Pêche maritime : «L’océan, un formidable réservoir d’énergie»

par Fatiha Nakhli – leconomiste.com – 16/02/2017

  • La production de gaz grâce à l’aquaculture, c’est possible
  • 10 km2 et 5 m de profondeur suffiraient à produire l’essentiel des besoins en énergie du Souss
  • L’haliopole planche aussi sur le bateau du futur pour préserver l’environnement

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 «La résilience, c’est dans le comportement de l’homme et dans les sciences qu’il développe pour optimiser les ressources mises à sa disposition de manière à faire face à ses besoins quotidiens. Et à tirer profit de manière optimale de l’économie de la mer», explique Mohamed Bouayad, président du pôle de compétitivité Agadir Haliopole cluster (AHP), président de la Fédération industrielle des produits de la mer (Fipromer) et secrétaire général de l’association Halieutis  (Ph. L’Economiste)

– L’Economiste: Quelles sont les propositions du pôle de compétitivité Agadir Haliopole cluster (AHP) pour optimiser les potentialités maritimes?
– Mohamed Bouayad:
Dans le Souss, le secteur est en train de connaître un regain d’énergie, conséquence directe de la stratégie Halieutis qui a permis une régénération de la ressource. Aujourd’hui, le challenge est de la préserver en créant un contexte favorable à une rationalisation de l’énergie.
A Agadir Haliopole cluster, nous travaillons sur le projet du bateau du futur qui présente tous ces avantages. En effet, plus autonome, il consomme moins d’énergie, fonctionne avec une force motrice hybride et comprend des moyens de conservation à bord tout en assurant sécurité de navigation et confort pour les marins pêcheurs. Car, dans le développement durable, les aspects environnemental, sociétal et économique sont pris en compte. D’un autre côté, avec le centre de valorisation, nous réfléchissons sur «l’aliment du futur» qui répond à un certain nombre de critères dont le bien-être, la santé, l’éthique. Avec le temps, les habitudes des consommateurs évoluent, les gens n’achètent plus seulement par rapport au prix et à la qualité. Mais intègrent d’autres critères dans leur décision d’achat dont le respect de l’environnement, des droits de l’homme, la certification…
– Quel ingrédient pourrait booster encore plus la croissance halieutique au niveau national et comment vous positionnez-vous pour l’accompagner?
– Dans le cadre de la résilience au changement climatique, le Maroc a présenté lors de la Cop22 le projet de la «ceinture bleue». Agadir Haliopole cluster se positionne comme partenaire stratégique du ministère de la Pêche dans ce projet, d’autant plus que nous avons une reconnaissance officielle de ce positionnement.
La tutelle nous a d’ailleurs envoyé des experts de la FAO et de la Banque africaine de développement pour les éclairer sur la manière dont nous pensons organiser ce projet. Ils sont partis convaincus. La ceinture bleue repose sur des axes relatifs à l’observation dans laquelle l’utilisateur devient observateur. Mais il ne va pas le devenir par enchantement. Il faudrait qu’on lui donne les outils embarqués pour qu’il puisse communiquer. Le 2e axe, c’est la pêche durable avec utilisation des engins de pêche réglementaires, préservation et valorisation de la ressource, recherche, développement, innovation de manière à avoir le maximum d’intelligence dans le produit par rapport à la matière première. Et c’est la position que nous voulons avoir.

-Qu’en est-il de l’aquaculture durable?
– C’est le 3e axe sur lequel repose la ceinture bleue. Il n’est pas question de développer une aquaculture nécessitant de pêcher du poisson pour en élever un autre. A titre d’exemple, il faut 10 kilos de poisson pour avoir une croissance d’un kilo de poisson. Et c’est illogique comme système d’économie. Il faut donc trouver des alternatives pour faire nourrir le poisson de produits végétaux de manière à préserver le biotope marin, sinon, la ressource halieutique sera détruite pour faire de l’aquaculture. C’est ainsi que nous avons commandité une étude de recherche développement pour formuler localement un aliment à base de végétaux qui est bon pour le poisson, sain pour la santé et le bien-être de la croissance.

– Il serait possible alors d’arrêter d’importer?
– Oui, puisque nous aurons un aliment moins cher, qui ne nuit pas au poisson sauvage et qui s’intègre dans son environnement. L’idée est aussi de penser à une aquaculture tridimensionnelle, c’est-à-dire qu’elle existe en hauteur, en largeur et en longueur avec des installations submergées à quelques mètres de profondeur, qui ne touchent pas le fond marin et ne le gênent donc pas. Dans cette aquaculture, on peut intégrer la culture de microalgues avec lesquelles on peut produire de l’aliment pour l’homme et pour l’animal, du biogaz et on peut intégrer dans le même champ la mytiliculture pour l’élevage de moules et l’ostréiculture pour celui des huîtres. Pour cela, pas besoin de beaucoup d’espace. Par exemple, sur une superficie de 10 km2 , avec une profondeur de 5 m maximum, on peut produire le plus gros des besoins en énergie pour la région Souss-Massa. Et c’est renouvelable.
L’espace océanique ne doit pas être seulement utilisé pour la navigation et la pêche. Il doit aussi être utilisé pour la prospection minière, la recherche scientifique… Dans le futur, les gens pourront habiter dans les milieux marins et dans des bâtiments transparents. Des laboratoires, cliniques, hôtels peuvent être embarqués. La mer est un espace formidable où on peut développer les sciences marines, le transport avec moins de pollution. La résilience, c’est dans le comportement de l’homme et dans les sciences qu’il développe pour optimiser les ressources mises à sa disposition de manière à faire face à ses besoins quotidiens. Et à tirer profit de manière optimale de l’économie de la mer.

Propos recueillis par Fatiha NAKHLI

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Auteur : Michel Terrier

Un ancien d'Agadir revenu au pays.

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