Fruits et légumes : La tomate ravit la cote au poulet

Par Abdelaziz GHOUIBI – leconomiste.com – 30/01/2017

  • La vague de froid aiguise l’appétit des intermédiaires
  • La baisse de l’offre propulse les prix au gros et au détail
Source : Ministère de l’Agriculture    Avec la flambée qui s’est emparée du marché des légumes, le couscous aux 7 légumes figure parmi les plats les plus coûteux. Les prix, ci-contre, relevés sur le marché de gros de Casablanca passent au double, voire au triple pour certains légumes. Or, ils ont déjà subi une forte majoration par rapport à ceux réglés aux agriculteurs
Source : Ministère de l’Agriculture
Avec la flambée qui s’est emparée du marché des légumes, le couscous aux 7 légumes figure parmi les plats les plus coûteux. Les prix, ci-contre, relevés sur le marché de gros de Casablanca passent au double, voire au triple pour certains légumes. Or, ils ont déjà subi une forte majoration par rapport à ceux réglés aux agriculteurs

Les prix des fruits et légumes s’envolent. En particulier, les produits dits de base dont la demande ne connaît pas de répit. Tomates, pommes de terres (blanche et rouge) oignons secs, courgettes, haricot vert, poivrons et potiron ont vu leurs prix s’aligner sur ceux des fruits comme la banane ou encore la pomme locale. A tel point, que le couscous aux 7 légumes est devenu un plat de luxe.
Comment en est-on arrivé là ?
L’argument objectif tient à la forte baisse de l’offre. Un constat que confirment de nombreux professionnels de la région d’Agadir qui fournit le pays à hauteur de 80% en fruits et légumes. Dans cette région, la chute de production est estimée entre 20 et 25%, en raison de la dernière vague de froid qui a ralenti la croissance des plantes et des fruits. Ceci, bien évidemment pour ce qui est des cultures sous serre. En revanche le maraîchage mené en plein champ a essuyé des dégâts plus prononcés, sous l’effet des gelées nocturnes et matinales. 

Pour les autres régions, le phénomène est moindre. C’est le cas de Casablanca-Settat, de l’axe Rabat-Fès et de la zone du Gharb-Larache. Tous ces périmètres de maraîchage sont représentés quotidiennement au marché de gros de Casablanca. C’est théoriquement la plateforme qui détermine les prix pour l’ensemble du pays. Sauf, qu’entre les prix affichés sur ce marché et ceux de vente au détail, l’écart est énorme. La tomate ronde cédée par les grossistes à 6 DH/kg est réglée entre 13 et 15 DH par le consommateur. La pomme de terre, vendue à moins de 1,5 DH/Kg arrive dans le panier de la ménagère à plus de 5 DH. Pour les autres légumes, ils sont pratiquement commercialisés au prix du poulet de chair, voire plus pour des petits pois, haricots verts et cardes. Les agrumes qui sont négociés au gros à Casablanca entre 2 et 2,5 DH le kilo ont été vendus par les producteurs entre 0,70 et 1 DH/kg.

Mais au détail, les prix passent à plus de 6 DH. C’est un rapport de 1 à 6. «Anormal»! dénonce un primeuriste de la région d’Agadir. La norme partout ailleurs tient à la multiplication du prix par 3. Même en France, le prix triple entre la première mise en vente (au niveau du producteur) et la cession au consommateur. Ceci, moyennant souvent quelques prestations, notamment le pré-triage et le conditionnement. Comment expliquer ces gros écarts qui pénalisent à la fois le consommateur et le producteur? C’est l’emprise totale des commerçants, répond un professionnel. Le marché de gros de Casablanca est une plateforme dédiée exclusivement aux marchands de fruits et légumes.
Contrairement à ce marché, celui d’Inezgane (Agadir) se distingue par la forte présence des maraîchers qui assurent directement l’offre. A titre d’exemple, la tomate y a été cédée le 26 janvier à 2,50 DH/kg, qualité tout venant, contre 6 DH le même jour à Casablanca.

Bien sûr, les commerçants de fruits et légumes ne manquent pas d’arguments. Ils avancent les frais de cueillette, en cas d’achat sur pieds, le transport, la taxation au niveau du marché et «les charges de la route». La cascade des frais rogne selon eux l’essentiel de la marge. Pourtant, le secteur des fruits et légumes recèle un potentiel considérable. Il occupe une superficie de 800.000 ha (hors olivier) dont le tiers en cultures maraîchères. Des cultures qui enregistrent une hausse annuelle de 5%. La production maraîchère totale avoisine actuellement les 8 millions de tonnes. Elle reste dominée à hauteur de moitié par trois espèces de grande consommation: la pomme de terre (22%), la tomate (17%) et l’oignon (11%).

Les cultures de primeurs (hors saison) constituent un des piliers de ce secteur et occupent la première place à l’exportation de produits agricoles frais. Avec une superficie moyenne de 30.000 ha, les primeurs assurent une production totale de près de 1,5 million de tonnes de fruits et légumes dont 600.000 tonnes sont annuellement exportées. Elles concernent environ 8.000 producteurs et créent plus de 12 millions de journées de travail. Ces cultures exercent par ailleurs un fort impact sur  la modernisation du secteur agricole et le développement industriel. Sans oublier, les entrées en devises pour le pays.

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Auteur : Michel Terrier

Un ancien d'Agadir revenu au pays.

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