La destination Agadir ou le degré zéro du tourisme

par Hassan Faouzi, Géographe­-sociologue – huffpostmaghreb.com – 08/05/2017

AGADIR

Si dans l’essai de Roland Barthes Le degré zéro de l’écriture publié en 1953, il n’y a pas de pensée sans langage, dans le secteur touristique, il ne peut y avoir de développement de l’activité touristique sans gouvernance et Agadir en est l’exemple parfait.

Malgré le fait qu’Agadir soit une destination touristique par excellence, il n’en reste pas moins que du point de vue des activités touristiques, on frôle le « degré zéro » et ceci en dépit de ses énormes atouts touristiques qui peuvent participer au développement du tourisme dans la région pourvu qu’ils soient exploités d’une manière efficace.

Dans cette station balnéaire, la crise du tourisme est évidente, la réalité du terrain est là pour le confirmer et pour contredire les chiffres avancés par certains organismes et acteurs locaux… les chiffres de ces dernières années se passent de tout commentaire.

La région d’Agadir renferme un trésor sous-exploité et un potentiel touristique laissé en jachère, notamment en matière de patrimoine culturel et naturel. La destination est confrontée aux difficultés liées à la promotion touristique de son territoire et au développement d’une marque territoriale, c’est-à-dire la construction du « branding territorial » ou « branding place » (absence d’image et d’identification).

Agadir n’a pas su jouer la carte de l’authenticité, de l’identité, du patrimoine et de la découverte. Son offre touristique est restée exclusivement axée sur le caractère balnéaire. Elle n’a pas su s’appuyer sur ses atouts traditionnels: sa forte identité culturelle, la richesse de son patrimoine naturel. Elle n’a pas non plus su mettre en valeur le potentiel écotouristique de son patrimoine forestier: l’arganeraie.

Cette destination manque affreusement d’animations, de renouveau et d’actions réelles pour changer la donne. Elle est tombée en dessous du degré zéro de la politique touristique. Faute d’une bonne gouvernance, la destination Agadir est dans le rouge, en perte de vitesse et s’approche même de l’extinction.

Ce pôle touristique souffre d’innombrables carences en matière de gouvernance. Les acteurs locaux du secteur sont incapables d’exposer le produit et de donner à cette destination un nouveau souffle. La destination connait un sérieux problème de gouvernance qui est une condition sine qua non de la performance touristique des territoires.

La destination touristique est ici entendue selon Bitner (1992) comme un « ensemble de projets conçus comme efforts des acteurs intervenant dans la construction de la destination ». C’est un environnement co-construit par un ensemble d’acteurs qui interfèrent au sein de cet environnement.

Selon Marsat et Bonniot (2010), la gouvernance territoriale du tourisme concerne les acteurs, leurs relations et les processus de coordination. Pour pouvoir se développer, les espaces touristiques exigent la mise en place d’une stratégie de gouvernance entre acteurs touristiques.

A Agadir, les acteurs locaux ne collaborent ni entre eux, ni avec les organismes et les établissement constitués autour des questions touristiques. Cet état de fait est susceptible d’entraver la mise en œuvre effective de projets à vocation touristique. Enfin, ce manque de gouvernance et l’absence de toute coopération pour un projet de développement autour de cet espace touristique empêchent toute connaissance pour la construction de projets touristiques.

Agadir n’a pas su parier sur le tourisme comme un des axes de développement stratégique, notamment en maximisant l’attrait de son arrière pays. Tout comme Albert Camus (1944), qui disait « qu’un pays vaut souvent ce que vaut sa presse », je dis qu’une destination touristique vaut ce que valent ses élus et acteurs locaux.

 

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Auteur : Michel Terrier

Un ancien d'Agadir revenu au pays.

2 réflexions sur « La destination Agadir ou le degré zéro du tourisme »

  1. « Agadir n’a pas su jouer la carte de l’authenticité, de l’identité, du patrimoine et de la découverte. Son offre touristique est restée exclusivement axée sur le caractère balnéaire. Elle n’a pas su s’appuyer sur ses atouts traditionnels: sa forte identité culturelle, la richesse de son patrimoine naturel. Elle n’a pas non plus su mettre en valeur le potentiel écotouristique de son patrimoine forestier: l’arganeraie. » TRES JUSTE ! Et si les décideurs se réveillaient enfin pour constater que ce ne sont pas les plages qui manquent de par le monde mais que les igoudar, pour ne citer qu’un élément du patrimoine, se trouvent seulement dans l’arrière-pays d’Agadir ??? Et s’ils réalisaient que tous les touristes ne veulent pas faire les crêpes sur la plage et la fête la nuit ???

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