Agadir/Fruits et légumes : Le marché de gros, le maillon faible

par Fatiha Nakhli – leconomiste.com – 27/04/2017

  • Non respect de la chaîne de froid, transport, gaspillage d’énergie… absence de normes
  • La traçabilité de la fourche à la fourchette… exigée
  • La réforme tarde à se mettre en place, la gestion des marchés doit changer de tutelle
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Ni traçabilité, ni préservation de la chaîne de froid, ni certificats aux standards internationaux! Les marchés de gros nationaux ne garantissent pas le respect de ces normes, ce qui se répercute sur la marchandise transitant par ces plateformes.
Le consommateur marocain a pourtant droit à un produit de qualité selon des normes internationales à l’instar de ce qui se fait pour les produits destinés à l’export.

«La commercialisation des fruits et légumes au niveau national suit un modèle qui date du protectorat!», s’insurge Khalid Bounajma, président de l’Association des conditionneurs d’agrumes au Maroc (Ascam). En effet, les intervenants au niveau du marché de gros n’ont pas l’expertise métier pour améliorer ce flux. Bien au contraire.

C’est ainsi que cette méthode de commercialisation participe à la détérioration des fruits et légumes frais et engendre un manque à gagner à cause du processus traditionnel du marché local qui connaît un désordre. Des erreurs supportées et par les consommateurs marocains et par les producteurs qui n’arrivent d’ailleurs plus à capter cette valeur. Dans la pratique, chaque producteur apporte sa marchandise «physiquement» dans des marchés de gros qui ne garantissent pas les conditions de salubrité idéales.

Par contre à  l’international, les échanges sont faits sur la base de normes garanties par les organismes de contrôle pour que le fruit ne subisse pas un transport physique inutile qui pourrait l’altérer ou surcharger les frais d’approche. «Nous subissons des lois antédiluviennes par des ordonnateurs d’ordre qui ne sont pas du métier et pour un intérêt minime, celui de garder la taxe de 7%», ajoute Bounajma. Les doigts sont bien sûr pointés vers les collectivités locales et le ministère de l’Intérieur. Les professionnels ne parviennent pas à comprendre pourquoi les marchés de gros restent sous la tutelle du ministère de l’Intérieur qui n’a pas, selon eux, «l’expertise pour les gérer».

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Les produits qui transitent par les marchés de gros ne sont pas soumis aux règles de traçabilité comme le stipulent les standards internationaux et les règles de l’ONSSA (Ph. F.N.)

Au Maroc, le flux est estimé à 13 millions de tonnes en fruits et légumes, avec des pertes qui peuvent aller dans certains cas jusqu’à 40%! Ces pertes sont dues à la non-utilisation de la chaîne de froid, ce qui fait que la vitesse de respiration des agrumes augmente 2,5 fois plus en y ajoutant 10 degrés additionnels. En effet, la récolte s’effectue à une température de 25 degrés et reste sous le soleil dans les camions, tout au long de l’acheminement.

Par conséquent, le fruit puise dans ses réserves d’eau et de sucres pour dégager l’énergie nécessaire à la réaction de respiration, d’où la dégradation qui s’ensuit. Résultat, l’absence de chaîne de froid au niveau national pénalise lourdement les producteurs. Elle représente aussi beaucoup d’investissements perdus en termes d’énergie: transport inutile, énergie pour le pompage, irrigation, surexploitation de la nappe phréatique, gaz à effet de serre… En plus de la surcharge des routes nationales par un transport des fruits et légumes non adaptés.

Cela se répercute aussi sur les alentours des agglomérations des marchés de gros où la circulation est trop dense, comme cela est le cas au marché d’Inezgane qui ne désemplit pas quelle que soit l’heure de minuit jusqu’au lendemain à midi.
Avec des files interminables de camions, pick-up sous un soleil de plomb pour faire rentrer la marchandise, pas soumise aux règles de traçabilité comme le stipulent les standards internationaux et les règles de l’ONSSA. Ces utilisateurs sont par ailleurs sous la mainmise d’une poignée de personnes qui décident de leur sort dans un manque total de transparence.

Vers une nouvelle génération

IL est urgent que la politique des marchés de gros s’améliore pour un meilleur rendement bénéfique pour toutes les parties prenantes. «Nous sommes pour une réforme qui soit à l’écoute des conditionneurs des fruits et légumes, des organismes de contrôle publique (ONSSA…)», dit ce producteur. La mise en application de la réglementation marocaine qui exige la traçabilité de la fourche à la fourchette (assurée par l’ONSSA) est ainsi exigée. Ne serait-ce qu’au niveau des GMS (grandes et moyennes surfaces) pour marquer un début d’alignement aux standards internationaux. Permettant de présenter au consommateur marocain un produit compétitif et de qualité gustative et sanitaire à l’instar des exportations, volet sur lequel le Maroc se place comme un pays leader.

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Auteur : Michel Terrier

Un ancien d'Agadir revenu au pays.

1 réflexion sur « Agadir/Fruits et légumes : Le marché de gros, le maillon faible »

  1. Bonjour.
    La mise au norme est-elle synonyme de meilleure qualité et répondra-t-elle au porte monnaie localement ? Si certes des améliorations d’organisation s’imposent à la base faut-il s’en remettre impérativement aux normes occidentales ou européennes au détriment des locaux ? Depuis dix ans nous remarquons tous une perte de qualité et une certaine augmentation du coût du panier au marché local. Les normes réclament des frigos, du transport meilleur, des emballages trés précis, des contrôles, et j’en passe mais cela se répercute sur le sac localement, ne pouvant y avoir des normes pour l’export différentes des habitudes plus locales moins chères au final. Il existe déja une production calibrée pour l’export et une plus naturelle pour le marché local en vrac… autre point trés important, la qualité qui fait que la tomate que l’on achetait les yeux fermés il y a encore quelques années nécessite désormais sur le marché local de regarder et de comparer sérieusement avant la déception dans l’assiette, ces normes ont tué le goût de nos légumes et des nos fruits qui faisaient l’attrait des étrangers dans leurs assiettes toutistiques. Veut-on asseptiser tout et perdre le principal sous principe du modèle occidental qui tue le fondement des choses et qui en réclame trop à la nature ne sachant plus satisfaire déja en Europe les papilles des ces européens depuis de nombreuses années? Perdra-t-on le plaisir de goûter le fruit de l’arbre un jour ou comme les enfants de France penser que le lait est issus des briques industrielles ? Attention de ne pas suivre toutes ces normes aveuglément pour des raisons économiques actuelles qui seront trés coûteuses prochainement pour le maroc dans un autre contexte. Une réflexion de fond qui ne sera certainement pas abordée par les décideurs divers qui visent le court terme économique le plus souvent, si les choses changent vraiment, mais le faut-il sans réflexion…. Slt.

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