « Dans le code de la famille, la garde de l’enfant est donnée à la mère. Une manière de dire que c’est à la femme de prendre en charge l’éducation des enfants, l’homme devrait subvenir à leurs besoins matériels » développe Tamdy. Le spécialiste nuance toutefois en évoquant l’évolution de la conception du père. Un père marocain, c’est aussi l’amour et la tendresse.

Manuels scolaires

Nos manuels scolaires sont une extension des stigmates liés au genre. L’homme y est toujours présenté comme supérieur et en position de force et de pouvoir. « Dans un manuel du primaire, il y a deux images : l’une en haut, celle d’un médecin et en bas, celle d’une infirmière. Le statut de l’homme est clairement montré comme supérieur. Autre exemple: le directeur d’école et la maîtresse. Implicitement, les enfants adoptent l’idée que l’avenir de l’homme est beaucoup plus valeureux que celui de la femme », explique Khalid Tamdy qui a participé à la refonte des manuels scolaires, promise pour la rentrée 2016.

La masculinité, késako ?

Si la masculinité est définie (au sens strict) comme un « ensemble de caractères spécifiques ou considérés comme tels de l’homme » selon TLF (Trésor de la langue française du XIXe et XXe siècle), le concept de masculinité dans sa dimension sociologique a été développé dès les années 1980 par des chercheurs, dont la sociologue australienne Raewyn Connell. Elle est l’auteur de Masculinities, un livre référence où elle développe une théorie autour de la masculinité hégémonique, prépondérante au Maroc. Ce concept désigne, selon la chercheuse, « la configuration des pratiques des genres visant à assurer la perpétuation du patriarcat et la domination des hommes sur les femmes ». Une typographie qui est transposée sur la compréhension de la masculinité au Maroc.

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