Archives de mars 1st, 2020

Cinéma – « Clebs » de Halima Ouardiri remporte l’Ours de Cristal du meilleur court métrage au Berlinale 2020

L’Ours de Cristal du meilleur court métrage de la 70ème édition du prestigieux Festival international du film de Berlin (Berlinale 2020) a été attribué, vendredi soir, au film marocain « Clebs » de sa réalisatrice Halima Ouardiri.

Le film Clebs présente un « aperçu d’un monde que nous n’avions jamais vu auparavant », souligne le jury du Festival, se disant « très impressionné par les images, la lumière, les couleurs et le son ».

« La caméra nous a captivés et nous a placés en plein milieu de l’action ; en plein milieu d’une communauté, d’une coexistence, d’un sentiment d’appartenance entre des centaines d’individus », font observer les membres du jury de cet événement cinématographique, l’un des plus importants en Europe et dans le monde, selon la MAP.

« Nous avons pu observer le naturel dans le non-naturel. La vie dans l’enfermement » s’est félicité le jury, ajoutant que le film combine « l’esthétique et la banalité » et raconte « la vie et nous permet de la ressentir et de la comprendre ».

+ Une une réflexion sur la vie de millions d’êtres humains +

Dans « Clebs », Halima Ouardiri a posé sa caméra dans un refuge pour chiens errants d’Agadir où de centaines de bêtes à poils sont hébergés en attendant d’être adoptés par une famille.

A travers cette production cinématographique, la réalisatrice met le point sur le quotidien répétitif de tous ces canidés telle une évocation de la vie humaine actuelle.

Le film présente, à travers les chiens, une réflexion sur la vie de millions d’êtres humains à la recherche d’une terre d’accueil.

Halima Ouardiri est diplômée de l’école de cinéma Mel Hoppenheim de Montréal. Son premier court métrage, Mokhtar, avait remporté le Grand Prix Canadien au Festival Regard en 2011, alors que Clebs a remporté le prix du Meilleur Court Métrage Canadien au Festival international du cinéma francophone en Acadie en 2019, ajoute la MAP.

Agadir va manquer d’eau !

bladi.net – 01/03/2020

Agadir va manquer d'eau

Une pénurie d’eau s’annonce pour la région de Souss-Massa à Agadir, cet été, en raison du déficit pluviométrique et de la baisse du taux de remplissage des barrages.

La région de Souss-Massa traverse une situation hydrique critique qui nécessite de prendre des mesures avant l’arrivée de l’été. Selon les chiffres publiés par l’Agence du bassin hydraulique, le déficit pluviométrique et la baisse du taux de remplissage des barrages à des niveaux inquiétants présagent d’une pénurie d’eau, si un plan de rationalisation n’est pas mis en place.

Les mêmes chiffres montrent une baisse considérable dans les retenues des principaux barrages alimentant la ville d’Agadir en eau potable. À la date du 28 février, le barrage Ibn Tachfine, a enregistré un taux de remplissage de 13 %, soit 40 millions de mètre cubes au lieu de 296 millions, représentant sa capacité totale. En ce qui concerne le barrage, Moulay Abdallah, ses retenues ont atteint 17 millions de mètres cubes, soit 19 % de sa capacité totale qui s’élève à 90 millions de mètres cubes. Quant au barrage Abdelmoumen, il a vu son taux de remplissage baisser à 22 millions de mètres cubes, alors qu’il peut contenir un maximum de 198 millions de mètres cubes.

D’après le quotidien Al Ahdath Al Maghribia, les responsables de la région cherchent à utiliser avec prudence le stock hydrique du barrage Aoulouz et le volume retenu par le barrage Ibn Tachfine, ainsi que celui de Mokhtar Soussi dont le niveau de remplissage est passé de 39 millions de mètres cubes à 18 millions.

Face à cette pénurie d’eau qui s’annonce en été, les autorités de la localité s’orientent vers une rationalisation de l’eau jusqu’à la prochaine saison des pluies. Elles ont également organisé une réunion au cours de laquelle elles se sont engagées à mettre en œuvre les mesures figurant dans le programme d’eau potable et d’irrigation 2020/2027. Par ailleurs, le wali de la région Souss-Massa a appelé ses collaborateurs à élaborer un plan de travail et à trouver les solutions adéquates pour faire face à la rareté de l’eau.

Clebs, film de Halima Ouardiri sur les chiens errants du Maroc à la Berlinale

Sept-cent cinquante chiens, et au milieu, une femme. Michèle Augsburger, la Mère Thérèsa des chiens errants du Maroc, des « beldis », comme on les appelle ici. Sept-cent cinquante sur les trois millions qui errent à travers le Royaume. Sept-cents cinquante chiens au milieu de nulle part, cloîtrés dans l’enceinte d’une ancienne ferme, pas loin de Taroudant, près du lieu-dit Sebt El-Guerdane. Ce sont les rescapés d’un naufrage qui s’est abattu sur les chiens d’Agadir, dès avril 2018, après le passage d’une délégation de la FIFA.

Markus Hannich/Association Le Coeur sur la Patte – Tierhilfe Marokko

 

Petit rappel : le Maroc avait voulu décrocher, pour 2022, la coupe du monde pour le football. Et pour faire bonne impression, on avait, comme d’habitude en telle occasion, vidé les rues des chiens errants.

Fini les fameux « chiens verts » d’Agadir, badgés, stérilisés, vaccinés, qui avaient proliféré, entre 2016 et 2018, faisant d’Agadir une ville-pilote : la première ville africaine à pratiquer la méthode moderne pour éliminer la rage et réduire la population de chiens errants : le fameux TNV&R (trap, neuter, vaccinate, return voire: capturer, stériliser, vacciner, retourner), méthode recommandée par la WHO depuis des années et qui avait fait ses preuves au quatre coins du globe, en Thailande et en Inde comme en République Dominicaine, aux Etats-Unis comme à Istamboul, à Cuba et aux Galapagos comme au Cap-Vert.

photo asso CSP

 

A l’origine, au Maroc, une complicité fabuleuse entre deux femmes, Michèle Augsburger, fondatrice, en 2011, de l’Association Le Coeur sur la patte, et la Docteure Amal Bakkali, vice-présidente de la ville d’Agadir, responsable du bureau communal d’hygiène et membre du Parti islamique PJD. Selon le discours convenu, l’Islam serait plutôt hostile aux chiens? « Au contraire, dixit la vice-présidente, notre prophète dit que celui qui maltraite les animaux sera puni par Dieu… »

Mais le défi est ailleurs, précise Amal Bakkali, résumant ainsi l’expérience de quarante ans d’abattage administratif‘ de 150 000 à 200 000 chiens par an : « La méthode utilisée (la strychnine) n’a jamais résolu le problème… et de ce fait on a pensé à la stérilisation et la vaccination. … Pour qu’il n’y ait plus de souffrance des chiens par la strychnine … plus de rage … plus de pollution de l’environnement par ces chiens tués par la strychnine. »

Ce furent de beaux jours. A partir de 2016, pendant deux ans, il y eut une collaboration étroite entre la ville d’Agadir et l’Association Le Coeur sur la patte. La ville cédant les locaux d’une ancienne fourrière, à Tikiouine, pour la retransformer en lieu d’accueil temporaire pour les chiens à stériliser et donnant 400.000 dirhams par an pour la stérilisation-vaccination des chiens; l’Association faisant le reste, financée substantiellement par deux fondations suisses, la « Stiftung Tierbotschafter » et la « Tierhilfe Marokko ».

« C’est extraordiaire pour une association d’avoir été ainsi soutenue pour faire du TNV&R, qui a bénéficié à plus de 1500 chiens », reconnaît Michèle Augsburger, dans un récent entretien, à la revue Tel Quel[1]. Mais tout d’un coup, pour des raisons qui restent à élucider, le vent a tourné : « la ville ne veut plus du tout de chiens dans les rues. A l’été 2018, les abattages et empoisonnements ont repris de plus belle. Relâcher les chiens dans la rue, c’était les envoyer à la mort. » Et c’était aussi voir les taux de rage et autres zoonoses augmenter, car, selon les statistiques, chaque chien non stérilisé pourra engendrer jusqu’à 67 000 ascendants en six ans[2].

C’est ainsi que celle qui avait regagné son Maroc natal en 2007, après une vingtaine d’années passées en Suisse, s’est vu rassembler en toute urgence le plus grand nombre de chiens badgés, vaccinés, stérilisés. Pour les mettre à l’abri des tueries. Dans cette ferme au milieu de nulle part, à trois quart d’heures de route d’Agadir. Survivant au jour le jour, à la merci de dons qui sont loin d’être acquis, et qui doivent tourner dans les 10 000 Euros par mois, pour couvrir nourriture et soins vétérinaires. Cela fait vingt mois que cela dure, en attendant les lendemains qui chantent.

photo asso CSP

 

Ces lendemains que les médias marocains font miroiter dès juillet 2019, date à laquelle le Ministère de l’Intérieur avait signé un accord de partenariat avec le Ministère de Santé et l’ONSSA, l’Office national de sécurité sanitaire des produits alimentaires, pour épauler les communes à mettre en oeuvre, à l’échelle nationale, la méthode TNV&R, multiplier les campagnes de propreté au niveau des déchetteries (sources de ravitaillement des chats et chiens errants), faire vacciner gratuitement contre la rage toute chatte, tout chien stérilisé, élaborer des programmes de sensibilisation et d’éducation de la population (selon le journal en ligne arabophone Achkayen du 19 juillet 2019).

photo asso CSP

 

Dès novembre 2019, alors que le Ministère de l’Intérieur marocain recommande vivement d’arrêter de tuer les chiens errants par arme à feu et empoisonnement[3] et que les gouverneurs des provinces marocaines reçoivent un rappel de la circulaire ministérielle pour mettre en application les directives royales concernant la stérilisation et vaccination des populations canines, le Maroc assiste à une recrudescence inouïe de violence envers ses chiens beldis, orchestrée, en partie, par les autorités locales.

Cela fera réagir la société civile du pays : les pétitions et manifestations contre le massacrage arbitraire de chiens se multiplient, à Agadir comme à Tanger, deuxième ville ayant un projet-modèle TNV&R, à Rabat, Casablanca, Marrakech et, récemment, même à Essaouira ; les réseaux sociaux sont immergés de messages de colère de la part de la jeunesse marocaine, mais aussi des quatre coins du monde ; les sites facebook genre « stop killing dogs in Morocco » prolifèrent[RK2] , en arabe, en français, et progressivement en anglais.

photo asso CSP

 

Et, de temps en temps, tandis que les 750 beldis du plus grand refuge du Maroc, survivants du tout premier projet TNV&R du continent africain, brutalement avorté, attendent toujours, au milieu de nulle part, les lendemains qui chantent, passent des visiteurs : des adoptants d’Europe, charmés par la beauté farouche de ces beldis, par leur douceur et l’expressivité de leur regard qui en dit long sur leur ascendance bédouine, sloughi, presque pharaonienne, parfois. Des artistes aussi, tel Markus Hannich, photographe « people » allemand, telle Neele Ambs, influencer sur Instagram et mannequin allemand.

photo : Markus Hannich

 

C’est aussi le cas de la talentueuse Halima Ouardiri, jeune cinéaste mi-suisse mi-marocaine qui restera cinq jours, de l’aube au crépuscule, pour les filmer, ces 750 beldis : « J’avais vu, sur le site facebook de l’Association Le Coeur sur la Patte, une photo du refuge de Taroudant, confie-t-elle au journal italien Il Secolo XIX. Et de poursuivre : « Jamais je n’avais vu quelque chose de pareil, autant de chiens rassemblés, l’un si près de l’autre. J’ai trouvé cette photo tellement évocatrice. Peu de temps après, je suis tombée sur le tableau Fighting Dogs de l’artiste new-yorkais Dan Witz. C’est exactement ce que j’avais en tête : les couleurs, la multitude, la férocité. J’avais envie de voir le refuge de plus près. »[4]

Résultat : un concentré hautement artistique intitulé CLEBS, qui, pour insinuer « un parallèle poignant avec la condition humaine » tout en « se détournant de la narrativité ordinaire », a valu à Halima Ouardiri, en novembre dernier, lors du Festival International du Cinéma Francophone en Acadie, le Prix « La Vague » du Meilleur court-métrage canadien. [5]

Ces jours-ci, c’est la BERLINALE qui accueillait sur ses écrans, en première internationale, les 750 chiens du refuge d’Agadir transmués en protagonistes d’une parabole cinématographique sur les migrants de ce monde.

Photo Regina Keil-Sagawe – Halima Ouardiri et Michèle Augsburger sur le tapis rouge de la Berlinale

Le doc canadien «Clebs» remporte le meilleur court-métrage à la Berlinale

par Pat Mullen – povmagazine.com – 28/02/25020

Les films canadiens ont poursuivi leur Berlinale avec quelques victoires sur le court métrage aujourd’hui. Le court métrage documentaire de Halima Ouardiri, Clebs (Mutts), a remporté deux prix, dont l’Ours de cristal du meilleur court métrage.

Clebs director Halima Ouardiri and editor Xi Feng at the Berlinale

Clebs a également remporté un prix spécial du jury international de la génération 14plus pour le meilleur court métrage. La victoire comporte un prix de 2 500 euros, gracieuseté de la Bundeszentrale for politische Bildung (l’Agence fédérale pour l’éducation civique).

Coproduction canado-marocaine, Clebs est un portrait efficace et inattendu de la crise migratoire mondiale raconté à travers les histoires de 750 chiens. Le film étonnamment tourné observe les chiens agités du sanctuaire du Cœur sur la Patte au Maroc en attente d’adoption. Ouardiri établit des parallèles surprenants entre les chiens et les millions de réfugiés déplacés dans le monde alors qu’ils attendent dans les limbes l’abri et la sécurité.

« Je suis d’abord venu à la Berlinale avec un court métrage sur un petit garçon et un hibou appelé Mokhtar et maintenant je suis de retour avec 750 chiens », a déclaré Ouardiri dans un communiqué via Téléfilm Canada. «Lorsque vous commencez une génération, vous faites partie de la famille et vous pouvez revenir quand vous faites du bon travail. J’espère que je pourrai revenir avec un autre film, peut-être avec un singe. » Ouardiri, qui a qualifié la victoire d ‘«inattendue» et a comparé l’expérience à un rêve dans le rêve, a déclaré qu’elle espérait que les projecteurs de la Berlinale donneraient une plate-forme à la gravité de son sujet et sensibiliseraient les réfugiés dans des situations désastreuses.
« C’est une comparaison assez forte que je fais, mais c’est encore pire en réalité en termes de la façon dont ils vivent maintenant. C’est dans mon esprit très souvent. J’espère que ce film pourra rappeler aux gens que les êtres humains vivent actuellement dans les pires conditions. »

Le cinéaste a également remercié Michèle Augsburger du Cœur sur la Patte pour son dévouement aux chiens. « Il s’agit d’avoir un avenir meilleur », a déclaré Ouardiri.

La cérémonie d’aujourd’hui a également permis de remporter le court métrage Goodbye Golovin de Mathieu Grimard.
Le film a reçu une mention spéciale du jury jeunesse dans Generation 14plus.
Les films canadiens étaient très présents à la Berlinale dès la première soirée de sélection du drame de Philippe Falardeau, My Salinger Year. Le Twentieth Century de Matthew Rankin a remporté le prix FIPRESCI plus tôt cette semaine.
Parmi les autres films canadiens au festival, mentionnons le documentaire de Joshua Bonnetta The Two Sights, Kazik Radwanski Anne à 13000 pieds, Anaïs Barbeau-Lavalette Goddess of the Fireflies et Stump the Guesser de Guy Maddin, Evan Johnson et Galen Johnson.

DANS LES ARCHIVES DE MATCH : Il y a 60 ans, le séisme d’Agadir faisait plus de 12000 morts

 

J’ai la chance de posséder un exemplaire du Paris Match n° 570, paru le 12 mars 1960.

Cet exemplaire est un cadeau inestimable qui m’a été fait par Jacques Gandini, l’auteur des célèbres guides Gandini « Pistes du Maroc »

« Agadir, la tragédie des emmurés » - Couverture du Paris Match n°570, 12 mars 1960

Article d’après un Tweet de Clément Mathieu –

Le 29 février 1960, un tremblement de terre d’une magnitude de 5,7 sur l’échelle de Richter fait plus de 12 000 morts à Agadir au Maroc… Avec Rétro Match, suivez l’actualité à travers les archives de Paris Match.

Avec une magnitude de 5,7 sur l’échelle de Richter, c’est un séisme que l’on dit « modéré ». Le qualificatif est bien éloigné de l’ampleur de la dévastation. Le 29 février 1960, à 23h40 et durant 15 secondes, la terre a tremblé à Agadir. L’épicentre se trouvait juste au dessous de la ville, dont les constructions anciennes ou mal élaborées n’ont pas résisté. Passées la panique, la peur, l’urgence et la nuit, les Marocains ont découvert la désolation au petit matin. Entre 12 000 et 15 000 personnes sont mortes ; un tiers de la population. Plus de 15 000 autres ont été blessés. Tous les survivants se sont retrouvés sans abris. Le roi du Maroc, Mohammed V, a fait évacuer la ville deux jours plus tard. Agadir a rapidement été reconstruite, deux kilomètres plus au sud.


Voici le reportage consacré au séisme d’Agadir, publié dans Paris Match en 1960…

Agadir, la ville tombeau

De notre envoyé spécial Georges Menant (enquête Robert Serrou)

« Agadir, la tragédie des emmurés » - Couverture du Paris Match n°570, 12 mars 1960
« Agadir, la tragédie des emmurés » – Couverture du Paris Match n°570, 12 mars 1960© Paris Match

L’enseigne de vaisseau Henri Arnaud s’était couché heureux. C’était lundi soir. Il avait encore, dans son torse de sportif, la bonne fatigue de cette fin d’après-midi de. février passée à la plage, avec sa femme et les copains : harpon au bras, il avait chassé le pageot et la sole dans les eaux claires du golfe. Le soir, on avait fait cuire le poisson dans le sable, sur un feu de bois, à la marocaine.

A présent, nu sur son lit, dans la petite villa blanche qu’il habitait au quartier militaire, Arnaud cherchait le sommeil. Il faisait lourd : depuis trois jours, le « chergui » (le sirocco d’ici) soufflait sans désemparer. Les yeux ouverts, Arnaud écoutait les grandes vagues de l’Atlantique s’écraser sur la plage immense. Dire que nous sommes le 29 février! songeait-il. Dire qu’au Havre, en France, les gens dorment sous deux couvertures en écoutant le crachin grésiller contre les vitres ! De telles pensées emplissaient toujours le jeune homme d’une joie suave. Il était né au Havre. Grand, blond, les yeux bleus, il n’avait du Méridional ni les appaces ni les goûts. Quand on l’avait désigné pour la base aéronavale d’Agadir, il avait simplement pensé que ce serait bon pour son avancement. Et il avait découvert Agadir, au bout du Maroc : le paradis. Un paradis oublié, entre le désert et la mer, le paradis des connaisseurs. Quatre hôtels, toujours pleins d’Anglais, d’Allemands, de Suédois, tous riches et beaux, qui donnaient à la ville un air de station de vacances tout au long de l’année. La mer, c’était le poisson par bancs entiers : thons, bars, soles, pageots, sardines (les sardines d’Agadir). La terre, sur les pentes de l’Atlas saharien, c’était les oranges, les citrons, les figues. Pêcheurs ou cultivateurs, les Marocains étaient des gens affables et courageux. Entre eux et les Européens, il y avait comme une sorte de complicité : ailleurs le monde pouvait être ce qu’il voudrait; pour les initiés du paradis, il y aurait toujours Agadir. Et ici, pas de Gauguin ou d’Alain Gerbault pour aller vendre la mèche.

Aussi, personne ne s’était-il inquiété lorsque, dans la journée du lundi, le sol s’était mis à bouger : deux petites secousses, l’une à 11 h 45, l’autre à 17 heures. Un volcan sous-marin, très loin dans la mer, avait-on dit. La mer était si généreuse, comment pourrait-elle trahir ? Et puis quelle catastrophe pouvait bien atteindre Agadir?

La seule menace qui soit jamais apparue ici, on s’en souvenait à peine : les canons de la Panther, la canonnière allemande qui était venue narguer le rivage, un matin de juillet 1911. Les manuels appelaient cela « le coup d’Agadir ». Il avait failli déclencher, avec trois ans d’avance, la première guerre mondiale. Mais Agadir n’y avait jamais cru tout à fait. Agadir n’était pas fait pour l’Histoire.

Cinq étages : une galette

Ce fut comme si la terre était devenue le dos d’une baleine géante. Soudain, le lit, les meubles, la maison se mirent à vaciller. Arnaud et sa femme, qui commençaient à s’endormir, se dressèrent d’un même élan. La baleine grognait, crachait, s’ébrouait. Le plafond tombait, les meubles s’effondraient, les murs se fendaient. Et, d’un seul coup, plus rien. Le bruit et la fureur avaient duré une éternité, au moins quinze secondes. A présent, c’était le silence. Par la lézarde d’un mur, Arnaud et sa femme aperçurent les étoiles du ciel.

Une minute plus tard, ils étaient dehors, achevant de s’habiller. Dans le jardin, leur petite 4 CV vert amande était toujours là. Ils s’y engouffrèrent. Ce n’était pas pour fuir. Dans la même seconde, le jeune couple avait tout compris sans rien s’expliquer : leur petite maison de ciment avait tenu, mais les grands immeubles verticaux du bord de mer, les vieilles maisons marocaines du Talborj, tout’ Agadir, quoi…

Pleins phares, la petite 4 CV fonce vers l’horreur à travers la nuit noire. D’abord, c’est le grand mur de la conserverie de sardines effondré au bord de la route comme un château de sable. Puis les premières maisons, façades abattues, murs de guingois, et, le long des ruines, des gens à moitié mus dégringolent dans la poussière. Mais pourquoi voit-on si peu de gens? Plus on avance, plus la réponse devient évidente : les trois quarts des maisons ne sont plus qu’un tas de cailloux. De temps en temps, une grande flamme bleue éclaire le spectacle : les fils des lignes électriques abattues qui entrent en court-circuit. Au loin, des incendies rougeoient, projetant des bouffées de lumière sur les décombres, jusqu’à l’horizon.
Maintenant, il n’y a plus de rues. Plus rien qu’un vague tracé entre des monceaux de pierres écroulées. C’était le centre de la ville. Arnaud et sa femme ne trouvent pas un seul mot pour parler de cela. Seulement des onomatopées : « Là! Là !… » Là, c’était l’immense marché couvert sur pilotis, grand comme un vélodrome : plus rien qu’une galette de ciment affalée sur le sol. Là, l’immeuble de la compagnie « l’Urbaine ». Les cinq étages, aplatis comme un millefeuilles, n’ont pas 3 mètres de haut. A un mètre du trottoir, coincé entre mur et plafond, un torse dépasse, comme une gargouille. Dans la lueur des phares Arnaud reconnait le visage bleui de son assureur, M. Stephen. Sa voiture, un D.S. noire, est écrasée au bord de la rue. Mystérieusement, le feu rouge arrière s’est allumé, petit point rouge dans la désolation, comme une lampe d’autel. Là, plus loin, c’est le « Sud-Building », un chef-d’oeuvre de l’urbanisme africain : cinq étages couronnés par une terrasse en rotonde. Il n’en reste qu’un amas de pans de murs et de cloisons écrasés sous la rotonde de ciment que le séisme a froissée comme une visière de casquette. Le long de la visière, on voit des silhouettes qui rampent au bord du vide. Enfin, des vivants ! Ici, habitait M. Colomb, le notaire d’Agadir. Arnaud stoppe sa voiture. Et soudain, ce que le bruit de son moteur lui avait caché envahit ses oreilles : les appels, les gémissements, les cris qui montent de ce cimetière de vivants.

Sur la visière du « Sud-Building », les silhouettes rampent toujours, cherchant une issue. Arnaud les hèle. Il faudrait une échelle, il faudrait… Mais à deux pas, dans l’ombre, quelqu’un gémit. Arnaud braque sa lampe de poche. C’est un Marocain. Il est coincé au fond d’un trou, entre deux cloisons, les jambes disloquées. Arnaud descend, aidé par sa femme, passe une corde sous les épaules du malheureux, remonte, le tire à lui, l’étend sur le coussin arrière de sa voiture. Au moment où il va démarrer, un autre homme sort d’un amas de pans de murs. Impossible de savoir si c’est un Arabe ou un Européen, tant son visage est tuméfié. Il explique que sa femme et ses trois enfants sont « là-dessous ». Arnaud le pousse de force au fond de la voiture, et la petite 4 CV part à toute allure vers le terrain d’aviation de la base.

Sur la route, en sens inverse, c’est une file ininterrompue de camions et de voitures chargés de marins dont les cols bleus flottent au vent, la pelle ou la pioche à l’épaule, ils accourent vers Agadir.

A la base, toutes les lumières sont allumées. Ici, à 7 kilomètres de la ville, la secousse n’a été qu’à peine ressentie, et les hangars de tôle ondulée ont tenu bon. La Marine a réagi immédiatement. Déjà, les premiers camions de blessés arrivent. Sous les hangars, dans la lumière crue des ampoules, les chirurgiens militaires opèrent en série, sans matériel pour la plupart, sans trouver le temps d’aseptiser. Le sol est couvert de flaques de sang. Arnaud décharge les deux blessés et laisse sa femme : elle a un diplôme de secouriste, et l’on manque de personnel pour les piqûres.

« Au Saada, il y a des vivants. »

À présent, dans Agadir, l’horreur s’anime: elle a pris des visages, des voix, des gestes. De toutes parts, c’est une espèce de folie sourde qui s’empare de la nuit des ruines. A travers les amas de décombres, des cloisons se soulèvent et des formes humaines accroupies se mettent à cheminer, comme des scarabées. D’autres se laissent glisser le long des pans de murs, agrippés à des cordes, à des draps noués, à des gouttières. En rentrant dans la ville, Arnaud a stoppé sa voiture devant un petit corps qui barrait la route. Il avait cru à un cadavre. C’était un bébé tombé d’une fenêtre, les yeux ouverts, indemne. Il souriait. Deux marins l’ont emporté dans leurs bras.

Plus loin, un homme entièrement nu sort d’une maison. écroulée, les bras chargés d’argenterie. En le voyant, un couple de rescapés qui courait vers la mer avec un baluchon de linge, s’est arrêté pour éclater de rire. A côté, un homme planté au milieu de la rue hurle aux étoiles :

– Mes quatre petits ! Non, non, pas tous les quatre. Ce n’est pas possible!

En face, la grande brasserie d’Agadir où marins, estivants et notables se retrouvaient à l’heure de l’apéritif n’est plus qu’un immense trou noir où des débris de glaces et de percolateurs luisent dans l’ombre. Mais la toile de l’enseigne n’a pas bougé et on lit en grosses lettres rouges : « Au tout va bien ».

Sur le trottoir, un jeune homme de vingtcinq ans, erre, hébété, en serrant contre lui un objet de métal :

– J’ai tout perdu, ma femme et mon fils, dit-il aux sauveteurs. Je n’ai plus que mon réchaud. Alors, tenez, prenez-le, ça me fera plaisir.

Au flanc d’un tas de ruines, un petit groupe de marins appelle à l’aide. Arnaud reconnaît un autre enseigne de la base.

– Vite, des crics de camion. Il y a un type là-dessous.

L’homme, un professeur du collège, est coincé entre un balcon et une dalle de plancher. Il parle, d’une voix faible, mais distincte.

– Je sais que je vais mourir, dit-il. Mais surtout, ne m’abandonnez pas.

On revient avec des crics. Mais il en faut une demi-douzaine, car le balcon de ciment représente un poids énorme. L’opération va durer trois heures. Trois heures atroces, pendant lesquelles Arnaud et ses compagnons entendront la voix du professeur faiblir à travers le cliquetis des crics. Sa dernière parole sera cette imploration :

– Assez, maintenant. Donnez-moi un coup de revolver dans la tête.

Victoire enfin : la dalle est soulevée. Inutile victoire. Comme dans beaucoup de cas semblables, l’homme délivré succombera dans les cinq minutes d’une hémorragie interne.

L’équipe Arnaud est atterrée. II est 4 heures du matin. Un camion de marins passe en criant :

– Tous au « Saada ». Il y a des vivants. On laisse le cadavre et on fonce au « Saada ». Des quatre étages du bel hôtel ancré au-dessus de la baie, il ne reste plus qu’une quadruple galette de béton dominée par l’enseigne de tôle flamboyante, intacte : * Saada » (en arabe : « le Bonheur »). Soixante-quinze personnes ont été englouties là. Une vingtaine d’entre elles ont déjà été dégagées par les marins qui ont mis un marteau-piqueur en action pour attaquer les dalles. Parfois, au-dessus d’un trou, le silence se fait. On descend une baladeuse au bout de son fil, et l’on appelle. En français, en anglais, à tout hasard. Il y a là des gens qui vivent encore : Anglais, Américains, Allemands, Scandinaves. Pour échapper à l’hiver, parce qu’ils étaient fortunés, ils sont venus chercher la mort sur ce rivage oublié de l’Afrique. Ce soir, à Agadir, c’est le nouveau rendez-vous de Samarcande.

Au moment où l’enseigne Arnaud arrive, une Anglaise vient d’être repérée. Mais comment localiser la voix à travers ce labyrinthe de cloisons effondrées.

– Hello! Can you see the light? (Voyez-vous la lumière ?)

Au bout de quelques secondes, une voix d’outre-tombe qui semble très vieille, parvient en écho.

– No, I don’t. (Non, je ne vois pas.)

Au bord du trou, les visages se redressent dans la lueur de la baladeuse.

– Ça va, dit le chef de l’équipe, un jeune ingénieur des travaux publics français. Ça vient de la gauche.

Et les marteaux-piqueurs se remettent à hoqueter.

Autour des marins, trois jeunes gens en civil errent sans un mot. Ce sont trois frères. Ils étaient en vacances à Agadir avec leurs parents. Le soir de la catastrophe, ils avaient décidé de prendre un bain de minuit, et ils étaient descendus jusqu’à la plage dans la grosse Chrysler familiale. D’en bas, ils ont vu le « Saada » s’effondrer sur leurs parents. Maintenant, le jour se lève. Et les trois baigneurs de minuit n’ont plus rien au monde, que leur grosse voiture inutile.

« Pour les touristes du monde entier (il y avait même une boutique suédoise), Agadir était un paradis à l'ombre des eucalyptus et des palmiers. C'est en pleine saison, alors qu'il ne restait plus une chambre à louer dans toute la ville, que le tremblement de terre a ravagé ce paysage pour carte postale : une baie de sable fin sur quatre kilomètres, le ‘fameux fer à cheval’ du Sud-Marocain, au pied des remparts de la Casbah du XVIe siècle. » - Paris Match n°570, 12 mars 1960
« Pour les touristes du monde entier (il y avait même une boutique suédoise), Agadir était un paradis à l’ombre des eucalyptus et des palmiers. C’est en pleine saison, alors qu’il ne restait plus une chambre à louer dans toute la ville, que le tremblement de terre a ravagé ce paysage pour carte postale : une baie de sable fin sur quatre kilomètres, le ‘fameux fer à cheval’ du Sud-Marocain, au pied des remparts de la Casbah du XVIe siècle. » – Paris Match n°570, 12 mars 1960© Paris Match
Les chiffres font peur

Il faut le jour pour mesurer l’ampleur du désastre. Dans la ville européenne, plus de la moitié des immeubles sont totalement détruits, et l’on doit compter au moins 1 500 morts sur les 3 000 habitants probables. Mais le Talborj, la ville musulmane ? Quel chiffre indiquer sur les 30 000 habitants du Talborj ? Ici, pas de ciment armé. De grosses pierres, mal reliées entre elles par des joints de torchis. Quatre-vingts pour cent des maisons sont entièrement détruites. Alors, quand on parle de 10 000 morts ici, c’est que les chiffres font peur.

C’est au Talborj que l’enseigne Arnaud a commencé sa matinée de sauvetage. La rue de l’horreur, ici, s’appelle rue de la Kissara. C’était la rue principale. Ce n’est plus rien qu’une saignée dans une mer de cailloux, où les morts et les vivants se côtoient au milieu d’un affreux inventaire de tapis crevés, de babouches, de couffins d’oignons, de valises de carton, de voitures d’enfants. Cela commence à l’entrée, sur la grande place, où le cinéma Sahara s’est effondré sur une salle comble, un quart d’heure avant la fin de la séance. Le long de la rue, on dégage un cadavre toutes les dix minutes. A la main, avec des morceaux de bois, des bouts de ferraille. Il y a une pelle pour dix. A chaque découverte, c’est un concert de lamentations qui s’élève. Des femmes s’évanouissent en hurlant, des hommes se jettent à terre, griffant le sol de douleur. Puis on emporte le corps dans un tapis marocain rouge ou vert, en trottinant, jusqu’à ce qu’on ait découvert un coin d’ombre pour l’y déposer. L’ombre est rare, et la chaleur – plus de trente à l’ombre, à midi — va rendre très vite la situation intenable. A quoi s’ajoute la poussière fétide qui s’élève des ruines, plus dense à mesure que l’on fouille, et commence à donner aux vivants la pâleur de la mort.

C’est là que j’avais rencontré l’enseigne Arnaud. Son mouchoir noué autour des yeux, il distribuait les bouteilles d’eau minérale. Au milieu de la place, une petite Arabe en robe rouge était assise sur un baluchon, tenant sur les genoux un bébé endormi. Elle nous a raconté son histoire en français. Lorsque la secousse est arrivée, Aicha ne dormait pas encore. Avec ses parents et ses quatre frères et sœurs, elle écoutait de la musique religieuse à la radio, car on était en Ramadan. Elle s’est retrouvée dans la rue, vivante, à côté de son petit frère Said. Tous les autres étaient morts.

A présent, elle est là, assise sur son baluchon, avec son petit frère dans les bras, et elle attend, dans l’odeur de mort qui monte avec le soleil.

Bateaux et chaloupes foncent

Une famille d’Européens, les bras chargés de paniers, vient s’asseoir à côté d’elle. Ce sont les Machado, des Portugais, les « petits blancs » du Talborj. Ils habitaient un peu plus loin, rue Illala. Quand la terre a tremblé, la poussière des maisons qui s’écroulaient autour d’eux est entrée par les fenêtres. Les Machado et leurs deux enfants sont restés une bonne minute sans bouger, asphyxiés par la poussière. C’est ce qui les a sauvés : leurs voisins, qui sont sortis tout de suite, ont été pris sous l’éboulement. Ici, les maisons du quartier s’abattaient les unes après les autres, comme un immense château de cartes.

Les Machado, eux aussi, attendent. Le père était pêcheur ; son patron de pêche est mort. La mère était employée à la conserverie, détruite. Cassagno, le garagiste, où le fils apprenait la mécanique, est mort lui aussi. Et morts tous les gens de l’immeuble du port où la fille était lingère.

Aicha, son petit frère et les quatre Machado, l’enseigne Arnaud a mis tout le monde dans sa petite voiture qui n’aura bientôt plus ni coussins, ni pare-chocs. Nous avons pris la route de la mer. Soudain, Machado le pêcheur a tendu la main. Et, pour la première fois, Aicha a souri. C’est elle qui avait compris la première : en bas, dans la rade, une quinzaine d’énormes silhouettes grises étaient allongées sur l’eau. L’escadre française de la Méditerranée venait d’arriver.

Maintenant, l’époque héroïque et désespérée des premières heures a pris fin. Ce qui se passe autour du croiseur-amiral Colbert et du porte-avions La Fayette et des treize escorteurs qui les encadrent est un véritable débarquement. L’escadre française, en visite dans la Communauté, s’est déroutée vers Agadir en forçant les feux, et l’exercice qui devait se dérouler à Dakar vient de commencer ici. De toutes parts, bateaux blindés et chaloupes foncent vers le port et la plage. A bord, la formation est exactement la même que pour un débarquement de guerre. A la place des fusils, des pelles et des pioches. A la place des mitrailleuses, des barres à mine. A la place des lance-flammes, des chalumeaux oxycoupeurs. Dès qu’ils ont mis pied à terre, les marins s’élancent au pas de charge vers les rues d’Agadir, un masque de coton en travers du visage, les mains rougies au « Désogène ».

Au passage, ils croisent les camions verts à étoile blanche de l’armée royale marocaine qui arrivent par la route de Mogador, de Marrakech, de Casablanca. On se salue, on échange du matériel, des vivres, des médicaments. Oh! vertus du malheur !

– Voyez, me dit l’enseigne Arnaud. Ici, à Agadir, aujourd’hui, la paix des braves a commencé.

Sur la route de la base, gendarmes marocains et marins français font la police de la circulation côte à côte. Au terrain, maintenant, c’est une véritable ville de réfugiés qui s’est créée. Et le ventre de cette ville, ce sont les soutes du Colbert et du La Fayette, d’où les vivres débarquent par chaloupes entières : 2 tonnes de pain, 4 tonnes de viande seront livrées en quarante-huit heures à la ville démunie de tout. Au large, les boulangeries du bord travaillent pour cuire le pain d’Agadir. Les bouilleurs du Basque et du Lorrain distillent sans arrêt l’eau de mer pour approvisionner la ville en eau potable.

Le cerveau de l’ensemble est un P.C. en. plein air (on redoute toujours de nouvelles secousses) installé dans la cour de l’immeuble des Travaux publics. Là, devant des cartes de la ville dressées sur des planches, l’ingénieur en chef Clos, des T.P. de Rabat, dirige les opérations en liaison radio continuelle avec le vice-amiral Cabanier. commandant l’escadre française.

Bénissons ces Français-là

Le P.C. des Travaux publics, c’est aussi la bourse aux nouvelles. Et toutes les nouvelles ne sont qu’un concert d’éloges pour la marine française. Ici, nous apprendrons que l’ « Anglaise » du « Saada » vient d’être dégagée vivante, après quarante et une ‘heures passées sous les décombres. En fait, cette vieille Anglaise à la voix d’outre-tombe était une Américaine de vingt-quatre ans, Miss Sue Martin. Pendant près de deux jours, les marins de la base se sont relayés auprès d’elle en la nourrissant par un tuyau de plastique. Quand elle est sortie, Miss Martin a dit les seuls mots de français qu’elle connaissait : « Merci, France. »

Ailleurs, on commente l’exploit du petit marin, le plus petit de « bordée », qui s’est faufilé au risque de sa vie sous 12 mètres d’éboulis pour aller faire une piqûre de morphine à un Marocain enseveli.

Malheureusement, on n’avait pas pu dégager vivant, malgré un véritable numéro d’acrobatie aérienne, le corps de Me Colomb, le notaire d’Agadir enfoui sous la terrasse du « Sud-Building ». Me Colomb, qui venait de subir une opération de l’appendicite, était rentré de l’hôpital trois heures avant la catastrophe!

Mais la nouvelle la plus ahurissante est arrivée mercredi soir : les marins venaient de dégager un autocar long-courrier que la catastrophe avait enseveli au moment du départ. Les trente-trois passagers, tous musulmans, avaient attendu leur délivrance pendant quarante-huit heures. Pas un n’était blessé.

Devant le P.C., ce soir-là, un Marocain en civil parlait très fort au milieu d’un groupe de musulmans. C’était Me Driss Benida, le juge de paix. L’enseigne Arnaud (du Havre) m’a traduit ses paroles :

– Bénissons ces Français-là, disait Me Benida, sans eux…

Au large de la baie, sur le reflet d’Agadir-la-morte, l’escadre française allumait ses phares.


Les photos parues dans ce Paris-Match :

 

AGADIR : IL Y A 60 ANS, UN VIOLENT SÉISME FAISAIT 15.000 MORTS ET 25.000 BLESSÉS

Par Mohand Oubarka – le360.ma – 29/02/2020

C’est en présence de représentants des trois religions monothéistes, musulmane, chrétienne et juive, que les habitants de la capitale du Souss ont commémoré, ce samedi 29 février, le séisme tragique survenu en 1960, faisant plus de 15.000 morts et 25.000 blessés.
Moments de recueillement.

Magnifique concert hier soir de l’Orchestre Philharmonique du Maroc

Hier soir, l’Orchestre philharmonique du Maroc nous a gratifié d’un admirable concert dans la salle des Dunes d’Or

Ci-dessous, ces deux solistes nous ont interprété un merveilleux et poignant « Ave Maria » qui a ému toute la salle :

A la fin du concert, les autorités sont allées féliciter les interprètes de ce remarquable concert :

Quelques photos :

En conversation avec François Granger arrivé depuis quelques heures du Canada (à droite) et Cathy Fauverque et Jean (de dos)

Là, avec M. le wali, Le Consul Général de France Dominique Doudet et Mme le Consul Général d’Espagne, Laura García Gómez

et là, avec l’excellent chef d’orchestre :

Les moments sont trop rares à Agadir pour assister à des concerts de cette qualité !

Il faut espérer que l’orchestre philharmonique du Maroc sera bientôt de retour ici pour nous permettre de les apprécier encore !

Les très belles photos qui illustrent cet article sont de mon ami Alexandre Scharl de Clipromo (un vrai pro, ça se voit ! )

 

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