La chicha, pas vraiment partagée par tous les pays arabes

Par Dounia Hadni – liberation.fr – 17/11/2018

Des touristes qui fument de la chicha au Caire, en Egypte. Photo Gali Tibbon. AFP

Si le narguilé a le vent en poupe dans de nombreux pays du Moyen-Orient, il ne trouve pas grâce aux yeux des autorités marocaines, qui multiplient les mesures pour le bannir.

La chicha (appelée aussi narguilé), une pipe à eau avec laquelle on peut fumer du tabac nature ou aromatisé, a énormément de succès au Liban, en Syrie, en Egypte et dans les autres pays du Moyen-Orient. Elle fait partie des mœurs, quel que soit le milieu social, et se fond totalement dans le décor, des restaurants jusque dans les foyers en passant par les cafés.

Dans le pays du cèdre, toutes les communautés libanaises dont les chiites, sunnites et chrétiens qui vivent séparées les unes des autres dans des quartiers bien cloisonnés, partagent cette consommation d’origine perse. Une habitude qui remonte sans doute à la guerre civile libanaise durant laquelle les Libanais descendaient se planquer dans leur cave avec leur chicha. Elle est également très populaire en Egypte où les hommes se retrouvent la nuit tombée dans les cafés pour échanger entre ses volutes de fumée et un verre de thé. La chicha constitue d’ailleurs plus de la moitié de leur chiffre d’affaires.

«Incitation à la prostitution des mineurs»

Mais la chicha n’a pas le vent en poupe au Maroc. Ce 13 novembre, le Parlement marocain a adopté une série d’amendements dont la TVA sur le tabac à chicha… Pas plus tard que la semaine dernière, les autorités ont mené dans la ville d’Agadir, au sud du Maroc, une série de descentes dans des cafés et saisi 200 chichas. Ce genre d’opérations se fait assez régulièrement dans les lieux publics des grandes villes du royaume comme Marrakech, Fès, Casablanca, Tanger où la chicha est assez prisée.

Sans être officiellement interdite au Maroc, la chicha n’y est pas non plus tout à fait autorisée. Depuis son apparition dans le royaume il y a près de quinze ans, les autorités soupçonnaient ses utilisateurs de s’en servir pour consommer du haschisch. Les walis (ou gouverneurs) multipliaient les arrêtés et les campagnes d’assainissement pour la bannir de l’espace public.

En 2016, le Parti de la justice et du développement (PJD, musulman-conservateur) alors – et toujours – au pouvoir, y voit une pratique étrangère aux Marocaines et aux Marocains, un vecteur de délinquance et surtout une «incitation à la prostitution des mineures». Il comptait totalement l’interdire avec une proposition de loi qui réservait aux vendeurs de chichas une peine de prison de trois ans et qui avait toutes les chances d’être adoptée. Mais par peur de froisser les touristes amateurs de chichas, surtout venus du Moyen-Orient, les pressions du gouvernement ont stoppé net cet élan.

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