Souss / Arganeraie : La régénération en marche

par Fatiha Nakhli – leconomiste.com – 17/02/2017

  • Reconstitution de l’arganeraie dans les forêts Messguina et Admine sur 20 ha
  • Lavande, thym… Réintroduction de plantes médicinales et aromatiques autochtones
  • Un système innovant pour mesurer l’humidité du sol autour des jeunes plants
arganeraie_souss_063.jpg

Le HCEFLD et AIB ont innové par l’acquisition d’un système de suivi et de pilotage des opérations d’arrosage des jeunes plantations d’arganier et qui va être appliqué pour les 20 ha (Source: IAB)

L’arganeraie est soumise à une intense pression humaine due principalement aux usages irrationnels et inappropriés notamment liés au surpâturage. Mais aussi à l’extension de l’agriculture non durable et à celle d’autres systèmes de production non adaptés aux équilibres écologiques forestiers. L’aridité du climat vient amplifier davantage ce processus qui a engendré une forte dégradation des différentes composantes de cet écosystème. En particulier celles des communautés végétales. Dans certains cas, ces environnements dégradés ont été incapables de se reconstituer spontanément, et des programmes de restauration ambitieux ont été lancés au cours des dernières décennies par le Haut commissariat aux eaux et forêts et à la lutte contre la désertification (HCEFLCD).

Toutefois, la réussite des plantations d’arganier dans les milieux dégradés est sérieusement limitée. Le stress hydrique, la rareté des éléments  nutritifs, en particulier le phosphore (P) et l’azote (N), et la diminution de l’activité microbiologique des sols rendent la revégétalisation des milieux menacés par la désertification difficile. En particulier dans les écosystèmes semi-aride et aride reconnus par leur faible résilience. Il est donc nécessaire de mettre en pratique des méthodes innovantes qui améliorent la qualité du sol et la capacité des plantes à résister aux conditions environnementales qui règnent sous un climat semi-aride et aride. C’est dans ce contexte que le HCEFLCD et l’Association Ibn al Baytar (AIB) ont démarré récemment au douar Doussdrem, relevant de la commune de Drarga, les travaux de reconstitution de l’arganeraie sur 20 hectares, dans les forêts Messguina et Admine.

Ce projet, financé par la Fondation Mitsui (Japon) et la Fondation Argan Caire (Norvège), s’étale sur la période 2016-2017. Le bénéficiaire est l’Association Messguina des ayants droit argane (AMADA). «C’est une nouvelle génération de reboisement de l’arganier basée sur la recherche scientifique qui est menée à travers ce projet et qui consolide les efforts entamés et les acquis techniques en la matière», explique Hamid Bensouiba, directeur régional de la DREFLCD. Dans le détail,  les plants d’arganier sont préparés en pépinière en incluant les mycorhizes nécessaires pour leur développement, tout en évitant le «chignon» de racine principale. Lors de leur transplantation sur les champs, la profondeur du trou est respectée. Un compost biologique est ajouté et des mesures de récupération des eaux pluviales sont mises en place. Pour les arganiers existants, ils ont été taillés pour améliorer leur productivité et des cuvettes de rétention d’eau ont été mises en place.

arganeraie_souss_1_63.jpg

Le nouveau système d’arrosage intelligent appliqué pour les 20 ha est un outil d’aide à la décision pour les gestionnaires. Ils peuvent ainsi lancer l’opération d’arrosage au moment opportun. Il fonctionne à l’énergie solaire et est relié par satellite (Source: DREFLCD)

Le projet ACCN/GIZ a appuyé le HCEFLCD dans le programme de restauration et de régénération des forêts d’arganier par l’acquisition d’un système de suivi et de pilotage des opérations d’arrosage des jeunes plantations à l’aide de sondes capacitives. Et qui est appelé à améliorer les taux de réussite des programmes de régénération des forêts d’arganier. «Ce système permet de s’adapter aux changements climatiques, surtout dans la région Souss-Massa caractérisée généralement par un bioclimat aride», explique Said Mrabet, ingénieur relevant de la DREFLCD. L’humidité et la température du sol sont mesurées à différents niveaux de profondeur du sol. Le système permet également de déterminer la dose d’eau optimale selon les besoins réels des plants. C’est un outil d’aide à la décision pour les gestionnaires qui peuvent lancer l’opération d’arrosage au moment opportun. Il fonctionne à l’énergie solaire et est relié par satellite.

Les opérations d’arrosage seront ainsi programmées pendant 24 mois. L’autre nouveauté de cette opération est l’introduction des plantes médicinales et aromatiques autochtones. En effet, l’arganeraie abrite toute une faune et une flore sous son couvert. Les diverses espèces de lavande, de thym et autres seront réintroduites et irriguées fréquemment. Une approche qui permettra de reconstituer tout l’écosystème.
Pour rappel, lors du lancement des travaux de reconstitution de l’arganeraie dans les forêts Messguina et Admine, de jeunes plants d’arganier ont été plantés de façon symbolique par les principaux intervenants. Il est aussi à signaler que le programme régulier annuel 2016/2017 de la DREFLCD d’Agadir prévoit la régénération de 280 ha d’arganier. Cependant, le plan décennal relatif à la restauration des écosystèmes d’arganier au niveau de la même direction provinciale prévoit 2.000 ha de régénération d’arganier pour une enveloppe de 40 millions de DH.

Une association dédiée…

L’association Ibn al Baytar participe à ce projet de régénération de l’arganeraie sur 20 ha. «Notre objectif est de faire de l’arganier un levier de développement local et d’autonomisation de la femme rurale», explique sa présidente Zoubida Charrouf, professeur à la faculté des sciences de Rabat. Ainsi, un grand nombre d’activités ont été menées dans différents domaines: Notamment,  recherche et développement, formations, activités génératrices de revenus, reboisement, communication, promotion, organisation de la filière, aide à la commercialisation, labellisation, tourisme durable… Ces efforts ont contribué à la valorisation de l’huile d’argan. Ils ont de même permis sa reconnaissance à l’international en 2009 comme le meilleur ingrédient cosmétique sur la planète. A noter par ailleurs que l’importance de cette filière se traduit par la création de plus de 300 coopératives de femmes au niveau de l’arganeraie. De plus, près de 100 PME-PMI nationales et des milliers à l’international profitent actuellement des travaux sur l’huile d’argan.

Publicités

Auteur : Michel Terrier

Un ancien d'Agadir revenu au pays.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s