Archives de mai 2nd, 2017

Au Maroc, les convertis au christianisme sortent de l’ombre

Par Hamza Mekouar – telquel.ma – 01/05/2017

Vivant dans l’illégalité, pratiquant leur culte dans la clandestinité, les Marocains convertis au christianisme revendiquent désormais leur droit de vivre leur foi au grand jour.

Dans un appartement d’un quartier populaire d’Agadir, des hymnes liturgiques jaillissent d’une chaîne hi-fi sous un crucifix d’argent accroché au mur: « Je suis Marocain avant d’être chrétien », souffle Rachid, la quarantaine, qui accueille dans son salon une dizaine de convertis pour un « après-midi de prières ».

Issu d’une famille adepte du soufisme, une tradition ésotérique de l’islam, ce pasteur protestant a embrassé la foi chrétienne en 2004. « Enfant, mon père m’obligeait à aller à la confrérie soufie. Mais je ne m’y retrouvais pas », raconte à l’AFP ce père de deux enfants.

C’est adolescent qu’il commence à s’intéresser au christianisme. Depuis un cyber-café, il entre en contact avec un site qui « prêche la parole de Dieu » et lui fait parvenir une bible. « Je l’ai lue intégralement, étudié la parole de Dieu, suivi des formations. (…) A l’âge de 24 ans, j’ai été baptisé dans un appartement à Casablanca », confie-t-il.

Assis à ses côtés, Mustapha, 46 ans, s’est converti en 1994 pour « remplir un vide spirituel« . Ce fonctionnaire, petit-fils d’un religieux musulman de Taroudant, près d’Agadir, a été durant sa jeunesse membre actif du mouvement islamiste Justice et bienfaisance.

« Lassé par les contradictions de l’islam, je me suis intéressé au christianisme en échangeant une correspondance assidue avec un centre religieux en Espagne« . Puis « j’ai franchi le pas« , se souvient Mustapha, lui aussi pasteur « diplômé par correspondance des États-Unis ». Il a vécu secrètement sa foi jusqu’à il y a un an et demi, quand il diffuse sur internet une vidéo dans laquelle il parle à visage découvert de sa conversion. La réaction est immédiate: « des proches m’ont tourné le dos, j’ai été mis au placard au travail. Mes enfants ont été harcelés à l’école« , déplore-t-il.

Rachid (à gauche) et Mustapha (au milieu) conduisent les prières dans cette maison à Aït Melloul. Crédit: Fadel Senna/AFP

Rachid (à gauche) et Mustapha (au milieu) conduisent les prières dans cette maison à Aït Melloul. Crédit: Fadel Senna/AFP

Pour vivre leur foi au grand jour, Mustapha, Rachid, et d’autres, regroupés au sein d’une « Coordination nationale« , ont saisi début avril le Conseil national des droits de l’Homme (CNDH) pour demander « la fin de la persécution » contre leur petite communauté.

« Nous revendiquons le droit de choisir des prénoms chrétiens pour nos enfants, de prier dans les églises, d’être inhumés dans des cimetières chrétiens, de nous marier selon notre religion », énumère Mustapha, également porte-parole de la Coordination. Aucun chiffre officiel n’existe sur le nombre de convertis marocains, estimés entre 2.000 et 6.000 par le Département d’État américain. Concentrés entre Marrakech et Agadir, ils sont principalement protestants -baptistes et évangéliques-, d’après les témoignages recueillis par l’AFP.

Crédit: Fadel Senna/AFP

Crédit: Fadel Senna/AFP

Le christianisme, un « danger »? 

Si le fait de renoncer à l’islam n’est pas explicitement mentionné dans le code pénal, les convertis risquent la prison s’ils sont soupçonnés d‘ »ébranler la foi d’un musulman ou de le convertir à une autre religion ». Ces dernières années, plusieurs cas d’arrestations pour prosélytisme ont défrayé la chronique.

« Le sujet est ultra-sensible car il renvoie à l’histoire de la colonisation et à l’idée selon laquelle le christianisme constituerait un danger pour l’unité du Maroc« , décrypte pour l’AFP un sociologue des religions. Mais les lignes bougent: « les arrestations ont presque cessé, c’est un grand pas! Les actes de harcèlement sont devenus rares, et restent le fait de la société« , observe Rachid. Sorti de la clandestinité, il « vit normalement sa religion dans un quartier populaire au vu et au su de ses voisins musulmans ». « Le pays a fait de nombreuses avancées en matière de droits de l’Homme« , estime Mustapha, qui loue l’action du roi en faveur du « vivre-ensemble ».

Le « code pénal, les partis politiques et la société n’ont cependant pas suivi », regrette-t-il, pointant une société « schizophrène, pleine de paradoxes, où beaucoup adoptent un mode de vie sécularisé, mais « se crispent dès qu’on parle de conversion ».

Les Chrétiens vivant au Maroc sont en majorité subsahariens

Les chrétiens fréquentant des lieux de culte au Maroc sont en grande partie originaires d’Afrique subsaharienne et ne dépassent pas les 20.000 dans le royaume, où les 34 millions d’habitants sont très majoritairement musulmans. Les deux tiers de ces chrétiens sont catholiques et un tiers protestants, selon un universitaire et spécialiste des religions au Maroc, interrogé par l’AFP.

Une soixantaine lieux de culte chrétiens sont officiellement recensés au royaume, dont une quarantaine catholiques, douze protestants et quelques orthodoxes. Plus de 90% des chrétiens vivant aujourd’hui au Maroc sont originaires d’Afrique subsaharienne, selon l’universitaire. Les Européens, expatriés ou descendants de pieds noirs, sont donc très minoritaires.

Si les Marocains convertis au christianisme, estimés entre 2.000 et 6.000 selon un rapport du département d’État américain, doivent souvent vivre leur foi discrètement, les chrétiens étrangers jouissent d’une totale liberté et sont protégés par les autorités. A condition de ne pas faire de prosélytisme, que la loi condamne d’une peine d’emprisonnement de trois ans.

La presse locale fait souvent état d’une présence missionnaire étrangère, principalement de protestants américains ou européens. En revanche, il y aurait peu de prosélytes chez les catholiques au Maroc. La dynamique migratoire qu’a connue le pays ces deux dernières décennies, avec l’arrivée de plus en plus importante de chrétiens subsahariens a revigoré les lieux de culte chrétiens, jusque-là peu fréquentés.

Certaines églises longtemps restées fermées ont même rouvert leurs portes pour accueillir les nombreux étudiants africains. Depuis une dizaine d’années sont apparues dans les quartiers périphériques de Casablanca ou Rabat des « églises de maison » fréquentées exclusivement par les migrants africains.

Selon la Constitution, l' »Islam est la religion de l’État, qui garantit à tous le libre exercice des cultes ». Les minorités religieuses du pays que sont les chrétiens, les juifs, les baha’is et les chiites, représentent moins de 1% de la population, qui reste majoritairement musulmane sunnite de rite malékite.

Aucun chiffre n’est disponible sur le nombre d’athées au royaume, dont certains revendiquent le droit de rompre publiquement le jeûne durant le mois du ramadan sans risquer d’être arrêtés et poursuivis.

Jusqu’à la fin des années 1950, le Maroc comptait une importante communauté juive, d’environ 250.000 personnes. Mais ce nombre n’a cessé de diminuer avec des vagues de départs vers Israël et la France, et ils ne seraient plus que 2.500 juifs marocains à vivre encore dans le pays

Agadir/Fruits et légumes : Le marché de gros, le maillon faible

par Fatiha Nakhli – leconomiste.com – 27/04/2017

  • Non respect de la chaîne de froid, transport, gaspillage d’énergie… absence de normes
  • La traçabilité de la fourche à la fourchette… exigée
  • La réforme tarde à se mettre en place, la gestion des marchés doit changer de tutelle
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Ni traçabilité, ni préservation de la chaîne de froid, ni certificats aux standards internationaux! Les marchés de gros nationaux ne garantissent pas le respect de ces normes, ce qui se répercute sur la marchandise transitant par ces plateformes.
Le consommateur marocain a pourtant droit à un produit de qualité selon des normes internationales à l’instar de ce qui se fait pour les produits destinés à l’export.

«La commercialisation des fruits et légumes au niveau national suit un modèle qui date du protectorat!», s’insurge Khalid Bounajma, président de l’Association des conditionneurs d’agrumes au Maroc (Ascam). En effet, les intervenants au niveau du marché de gros n’ont pas l’expertise métier pour améliorer ce flux. Bien au contraire.

C’est ainsi que cette méthode de commercialisation participe à la détérioration des fruits et légumes frais et engendre un manque à gagner à cause du processus traditionnel du marché local qui connaît un désordre. Des erreurs supportées et par les consommateurs marocains et par les producteurs qui n’arrivent d’ailleurs plus à capter cette valeur. Dans la pratique, chaque producteur apporte sa marchandise «physiquement» dans des marchés de gros qui ne garantissent pas les conditions de salubrité idéales.

Par contre à  l’international, les échanges sont faits sur la base de normes garanties par les organismes de contrôle pour que le fruit ne subisse pas un transport physique inutile qui pourrait l’altérer ou surcharger les frais d’approche. «Nous subissons des lois antédiluviennes par des ordonnateurs d’ordre qui ne sont pas du métier et pour un intérêt minime, celui de garder la taxe de 7%», ajoute Bounajma. Les doigts sont bien sûr pointés vers les collectivités locales et le ministère de l’Intérieur. Les professionnels ne parviennent pas à comprendre pourquoi les marchés de gros restent sous la tutelle du ministère de l’Intérieur qui n’a pas, selon eux, «l’expertise pour les gérer».

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Les produits qui transitent par les marchés de gros ne sont pas soumis aux règles de traçabilité comme le stipulent les standards internationaux et les règles de l’ONSSA (Ph. F.N.)

Au Maroc, le flux est estimé à 13 millions de tonnes en fruits et légumes, avec des pertes qui peuvent aller dans certains cas jusqu’à 40%! Ces pertes sont dues à la non-utilisation de la chaîne de froid, ce qui fait que la vitesse de respiration des agrumes augmente 2,5 fois plus en y ajoutant 10 degrés additionnels. En effet, la récolte s’effectue à une température de 25 degrés et reste sous le soleil dans les camions, tout au long de l’acheminement.

Par conséquent, le fruit puise dans ses réserves d’eau et de sucres pour dégager l’énergie nécessaire à la réaction de respiration, d’où la dégradation qui s’ensuit. Résultat, l’absence de chaîne de froid au niveau national pénalise lourdement les producteurs. Elle représente aussi beaucoup d’investissements perdus en termes d’énergie: transport inutile, énergie pour le pompage, irrigation, surexploitation de la nappe phréatique, gaz à effet de serre… En plus de la surcharge des routes nationales par un transport des fruits et légumes non adaptés.

Cela se répercute aussi sur les alentours des agglomérations des marchés de gros où la circulation est trop dense, comme cela est le cas au marché d’Inezgane qui ne désemplit pas quelle que soit l’heure de minuit jusqu’au lendemain à midi.
Avec des files interminables de camions, pick-up sous un soleil de plomb pour faire rentrer la marchandise, pas soumise aux règles de traçabilité comme le stipulent les standards internationaux et les règles de l’ONSSA. Ces utilisateurs sont par ailleurs sous la mainmise d’une poignée de personnes qui décident de leur sort dans un manque total de transparence.

Vers une nouvelle génération

IL est urgent que la politique des marchés de gros s’améliore pour un meilleur rendement bénéfique pour toutes les parties prenantes. «Nous sommes pour une réforme qui soit à l’écoute des conditionneurs des fruits et légumes, des organismes de contrôle publique (ONSSA…)», dit ce producteur. La mise en application de la réglementation marocaine qui exige la traçabilité de la fourche à la fourchette (assurée par l’ONSSA) est ainsi exigée. Ne serait-ce qu’au niveau des GMS (grandes et moyennes surfaces) pour marquer un début d’alignement aux standards internationaux. Permettant de présenter au consommateur marocain un produit compétitif et de qualité gustative et sanitaire à l’instar des exportations, volet sur lequel le Maroc se place comme un pays leader.

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