Au Maroc, les apostats ne sont plus passibles de la peine de mort

par Anne-Bénédicte Hoffner – la-croix.com – 08/02/2017

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Revenant sur une fatwa de 2012, le Conseil supérieur des oulémas du Maroc a estimé que la peine de mort devait être réservée à ceux qui « trahissent leur pays » et non à ceux qui changent de religion.

Dans un document intitulé « La voie des savants », le Conseil supérieur des oulémas du Maroc a modifié sa position sur l’apostasie. C’est ce que rapporte le site Morocco World News, dans un article daté du 6 février. L’information n’a, à ce stade, pas été reprise par le reste de la presse marocaine.

Conformément à un hadith (un propos prêté au prophète de l’islam) et à l’interprétation traditionnelle qu’en a faite la jurisprudence islamique, le Conseil supérieur des oulémas du Maroc avait rappelé en 2012 que celui qui « quitte » la communauté musulmane mérite la peine de mort.

Revirement

Cette instance présidée par le roi et chargée d’émettre des fatwas (avis religieux) est donc « revenue sur sa position », indique l’article. Pour justifier ce revirement, les « savants » marocains ont « redéfini l’apostasie non pas comme une question religieuse, mais comme un sujet politique plus proche de la « haute trahison »».

L’opinion selon laquelle l’apostat ne devrait pas être tué n’est pas une nouvelle, assure Morocco World News, et figure dans les enseignements de Sufyan al Thawri, érudit du premier siècle de l’islam et fondateur d’une école juridique sans postérité. Passant en revue les situations historiques dans lesquelles le prophète avait agi « selon cette règle ou au contraire sans ordonner le meurtre des apostats », Sufyan al Thawri en a conclu que « les assassinats avaient lieu pour des motifs politiques et non pas religieux. La crainte de Mohammed était que « les apostats révèlent des secrets de la communauté musulmane alors fragile ».

Trahison

C’est avec la même argumentation, semble-t-il, que le Conseil supérieur des oulémas fonde sa nouvelle position. « La compréhension la plus exacte, et la plus cohérente avec la législation islamique et la manière de faire du Prophète, la paix soit sur lui, est que le meurtre de l’apostat est destiné au traître au groupe », auraient-ils écrit dans La Voie des savants.

L’hadith selon lequel Mohammed aurait dit « quiconque change de religion, tuez-le » devrait, selon eux, être compris au sens de « celui qui abandonne sa religion et abandonne son peuple ».

Le Conseil rappelle aussi que « le Coran parle dans de nombreux cas de l’apostasie et de sa punition dans l’au-delà, sans mentionner aucune punition dans cette vie ». Et que les guerres lancées par Abu Bakr, le premier calife, étaient liées à « ses efforts pour maintenir l’état nouvellement établi ensemble et lutter contre toutes sortes de divisions internes ». « Il s’agissait d’une décision fondée sur le raisonnement politique plutôt que sur des motivations religieuses », souligne l’article.

Pays multiculturel et pluri-religieux

En 2012, la décision du Conseil supérieur des oulémas avait « provoqué la perplexité », reconnaît un observateur. « Pour des raisons historiques, le Maroc est un pays multiculturel, ouvert à d’autres religions. » Ces dernières années, une partie des Marocains désireux de se convertir ont dû quitter le pays « pour éviter le risque ».

Engagé dans la lutte contre les courants extrémistes au sein de l’islam, le roi Mohammed VI était partisan de ce changement. « Lors de la rédaction de la Constitution de 2011, le palais aurait aimé qu’on y proclame la liberté religieuse », rappelle un autre observateur. Mais le Parti de la justice et du développement (PJD, islamiste) et l’Istiqlal (parti de l’Indépendance) avaient dit haut et fort qu’ils ne voteraient pas la Constitution « si elle contenait une semblable disposition ».

Le préambule de la Constitution proclame toutefois la soumission de la législation nationale aux pactes internationaux signés par le Maroc, et donc, de fait, le droit à la liberté de conscience incluse dans la déclaration universelle des droits de l’homme. « Ce qui a permis à des tribunaux de déclarer sans suite des poursuites engagées contre des personnes pour des opinions religieuses ».

La décision du Conseil supérieur des oulémas – si elle est confirmée – montrerait la volonté de mettre en conformité droit et religion.

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Auteur : Michel Terrier

Un ancien d'Agadir revenu au pays.

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