AGADIR : LE PATRIMOINE EST MAL PROTÉGÉ

par Yassine Saber – leseco.ma – 27/03/2017

En principe le patrimoine d’Agadir doit compléter l’offre touristique de la ville. Seulement, de nombreux sites sont en dégradation et se heurtent à de multiples difficultés financières en l’absence d’une politique de préservation.

Réédifiée grâce à l’institution d’un impôt de solidarité sur le sucre, la ville d’Agadir est la seule cité qui symbolise aujourd’hui la reconstruction après un séisme. Mais contrairement à plusieurs stéréotypes, la ville n’est pas née uniquement après le tremblement de terre nocturne du 29 février 1960. Bien au contraire, l’histoire d’Agadir date de l’empire portugais, qui a été chassé par les Sâadiens ayant construit en 1541 la kasbah d’Agadir O’Fella. Or, aujourd’hui le patrimoine matériel qui doit retracer la mémoire collective de la ville et refléter son identité culturelle et touristique est laissé à l’abandon. «Aujourd’hui 57 ans après le séisme, la kasbah d’Agadir O’Fella ou Agadir Ighir demeure une plaie à ciel à ouvert», déclare avec amertume Mohamed Bajalat, président du forum Izorane N’Agadir qui regroupe des Gadiris rescapés du séisme.

Agadir O’Fella à l’abandon
Bien que la kasbah soit classée par deux décrets durant le protectorat français et constitue aussi l’un des quartiers de la commune d’Agadir avant le tremblement, actuellement, le site relève du ressort de la Nidarat de Taroudant (ministère des Habous et des affaires islamiques) puisqu’il est devenu un «cimetière collectif» après le tremblement. Toutefois, malgré que le statut de cimetière ne s’applique pas juridiquement parlant à Agadir O’Fella, parce qu’il s’agit d’un enterrement accidentel (les habitants sont encore enfouis sous les décombres), sa gestion a été marquée par un cafouillage qui a duré plus d’un demi-siècle. Aujourd’hui et pour la première fois, le site devrait faire l’objet d’un projet de valorisation par l’architecte Chamss Doha Oulkadi, lauréate du prix Holcim à Beyrouth en 2015. Mais avant de parler valorisation,  des rescapés du séisme doivent dépasser leur situation de deuil afin d’aller de l’avant dans la préservation de l’intégrité du site. «Un comité mixte, qui est à sa 4e réunion, a été constitué pour activer les recommandations du forum Izorane portant sur l’enlèvement des infractions, en l’occurrence les pylônes avec la prise de contact avec les opérateurs téléphoniques et le lancement des pourparlers avec les chameliers et bien d’autres», explique Mohamed Bajalat. En attendant la prochaine réunion élargie, le forum a participé à un appel à projet pour bénéficier d’un fonds afin de combiner la restauration et la restitution du site.

Le pont de Tildi, un témoin de l’histoire
D’autres sites appartenant au patrimoine d’avant le séisme sont détériorés, notamment le pont Tildi, construit en 1928. Ce pont qui comprend 6 voûtes et qui a résisté au tremblement de terre était l’artère entre le sud et le nord du Maroc. «Cet ouvrage est un témoin de l’histoire qu’il faut préserver puisque tous les débarquements au départ du port d’Agadir transitaient par ce pont», explique Bajalat. Une commission mixte a déjà visité le site alors que ses fondements nécessitent des interventions urgentes pour le restituer tel qu’il était auparavant.

Des  canons de la kasbah volatilisés
À l’instar du môle du vieux port, une partie des canons qui ont assuré la défense de la Kasbah ont disparu, notamment ceux portant les armoiries du Portugal. Actuellement, deux longs canons sont placés à l’entrée de la willaya de la Région Souss-Massa, alors que d’autres sous forme de petit calibre se trouvent au jardin Olhão et au musée de la mémoire.

Cinéma Salam, en attendant son acquisition par la commune
Ce site d’ancrage de la mémoire collective d’Agadir a été inscrit dans la liste du patrimoine architectural puisqu’il présente un intérêt public des points de vue historique et culturel. Cependant, la commune urbaine d’Agadir doit procéder rapidement à l’opération d’échange avec le propriétaire afin de préserver le site et le reconvertir en un espace culturel polyvalent.

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Auteur : Michel Terrier

Un ancien d'Agadir revenu au pays.

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