Les soldes au Maroc : Grande braderie ou véritable arnaque ?

lesinfos.ma – 15/01/2018

Les soldes au Maroc : Grande braderie ou véritable arnaque ?

Depuis le 7 janvier, les grands magasins du pays affichent leurs soldes à destination de leur clientèle à l’affût de bonnes affaires, qui se retrouve confrontée à une réalité, toute autre, une fois dans les rayons.

« Jusqu’à 50% », « jusqu’à 70% », « 2 articles achetés, 3ème offert ». Les offres dans les magasins du pays se multiplient et les enseignes usent et abusent de stratégies, souvent trompeuses, pour attirer un maximum de clientèle et ainsi écouler leurs stocks « morts ».

En effet, si les soldes dans les pays européens par exemple sont une occasion en or pour les consommateurs de faire des économies, au Maroc, ils sont plutôt une opportunité pour les grandes enseignes de vendre principalement d’anciennes collections passées de mode et ainsi écouler leurs stocks encombrants et leurs invendus.

Tour de boutiques

Ce grand centre commercial de Casablanca grouille de monde par ce dimanche pluvieux. Les magasins, bondés d’une clientèle à la recherche de bonnes affaires, sont en désordre et les vendeurs dépassés par l’ampleur de la fréquentation.

Dans cette franchise fréquentée par des acheteurs bien ciblés, les clients semblent perdus au milieu de réductions timides et en-deçà de leurs attentes. Ainsi, si la vitrine est floquée d’annonces de soldes allant « jusqu’à 50% », le plafond maximal des promotions n’est appliqué qu’à très peu d’articles, souvent en mauvais état, avec un choix moindre de tailles et ne rentrant pas dans les critères de la saison en cours. Les vêtements les plus « intéressants », quant à eux, sont soit vendus à prix maintenus soit très légèrement soldés, la plus haute réduction n’excédant pas les 300 dirhams et donc un maximum de 20%. « Nous ne faisons qu’appliquer les ordres de la maison-mère. Oui, les soldes ne sont pas intéressants mais ce sont les règles ». Nous répond, embarrassé, le gérant de ce magasin. Il est à signaler qu’en France, les soldes de cette enseigne sont complètement différents. En effet, verrouillées par une réglementation vigoureuse, ses braderies se font dans « les règles de l’art » et les réductions concernent des vêtements de saison, indépendamment de leurs prix de base même si les taux de réduction varient sensiblement d’un article à l’autre.

Quelques boutiques plus loin, une célèbre enseigne affiche des offres d’apparence attractives: « 100 dirhams », « 200 dirhams », « jusqu’à 70% » sur fond rouge. Une fois sur place, on constate que les vêtements bradés et accrochés le long de porte-cintres sortent du fin fond de stocks invendus et principalement de saisons plus anciennes. Les tenues dites de saison et de la collection précédente sont, quant à elles, très légèrement soldées si ce n’est pas du tout. Les clients se retrouvent ainsi à tenter de trouver la « perle » perdue au fond de ces amas d’articles classés dans le désordre.

D’autres enseignes tout aussi prisées n’échappent pas à cette pratique douteuse et le même scénario se répète au rythme des visites nous confirmant que les soldes, annoncés en grandes pompes, ne sont en réalité qu’un leurre pour écouler des stocks encombrants pour la plupart.

Absence de réglementation

En Europe, les soldes sont encadrés par une réglementation stricte. Les magasins ont l’obligation d’afficher le prix réel et le prix bradé (ou au minimum le pourcentage) et ce, pour les produits achetés – par le vendeur – depuis au moins un mois. « Parfois, ils cachent le prix initial et remettent le même en rouge. J’ai déjà eu affaire à cette pratique et pas mal de fois. Sans parler du fait qu’ils ressortent les pièces de l’été dernier en soldes d’hiver et « planquent » les vraies pièces d’hiver dans les rayons dédiés aux nouvelles collections » » soupire, Fatima-Zahra H. qui assure ne plus vouloir entendre parler des soldes au Maroc et préférer se diriger depuis quelques années vers Sebta, dont les braderies sont bien encadrées en plus de la détaxe qui fait toute la différence pour son portefeuille.

Aussi, et toujours en Europe, les mentions « ni repris, ni échangé » pendant ces périodes sont considérées comme abusives – sous peines de sanctions sévères – et l’acheteur a le droit de procéder à un échange ou de réclamer un remboursement en cas de défaut avéré ou de vice caché. Or, au Maroc, c’est une toute autre affaire. Non seulement le consommateur ne peut prétendre ni à un échange ni à un remboursement mais les « règles du jeu » sont ouvertement affichées dans les caisses ne laissant pas le choix au client lésé. Les boutiques qui dérogent à cette règle exagérée existent mais elles demeurent très rares.

Le Royaume, malgré les pratiques abusives avérées pendant les soldes, fait encore traîner le projet de loi protégeant les consommateurs, les laissant confrontés à une anarchie absolue et les faisant migrer vers d’autres destinations, plus attractives et plus « transparentes » qui leur garantissent l’occasion, la vraie, de conclure de bonnes affaires.

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Auteur : Michel Terrier

Un ancien d'Agadir revenu au pays.

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