RENOUVELLEMENT DE LA FLOTTE DE PÊCHE : LE PROCESSUS BUTE SUR LE FINANCEMENT

par Yassine Saber – leseco.ma – 29/12/2016

Face au vieillissement continu des bateaux, la flotte marocaine ne peut pas faire face aux enjeux futurs. Le renouvellement de l’outil de production est conditionné par la mobilisation du financement, la conception des types de bateaux modèles et la révision du programme de modernisation de la flotte côtière.

«Le secteur de la Pêche maritime souffre de sa structure actuelle». Ce constat a été relevé, une fois de plus lors du séminaire initié, récemment, à Agadir, par le Cluster Agadir Haliopôle, en partenariat avec la Chambre de pêche maritime de l’Atlantique Centre Agadir, au sujet du bateau du futur.
Face au vieillissement continu de l’âge moyen de la flotte marocaine qui varie entre 28 et 35 ans, mais aussi le taux faible des navires neufs entrant chaque année, la flotte de la pêche marocaine ne peut pas, selon les professionnels, faire face aux enjeux de demain, puisque la plupart des bateaux actuels en exploitation ont été conçus ou construits à une époque où les préoccupations environnementales, économiques et sociales n’étaient pas les mêmes.
Compte tenu de cette situation, le renouvellement de l’outil de production qu’est le bateau est une question inévitable dans la décennie à venir, car il devrait consommer, en fonction des segments (hauturier, côtier ou artisanal) moins d’énergie, réduire ses émissions de gaz à effet de serre et être performant sur le plan du traitement des débarquements (fraîcheur et qualité de poissons) avec 0% de rejet de poissons hors quota.

À cet égard, si la moyenne d’âge des bateaux de la pêche hauturière varie entre 28 et 30 ans, le problème est beaucoup plus profond pour la pêche côtière.

La flotte de cette dernière est construite en bois, d’où la nécessité de passer à l’acier, car de nouvelles normes peuvent être imposées. Cependant, les moyens financiers, requis pour faire construire de nouveaux navires, ne sont pas toujours facile à trouver, d’autant plus que le financement banquier ne suit pas selon les armateurs.
«L’accès au crédit devrait être facilité par un mécanisme de garantie financière, notamment à travers la Caisse centrale de garantie, mais aussi par un apport de l’armateur, sous forme de fonds propres», explique Ali Oukacha, secrétaire général de la Fédération des chambres de pêches maritimes.

De ce fait, «il y a lieu de mettre en place un programme de remplacement progressif, d’une bonne partie de la flotte actuelle, pas au détriment de l’armateur, mais en l’accompagnant sur le plan technique et financier», annonce Mohamed Bouayad, président d’AHP (Agadir Haliopôle). Toujours est-il, qu’aucun type de bateau n’est actuellement soumis à l’armateur pour l’adopter afin de déclencher cette opération de renouvellement. Celle-ci devrait offrir des bateaux plus sûrs, moins coûteux, plus économes et plus performants. Dans ce sens, les participants ont formulé le vœu de commencer par la construction de trois types de bateaux modèles : chalutier côtier, sardinier et chalutier congélateur, pour une pêche responsable soucieuse de la préservation des ressources halieutiques et la révision du programme de modernisation de la flotte côtière avec une formation continue aux professionnels. Par ailleurs, le Maroc a lancé l’initiative bleue, dédiée à la pêche maritime. Le succès de cette initiative, qui s’inscrit dans la continuité de la «Croissance bleue» de la FAO, repose également sur l’outil de production qui est le bateau.


Les coûts énergétiques affectent la compétitivité

Le pôle de compétitivité Agadir Haliopôle (AHP) a réalisé un audit énergétique de la flotte de pêche régionale qui a mis l’accent sur la nécessité de limiter les coûts énergétiques afin de gagner en compétitivité. Par segment, la consommation de carburant représente 33,25% du chiffre d’affaires pour la pêche hauturière, alors qu’elle représente, respectivement, 20,56% et 14,73% du CA pour la pêche côtière et artisanale. Le rapport, relatif à la consommation du carburant en comparaison avec la production, montre que la flotte régionale (environ 220 bateaux hauturiers, 450 côtiers et 3.000 barques) consomme, selon l’AHP, plus de carburant par rapport aux standards mis en vigueur, qui sont de 0,5 par kg pour le segment hauturier et 0,16 par kg pour la pêche côtière et l’artisanale. Par an, la facture énergétique (carburant) est évaluée à 112,5 millions de litres pour la pêche hauturière, alors qu’elle est respectivement de 17,2 et 0,64 millions de litres pour le segment côtier et artisanal.


Ali Oukacha
Secrétaire général de la Fédération des chambres de pêches maritimes

Les ÉCO : Quels sont les facteurs qui empêchent le renouvellement de la flotte marocaine ?  
Ali Oukacha : La volonté politique et économique existe, c’est-à-dire qu’il y a une prise de conscience par rapport à la question du renouvellement de la flotte, ce qui permettra de développer le chantier naval. Actuellement, l’essentiel est de savoir le type de bateau qu’il faut développer pour le renouvellement de la flotte par rapport au coût de la production et celui de revient, que ce soit pour le segment hauturier, côtier ou industriel. Par la suite, il faut régler la question du financement et des chantiers navals. Cette question de renouvellement doit interpeller l’ensemble des intervenants économiques et mêmes politiques, en l’occurrence, les chambres maritimes, la fédération des chambres, le ministère de tutelle en plus de l’INRH et bien d’autres.

L’armateur est-il prédisposé à investir dans le renouvellement ?
Les armateurs sont issus de deux écoles. Ceux de la pêche hauturière qui est un peu plus moderne que la pêche côtière. Si demain, ce segment a les moyens, il pourra développer d’autres types de bateaux. Quant au segment côtier, il se porte économiquement bien, mais il y a encore des poches de réticence, d’où la nécessité de changer d’approche pour aller de l’avant.

Pourquoi la pêche hauturière n’a pas bénéficié du programme Ibhar pour la mise à niveau de la flotte ?
Le secteur hauturier a toujours été mal vu, ce qui est extrêmement erroné. Le projet Ibhar devrait concerner l’ensemble des segments de la pêche maritime. À mon avis, il faut être très positif. Nous vivons dans l’évolution et la modernité. Le renouvellement doit être mené d’une façon très réfléchie en optant pour le bateau adéquat avec les caractéristiques techniques appropriées pour le renouvellement de notre flotte. 

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Auteur : Michel Terrier

Un ancien d'Agadir revenu au pays.

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