Au Maroc, avec les pêcheurs d’Essaouira


par Paula Boyer – la-croix.com – 30/10/2019

Sur la côte atlantique du Maroc, à Essaouira comme dans les petits villages environnants au niveau de vie modeste, beaucoup d’hommes se font encore pêcheurs tandis que l’huile d’argan sauve bien des femmes de la pauvreté.

Au Maroc, avec les pêcheurs d’Essaouira

En ce début d’automne, la chaleur se fait moins vive. Et bien des touristes sont partis. À l’abri de ses hautes murailles, la blanche Essaouira retrouve sa « vraie vie », celle d’une ville tournée, depuis toujours, vers la mer. Et battue par les alizés.

Sur le port, marchands de poissons et de coquillages assistent, impassibles derrière leurs étalages, à la danse interminable des mouettes goulues. Rachid, lui, ne les voit même plus. Debout devant des caisses, il s’active pour préparer des appâts. Il coupe des sardines en deux, les enrobe de gros sel, les empale sur d’énormes hameçons installés au bout d’un nombre incalculable de fils. À l’aube, il sortira en mer, comme chaque jour, avec son patron. « Pour être à son compte, il faut être capable de se payer une barque à moteur. Puis, d’acheter gazole, fil, hameçons, appâts », explique-t-il.

Rachid a fait le compte : il faudrait avancer de 2 000 à 3 000 dirhams (de 187 à 281 €) avant chaque sortie en mer. Ce n’est pas à la portée de tous à Essaouira, où beaucoup vivent au jour le jour. « Mais je suis bien ici, c’est chez moi », assure cet homme que la promesse d’une vie meilleure, en Europe par exemple, n’a jamais fait rêver.

Dans l’Antiquité

Essaouira, classée à l’Unesco depuis 2001, voit sans cesse pousser de nouveaux quartiers. Le tourisme, bien sûr, procure des emplois. L’artisanat aussi, notamment la très raffinée marqueterie à base du bois des thuyas qui peuplent les forêts environnantes. Et puis il y a encore et toujours la pêche, dont vivent 8 000 personnes – 10 % de la population. En témoignent les chalutiers, les « sardiniers » et les innombrables barques traditionnelles bleu vif, à touche-touche dans le port. Sur les quais, à deux pas, des gamins se jettent à l’eau en riant, en attendant d’être assez grands pour, à leur tour, aller en mer.

L’histoire d’Essaouira remonte à l’Antiquité. La ville actuelle a été bâtie à l’emplacement d’un comptoir commercial fondé au… VIIe siècle av. J.-C. par les Phéniciens sur les îles situées de l’autre côté de la baie. Des îles longtemps appelées « Purpuraires », en hommage aux murex, ces coquillages qui donnaient une précieuse teinture pourpre. Par la suite, ce comptoir a été tenu par les Crétois, les Grecs, les Romains, les Berbères de la tribu haha toujours présents dans la région, puis, à partir de 1506, les Portugais.
D’abord nommée Migdol (« petite forteresse » en phénicien), la ville s’appellera, tour à tour, Tassourt ou Amogdul (« la bien gardée ») en berbère, Mogdura en portugais, Mogador en français, et, en arabe, Al-Suwayra, « la Bien-Dessinée »…

Fortifiée par un disciple de Vauban

Son apogée, Essaouira l’a connue après que le sultan Mohammed III ait demandé, en 1767, à l’ingénieur français Théodore Cornut de dessiner la médina. Ce disciple de Vauban s’inspirera de Saint-Malo et de La Rochelle. Quartiers en damiers, fortifications, batteries de canons côté mer, hautes murailles percées de nombreuses portes autour de la vieille ville : le résultat est un mélange d’architecture urbaine arabo-musulmane et d’architecture militaire française, mâtiné du style manuélin portugais préexistant­.

Cette ville fortifiée sur l’Atlantique, « au milieu du sable et du vent », deviendra alors la capitale diplomatique du Maroc et un port dédié au commerce international. Les caravanes, qui traversaient le Sahara en soixante jours, y apportaient leurs précieux chargements de marchandises et d’esclaves. À l’époque, assure Hassane Abahous, guide à Essaouira, « 60 % de la population étaient des juifs que le sultan avait attirés en leur offrant protection et avantages. Les marchands chrétiens étaient nombreux aussi »« La ville comptait 30 synagogues, 13 mosquées et une église portugaise », poursuit-il, montrant dans les rues étroites bordées de maisons blanches aux portes et aux volets bleus, des façades sur lesquelles cohabitent étoiles de David, croissants musulmans et coquilles Saint-Jacques.

Au début du XXe siècle, pendant le protectorat français, Essaouira a perdu son importance. Et, après l’indépendance, beaucoup de juifs sont partis. L’économie locale en a souffert terriblement, jusqu’à ce que le tourisme lui offre une renaissance spectaculaire. Perle atlantique­ du Maroc, Essaouira n’est cependant pas si différente des innombrables bourgades cachées dans les replis de cette région semi-aride, adossée à une côte atlantique souvent noyée dans la brume le matin.

Traditions

Certes, le tourisme et la modernité bousculent ces douars reliés par des sentiers côtiers. Mais le quotidien y reste tissé de traditions. Partout, le muezzin appelle à la prière cinq fois par jour. Et si les nombreux « marabouts » – mausolées blanchis à la chaux qui abritent de saints hommes – sont un peu moins fréquentés, des Marocains de tous âges viennent encore y implorer des « faveurs » : un mari, un enfant, une guérison…

Enfin, la pêche continue de rythmer le défilé des jours. À l’aube, les hommes chargent leur bourricot avant de se diriger vers l’océan, d’où ils reviennent aux heures chaudes de la matinée. Souvent, au retour, ils font halte dans l’une des innombrables cabanes de pierre agrippées à flanc d’impressionnantes falaises découpées – et creusées de grottes – par le vent et le sel, entre d’interminables plages de sable.

Prenons Mourad, rencontré sur un chemin caillouteux dans les environs de Smimou, à deux pas de l’une de ces bornes blanches qui, tout le long de la côte, marquent la limite entre le domaine géré par la Marine et celui qui relève des Eaux et forêts. Cet habitant de Sidi Imissi va vendre son poisson à Tafedna, un ancien village portugais devenu port de pêche.

Toufik, Slimane et bien d’autres croisés plus loin, se contentent, eux, de pêcher pour leur famille, en lançant une ligne dans l’eau. « Ici, tout le monde n’a pas les moyens de se payer une barque », insiste Ahmed, à l’œuvre sur l’immense plage de Sidi M’Barek. Sur la plage de Sidi Ahmed Essayeh, c’étaient Fadela, Fatima, Aïcha et leurs enfants qui ramassaient moules et patelles destinées à être cuisinées dans la cabane familiale juchée sur la falaise.

Sous le soleil de l’automne – ou du printemps –, la lumière et les paysages sont magnifiques sur ces falaises battues par le vent et sur les plages immenses, parfois envahies par les méduses. Outre des pêcheurs, il n’est pas rare d’y rencontrer, presque en toutes saisons, des randonneurs, Européens surtout, qui, le soir venu, campent sous la tente sur la corniche déserte de Sidi Ahmed Essayeh ou près de la cascade de Sidi M’Barek, tout près des belles dunes de l’assif n’Boud. Quelques Marocains avisés ont compris le parti qu’ils pouvaient tirer de cet engouement : quelques gîtes sont désormais confortablement aménagés, à Sidi Kaouki par exemple.

À deux pas de là, les sentiers serpentent sur l’aride et immense plateau de Tagant où mûrissent, au printemps, l’orge et le blé tandis que les chèvres grimpent dans les arganiers. Le gouvernement marocain encourage la plantation de ces arbres épineux car ils sauvent de la misère bien des femmes, pour beaucoup organisées en coopératives. Ce sont elles, en effet, qui en récoltent les fruits l’été, dont elles extraient à la main une huile précieuse en écrasant les noyaux dans de petits moulins de pierre. « Il faut quatre jours de travail pour obtenir un seul litre », explique Fadwa, à la coopérative féminine Marjana, à Lharta, non loin d’Essaouira. Cela explique le coût élevé des huiles – alimentaire et cosmétique –, des crèmes et savons à base d’argan. Cependant, grâce à ces produits, Marjana fait désormais vivre plus de 70 femmes. Si le poisson reste l’or bleu du Maroc, l’huile d’argan est incontestablement son or jaune.

Culture et randonnées

Une longue histoire
Ouvert à la fois sur la Méditerranée et sur l’Atlantique, le royaume du Maroc est peuplé de 34 millions d’habitants. Habité dès la préhistoire par des Berbères, il a été conquis par les Arabes à la fin du VIIe siècle. Depuis ses habitants sont pour la plupart musulmans, mais sa culture reste largement berbéro-arabe. Un temps sous protectorat français, le Maroc est indépendant depuis 1956.

Une option touristique

L’agence Allibert trekking propose des randonnées pédestres (15 km par jour) sur la côte atlantique, entre Essaouira et Agadir, qui permettent de s’immerger dans une nature encore préservée et de découvrir le mode de vie des villages berbères. Les bagages sont portés par des dromadaires, un cuisinier assure les repas, les nuits se passent sous la tente ou en maison d’hôtes.
À partir de 745 € la semaine, vol compris : allibert-trekking.com/voyage/maroc-randonnee-essaouira.
Une formule est adaptée aux familles, les dromadaires portant les enfants quand ils sont fatigués.
Vols directs pour Essaouira avec la compagnie Transavia : transavia.com

Catégories :Actualités

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