Tomates / Tuta Absoluta : Il faut sauver les prochaines campagnes

par Fatiha Nakhli – leconomiste.com – 13/06/2017

  • Les premières actions contre le ravageur n’ont pas été concluantes
  • Les agriculteurs n’ont pas utilisé les bons pesticides, les distributeurs cloués au pilori
  • Un guide de lutte intégrée et gestion de la résistance aux insecticides lancé
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Tuta Absoluta continue à donner du fil à retordre aux producteurs exportateurs de la région Souss Massa. Une région d’où partent 90% des exportations au niveau national (Ph. L’Economiste)

Tuta Absoluta continue à donner du fil à retordre aux producteurs exportateurs de la région Souss Massa. En effet, la présence de ce ravageur de la tomate dans les cultures ne régresse pas. Bien au contraire, elle est en hausse depuis plusieurs mois. Une recrudescence qui a nécessité la mobilisation de tous les professionnels, samedi dernier, pour discuter de la problématique que représente ce bio-agresseur et les moyens à mettre en œuvre pour le combattre efficacement.

«Si la Tuta Absoluta continue de proliférer, c’est parce qu’elle n’a pas été traitée au bon moment avec les pesticides homologués pour la tomate!», fustige Omar Mounir, de la Fédération interprofessionnelle des fruits et légumes (FIFEL). «Les distributeurs doivent être du métier et conscients de l’ampleur de leur responsabilité!», a-t-il ajouté. Avis partagé par la tutelle qui souligne la gravité de la situation, «d’autant plus que 90% des exportations de tomates partent du Souss», déclare Hro Abro, directeur régional de l’agriculture.

«Les professionnels et le ministère de tutelle ont pourtant œuvré pour contenir le problème», a-t-il ajouté. Il faut dire qu’avec le stress hydrique ambiant que connaît la région, les exportateurs n’avaient pas besoin en plus de Tuta Absoluta pour plomber la récolte et provoquer sa mise en quarantaine dans des marchés tel celui de la Russie. Mais le fait est là et les professionnels préaprent la riposte en unifiant leurs efforts afin de sauver la situation.

C’est ainsi que l’Association marocaine des producteurs et producteurs exportateurs (APEFEL), la Fifel, l’Onssa, l’EACCE, l’IAV Hassan II – Complexe horticole d’Agadir et des chercheurs du secteur privé, ont réalisé un guide de lutte intégrée et gestion de la résistance de ce ravageur aux insecticides. Ce manuel, qui présente les solutions clés et durables pour le contrôle de Tuta Absoluta, a été distribué aux professionnels venus en masse assister à la rencontre.

Dans le détail, les axes de ce guide, qui vient de voir le jour, comprennent les données biologiques sur ce parasite, les mesures préventives au niveau des pépinières, des sites de production et des stations de conditionnement. De même que des indications sur le contrôle, monitoring et piégeage, la gestion de la résistance et la lutte chimique et intégrée.

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L’agresseur de la tomate est un petit papillon qui mesure 6-7 mm de long et environ 10 mm d’envergure. Le stade chenille de Tuta Absoluta est le seul responsable des dégâts occasionnés sur tous les organes aériens de la plante (Ph. Apefel)

En plus d’indications sur la gestion des déchets post-récolte. Les recommandations devraient permettre, non seulement de sauver la campagne agricole 2017/2018, mais aussi de mettre les moyens nécessaires pour préserver l’avenir de la culture de la tomate au Maroc. «Etant donné la capacité de cette espèce à développer une résistance aux insecticides, la lutte chimique à elle seule ne peut être une solution durable», explique Rachid Elaini, expert en la matière.

«Il est donc nécessaire de recourir à la lutte intégrée en combinant harmonieusement l’ensemble des moyens de lutte disponibles, tout en considérant la prévention et la gestion de la résistance aux pesticides», a-t-il ajouté. La lutte biologique est une composante du programme de lutte intégrée (piégeage, phéromones, bandes attirantes…). Et sa réussite dépend de sa mise en place et de son suivi par un personnel qualifié.

Et aussi de la maîtrise du facteur temps. Il faut en effet toujours procéder aux lâchers des auxiliaires le plus tôt possible et en quantité suffisante. Pour qu’ils puissent se multiplier avant l’apparition de Tuta Absoluta. Aujourd’hui, agriculteurs, ingénieurs, techniciens doivent être plus vigilants pour sauver les prochaines campagnes, sachant que le degré d’attaque a dépassé les normes.

«Les déchets post-récolte infestés de Tuta Absoluta doivent être  arrachés et toujours bien gérés afin d’éviter le développement et la multiplication de cet insecte et afin de préserver les prochaines campagnes agricoles», explique Ahmed Mazih, professeur-chercheur à l’IAV Hassan II-CHA. Parmi les solutions proposées, le traitement phytosanitaire des plantes infestées avant leur arrachage.

Ensuite, il est question de procéder à un nettoyage complet et rigoureux, de labourer et faire un vide sanitaire avant les nouvelles plantations. En plus d’adopter un paillage généralisé, d’assurer l’étanchéité des serres, d’installer des pièges de détection et de limiter le nombre d’ouvertures dans les serres. Il faut aussi procéder à l’agréage des plants dans la pépinière et leur refus en cas d’infestation.

Petit ravageur, gros dégâts …

L’agresseur de la tomate est un petit papillon qui mesure 6-7 mm de long et environ 10 mm d’envergure, gris argenté avec des tâches noires sur les ailes antérieures. Les antennes sont filiformes. Le stade chenille de Tuta Absoluta est le seul responsable des dégâts occasionnés sur tous les organes aériens de la plante.
Sur feuilles: Les attaques se manifestent sous forme de galeries blanchâtres, renfermant chacune une chenille et ses déjections noirâtres. Avec le temps, les galeries se nécrosent et brunissent.
Sur tiges: Les jeunes tiges et pédoncules présentent des points noirs et des nécroses. Les larves creusent des galeries à l’intérieur des tiges tendres apicales et causent l’arrêt de l’apex.
Sur fruits: Les tomates présentent des nécroses sur le calice, des trous de pénétration ou de sortie à leur surface. La larve attaque les fruits à tous les stades de maturité, verts de préférence. Les dégâts peuvent générer des pertes économiques considérables, pouvant aller jusqu’à la destruction totale de la culture.

 

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Auteur : Michel Terrier

Un ancien d'Agadir revenu au pays.

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