Archives de mai 27th, 2018

La production agricole marocaine dépasse les attentes

leseco.ma – 26/05/2018

Des rendements plus élevés et des produits de meilleure qualité ont entraîné un afflux d’investissements dans le secteur agricole au Maroc ; le royaume espère doper les bénéfices générés par la production agricole et accroître les exportations.
Lors de la 13ème édition du Salon International de l’Agriculture au Maroc (SIAM) qui s’est tenu fin avril, le Ministre de l’Agriculture Aziz Akhannouch a déclaré à la presse locale qu’on attendait pour la saison 2017/2018 une production céréalière de 9,8 millions de tonnes, soit bien plus que les prévisions antérieures qui estimaient la récolte à 8 millions de tonnes, et une hausse de 3% par rapport aux chiffres de l’année précédente.
Cette hausse est d’autant plus remarquable tenant compte que la superficie semée en céréales a diminué, passant de 5,4 millions d’hectares en 2016/2017 à 4,5 millions d’hectares ; le rendement par hectare a donc augmenté de 23% en glissement annuel.
Le gouvernement a ensuite annoncé que les droits de douane sur les importations de blé tendre allaient passer de 30% à 135%, une stratégie destinée à soutenir les prix du blé tendre produit au Maroc et à réduire la demande en céréales importées.
Rendements et exportations à la hausse grâce au Plan Maroc Vert
Le Maroc a enregistré des récoltes plus importantes de blé, d’orge et d’autres céréales cette saison, et ce malgré les faibles précipitations du début de la saison agricole, traduisant la capacité de résistance fraîchement acquise du secteur, que l’on doit principalement au programme de développement agricole à long terme du pays lancé en 2008, le Plan Maroc Vert (PMV).
Le PMV vise à améliorer l’accès à l’eau et aux systèmes d’irrigation, à moderniser les techniques agricoles et à promouvoir les modèles d’agrégation ainsi que la coopération entre les petits exploitants afin de développer les économies d’échelle.
Selon des données publiées fin avril par le Ministère de l’Agriculture, le volume des exportations agricoles a augmenté de 65% au cours des dix dernières années et 125 000 emplois ont été créés au cours des deux dernières dans les segments de la production primaire et de la transformation grâce au PMV.
Optimiser la chaîne logistique, un enjeu clé pour la création de valeur ajoutée
Si le secteur agricole contribue au PIB marocain à hauteur de 19%, 4% seulement de cette participation est générée par la transformation agro-industrielle et des produits à valeur ajoutée.
Le succès du PMV montre bien que des investissements accrus peuvent entraîner des hausses de production conséquentes. De la même façon, le Maroc doit développer ses capacités de logistique et de transformation en aval et c’est vers ces secteurs que doivent désormais être orientés les investissements, selon Kacem Bennani Smires, PDG du groupe de production et d’exportation agricole Delassus. « Il s’agit désormais d’être capable de traiter, de vendre et d’exporter cette production importante, » a déclaré Smires à OBG. « Développer les capacités logistiques dans ce sens revêt une importance croissante. »
Premier hub maritime du pays, le port de Tanger-Med constitue un élément clé du secteur logistique marocain. Situé à l’entrée de la Mer Méditerranée sur le détroit de Gibraltar, le port a été mis en service en 2007 et est depuis devenu l’un des plus importants ports à conteneurs d’Afrique.
Tanger-Med atteint à l’heure actuelle quasiment sa capacité maximale ; le traitement des conteneurs affichait une hausse de 3% en glissement annuel au premier trimestre de cette année, avec un trafic de 790 000 conteneurs EVP (équivalent vingt pieds), tandis que la circulation des camions a augmenté de 12% en glissement annuel, le port ayant traité 90 000 camions TIR. La hausse de la demande a entraîné une expansion du hub et le terminal Tanger Med II est actuellement en cours d’aménagement afin d’accroître la capacité de traitement des marchandises. Avec une mise en service prévue pour 2019, Tanger Med II, dont le chantier a compris la construction de nouveaux quais, l’approfondissement du bassin principal et du chenal d’accès au port et la construction d’un mur de quai, ainsi que des travaux routiers et l’augmentation des capacités de stockage, va voir la capacité de traitement du port multipliée par trois, cette dernière passant à 8 millions de conteneurs et à 2 millions de véhicules par an.
Cette expansion devrait aider le Maroc à atteindre son objectif de devenir un hub logistique clé pour l’Afrique et l’Europe.
Développer les réseaux de transport qui desservent Tanger-Med
Les liaisons de Tanger-Med avec les ports secondaires marocains tel que celui d’Agadir devront toutefois être renforcées pour que le port devienne un hub majeur.
« Tanger-Med relie le royaume à 74 pays mais les entreprises spécialisées dans des cultures générant un chiffre d’affaires moins élevé n’y ont pas accès en raison de son coût, qui reste trop important, » a expliqué Smires à OBG. « Il nous faut trouver une solution pour réduire les coûts du cabotage maritime d’Agadir à Tanger-Med. »
Les améliorations de la chaîne logistique –telles que davantage d’espace d’entreposage sec et frigorifique, ainsi qu’une meilleure accessibilité pour les producteurs – ne permettraient pas seulement aux produits d’arriver plus vite sur le marché mais réduiraient également les pertes dues à la détérioration des denrées et doperaient les recettes.
Si une amélioration est possible dans ces domaines, le Maroc a déjà prouvé son potentiel en tant que pays exportateur. Dans son rapport intitulé « Enabling the Business of Agriculture 2017 », la Banque Mondiale a attribué une bonne note au Maroc pour ses efforts d’amélioration du transport routier, classant le pays au 8ème rang mondial en raison de la réglementation régissant le secteur du transport routier, jugée favorable.
Le rapport souligne en particulier la facilité d’obtention d’un agrément de transport international routier et le bas coût de ce dernier. C’est grâce à cela et à d’autres résultats positifs, notamment la réglementation stricte en matière d’utilisation et de distribution d’engrais et d’eau, que la Banque Mondiale a classé le Maroc à la 18ème place mondiale pour ce qui est de la facilité de faire des affaires dans le secteur agricole.

Avec les chasseurs de météorites au Maroc

parismatch.com – 25/05/2018

Un chercheur de météorite examine une pierre ramassée près de Zagora, au Maroc.

Un chercheur de météorite examine une pierre ramassée près de Zagora, au Maroc.FADEL SENNA / AFP
Dans les paysages désertiques d’Erfoud, Tata ou Zagora, au Maroc, des dizaines de personnes cherchent des fragments de météorite pour épaissir leur portefeuille ou garnir leur vitrine.

Ils arpentent le désert du sud du Maroc, à pied ou en voiture tout-terrain, dans l’espoir de trouver des pierres tombées du ciel: dénicher un fragment de météorite, très prisé par les chercheurs et les collectionneurs, fait rêver les nomades. « C’est une question de chance, c’est comme jouer au loto », sourit Abderrahmane, un ambulancier de 48 ans qui s’improvise régulièrement chasseur de météorites. « Ca peut valoir plus que de l’or ! », jure Mohamed, un ancien professeur d’éducation physique vivant à Zagora, une ville semi-désertique du sud du royaume, à près de 700 km de Rabat.

Cet homme de 59 ans s’est lancé il y a quatre ans dans cette chasse au trésor. Casquette vissée sur la tête et survêtement de sport, il sillonne les dunes et les plaines dans son pick-up, à la recherche de ces résidus du système solaire. Pour identifier ses trouvailles, il se sert d’une loupe et d’un aimant « très fort ». Sous une chaleur accablante, Mohamed prospecte un vaste terrain caillouteux dans la bourgade de M’Hamid el Ghizlane, dernière halte marocaine de la route caravanière vers la mythique Tombouctou. Dans ce paysage digne d’un western, il s’arrête devant un terrain « creux », qui, selon lui, laisse présager « un impact il y a très longtemps, dû à la chute d’une météorite: c’est un premier signe ».

Celui qui aime se présenter comme un autodidacte féru de sciences se penche et ramasse un caillou d’un noir éclatant, qu’il brandit fièrement. « Depuis l’enfance, on vit entre les pierres, on a l’habitude de les toucher. »

900 euros le gramme

Comme lui, des centaines d’habitants de la région participent à cette quête de l’extraterrestre dans les paysages désertiques d’Erfoud, Tata ou Zagora, aux côtés d’une poignée de spécialistes étrangers. Car le sud du Maroc est mondialement réputé pour ses météorites. « Au moins la moitié des publications scientifiques sur le sujet sont faites sur la base de météorites collectées au Maroc », explique à l’AFP la géochimiste Hasnaa Chennaoui Aoudjehane. Les zones désertiques du sud du pays sont « propices à l’accumulation des météorites, il n’y a pas de végétation, le risque d’altération est faible », décrypte cette enseignante à l’université Hassan II de Casablanca, membre du comité de nomenclature de la Meteorological Society, l’association internationale de référence. Et repérer ces fragments noirs sur le sable doré n’est pas si compliqué… une fois que l’on est au bon endroit. « Les scientifiques n’ont pas le temps de quitter leurs laboratoires », souffle Mohamed, le chasseur de météorites. Lui « a tout le temps » grâce à sa retraite anticipée.

Pour les scientifiques, ces roches venues d’ailleurs recèlent de précieuses informations sur les conditions de formation du système solaire il y a 4,5 milliards d’années, sur la genèse des planètes et leur composition interne. Statistiquement, une météorite sur cinq est précieuse. L’intérêt que portent scientifiques et courtiers spécialisés a fait augmenter les prix, suscitant les convoitises des nomades, des intermédiaires et des chasseurs. D’autant qu’un vide juridique fait que les météorites ramassées au Maroc appartiennent à ceux qui les trouvent, contrairement aux législations d’autres pays qui en attribuent la propriété à l’Etat.

Le prix « dépend de la rareté de la pierre, de sa forme, de son état (…) les pierres qui viennent de Mars sont très chères, parfois jusqu’à 10.000 dirhams (900 euros) le gramme », explique Mohamed. Il dit « ne pas s’être enrichi », quand d’autres ont « fait fortune ».

Des ventes à l’abris des regards

Si plusieurs chutes de météorites ont été observées au Maroc ces dernières années, c’est la « Black beauty » qui a fait le plus rêver les nomades et suscité des vocations. En 2011, les fragments de ce bolide martien tombé dans la région de Tata, à l’extrême sud du pays, ont été vendus entre 500 et 1.000 dollars le gramme, pour un total de sept kilos.

Abderrahmane avait alors « pris des congés et cherché durant vingt jours des fragments, sans résultat ». Il sait pourtant que d’autres « ont gagné beaucoup d’argent »: « un chasseur de météorites a trouvé et vendu 600 grammes de ce spécimen pour 7.500 dirhams le gramme (660 euros) », assure-t-il, drapé dans une saharienne bleue, la moustache fine.

« A partir des années 2000, tous les nomades se sont lancés dans la recherche de pierres et beaucoup sont devenus riches », raconte Abderrahmane. « La vente se fait discrètement », dit-il en expliquant ne pas accorder facilement sa confiance à qui veut voir ses pierres. « Ce qu’on trouve dans les souks, ce sont des bricoles » sans grande valeur, tandis que les plus belles pierres se négocient loin des regards. Les transactions se font aussi en ligne, dans des forums spécialisés voire sur des sites de petites annonces grand public. Les plus belles pièces se vendent aux enchères à Paris ou New York.

Assis sous une tente dans un souk de M’hamid, dans l’attente de clients potentiels, Slimane sort d’une vieille sacoche quelques pierres collectées au fil du temps, et qui de son propre aveu ne « valent pas grand-chose ».

« Je n’ai pas eu de chance », se désole cet homme âgé, barbe blanche et turban bleu enroulé sur la tête. »Je n’ai pas réussi à sortir de la misère avec les pierres. »

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