À Tiznit, un projet d’accès à l’eau potable pour lutter contre la déscolarisation des filles

Par  – huffpostmaghreb.com – 05/08/2017
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Une commune, 97 villages et 13.345 habitants, verront leur vie changer d’ici quelques semaines. Grâce un projet de raccordement domiciliaire de plus de 3 millions de dirhams, chaque foyer de la commune rurale d’Arbaa Sahel, dans la province de Tiznit, sera raccordé à l’eau potable en novembre 2017.

Le projet « Arbaa Sahel Service Local de l’Eau » ou « ASSEL », dont les travaux nécessiteront une durée de quinze mois, a été initié par Lachgar Larbi, 57 ans, originaire du village Bouzerz faisant partie de cette commune. Et si, aujourd’hui, il vit à Paris, il n’a pas pour autant oublié ses racines et surtout les problèmes dont elles souffrent. En créant l’association Afoulki en 2008 avec d’autres Marocains résidant en France, il s’est donné pour objectif principal le développement du monde rural de son pays natal.

Pour ce projet, il réussit à rallier différents acteurs privés et publics: l’Office national de l’eau potable et de l’électricité (ONEE), la région Souss Massa, la province de Tiznit et la commune elle-même. L’association Afoulki a aussi fait appel à des acteurs internationaux en interpellant le Syndicat des eaux d’Île de France, l’association “ADEFRAMS” pour le développement des échanges entre la France, le Maroc et le Sénégal, ainsi que la société française « Ista » qui a fait un don de 270 compteurs d’eau compatibles avec la région.

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« On voulait montrer que le partenariat entre des acteurs privés et publics, venant de France et du Maroc, peut aboutir à la concrétisation d’un réel changement qui, cette fois-ci, concerne le droit humain d’avoir accès à l’eau », explique Lachgar au HuffPost Maroc.

Les travaux de raccordement se feront dans deux villages de la commune: le douar Bouzerz et le douar Tasghount où les villageois avaient construit plusieurs réservoirs traditionnels de collecte d’eau de pluie près de leurs maisons. Il s’approvisionnent en eau également à partir de quatre borne-fontaines, mises en place il y a une quinzaine d’années, où ils paient aux fontainiers 5 dirhams pour récupérer 1.000 litres d’eau.

Un projet d’eau à conséquences socio-économiquess

C’est aux femmes et aux petites filles en particulier que revient, en général, la corvée d’aller chercher de l’eau du puits ou des fontaines, comme le rapporte Lachgar. Le projet de raccordement les déchargera (littéralement) de ce fardeau. À la fin des travaux, les villageois, 240 foyers, n’auront besoin que d’ouvrir des robinets installés dans leur maison pour pouvoir se rafraîchir. Les petites villageoises pourront, ainsi, se rendre à l’école au lieu de faire des allers-retours journaliers aux points d’eau, et profiter du temps libre pour vivre pleinement leur enfance.

« Après les raccordements, nous serons attentifs à ce que les jeunes filles ne soient plus cantonnées à la maison », rassure Larbi Lachgar. « Sur ce terrain, nous marchons un peu sur des œufs, surtout dans les foyers précaires et pauvres. Et pourtant, ces filles veulent aller à l’école et les femmes s’inscrire dans une vie sociale active », insiste-t-il.

Le projet permettra également « un véritable essor économique » comme le souligne son porteur. « De nouveaux emplois directs pour la commune d’Arbâa Sahel seront créés, notamment de techniciens qui prendront la relève à la fin du projet pour veiller à l’entretien et à l’assainissement de l’eau potable, selon le président de l’association. « De nouveaux commerces associatifs et industries peuvent être créés, comme les boulangeries ou les exploitations d’argan et/ou de figuiers de barbarie, pour la cosmétique et l’alimentaire », souhaite-t-il.

D’après un communiqué de l’ »Ista », l’accès à l’eau potable dissuadera même quelques villageois à chercher une vie meilleure dans les villes et contribuera à ralentir l’exode rural qui frappe la région depuis une cinquantaine d’années.

Goutte à goutte

La première phase du projet est presque finie: les travaux intérieurs de tuyauterie des habitations sont prêts, le château d’eau est en place, les raccordements et les compteurs « Ista » ont été installés. La deuxième phase, qui consiste à l’acheminement de l’eau sur les différents points d’usage dans la maison a, elle, déjà commencé.

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Au Maroc, 28% de la population rurale, soit 1,3 million de personnes, n’auraient pas encore accès à l’eau potable d’après un rapport parlementaire publié en 2016 par la commission thématique chargée par la Chambre des représentants d’évaluer l’impact des politiques publiques sur le monde rural.

Et si le programme de développement rural 2016-2022 a déjà consacré près de 4,6 milliards de dirhams à l’adduction d’eau potable, augmentant le taux d’accès à 98%, une inégalité entre les régions persiste encore et des milliers de Marocains parcourent toujours des kilomètres pour apaiser leur soif.

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Auteur : Michel Terrier

Un ancien d'Agadir revenu au pays.

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