Les parcs nationaux du Maroc : quand les richesses de la nature sont plombées par une gestion défaillante


Par Zineb Ibnouzahir – le360.ma – 24/07/2020

parc national d’Iriqui

Parc national d’Iriqui, à 150 km au sud de Ouarzazate, dans l’Anti-Atlas. © Copyright : DR

La Cour des comptes, que préside par Driss Jettou, a fait paraître le 20 juillet dernier un nouveau rapport portant sur l’évaluation de la gestion des parcs nationaux, et celui-ci est pour le moins sévère.

La préservation de la biodiversité est devenue une préoccupation de plus en plus importante à l’échelle mondiale ces dernières décennies, les «aires protégées constituent la pierre angulaire de l’action des Etats pour l’atteinte des objectifs de sauvegarde de la biodiversité et son utilisation durable», indique d’emblée ce rapport en préambule, et à ce titre, poursuivent ses rédacteurs, «le Maroc fait partie des pays méditerranéens les plus riches en diversité en termes de végétation et de faune».

Au Maroc, on dénombre plus de 24.000 espèces animales et plus de 7.000 espèces végétales. Quant au taux d’endémisme global, il est de 11% pour la faune et plus de 25% pour les plantes vasculaires (soit les végétaux qui possèdent des vaisseaux servant à la circulation de l’eau).

A l’heure actuelle, les parcs nationaux, dont la gestion est assurée par le Haut-Commissariat aux Eaux et forêts et à la lutte contre la désertification, sont au nombre de onze (Toubkal, Ifrane, Souss-Massa, Khénifra, Iriqui, Haut Atlas oriental, Khenifiss, Talassemtane, Al Hoceima, Tazekka et Dakhla), et s’étendent sur une superficie globale de 2,84 millions d’hectares.

Compte tenu du rôle central de ces aires protégées dans la préservation de la diversité biologique, ainsi que des menaces et pressions susmentionnées, auxquelles sont exposés les différents écosystèmes de ces parcs, la Cour des comptes a entrepris une mission d’évaluation de la gestion des parcs nationaux et de leur contribution à la protection de la biodiversité du pays.

Des défaillances administratives et juridiques qui plombent la bonne gestion des parcs nationaux

Le rapport, qui rappelle que «la gestion des parcs nationaux est assurée par le département des Eaux et Forêts, à travers le service d’aménagement des parcs et réserves naturelles relevant de la division des parcs et réserves naturelles qui relève elle-même de la direction de la lutte contre la désertification et de la protection de la nature», établit plusieurs constats relatifs à ce cadre de travail qui favorise la transversalité et qui est qualifié de «non favorable au suivi des actions réalisées au niveau des parcs nationaux».

Par ailleurs, la Cour des comptes épingle également une faiblesse en matière de mécanismes de concertation entre l’administration et les collectivités territoriales ainsi qu’un retard dans l’établissement des plans d’aménagement et de gestion prévu par la loi.

Le cadre juridique et de gouvernance est l’un des principaux écueils à la bonne gestion de ces espaces protégés et accuse en l’occurrence  d’importants retards. Ainsi, si le premier texte sur les aires protégées remonte à 1934 avec le Dahir relatif aux parcs nationaux, celui-ci n’a été amendé qu’en 2010, par la loi n°22-07 relative aux aires protégées. Mais depuis, plus rien… Le décret d’application n’a pas encore vu le jour et de fait, la mise en application de la loi est fortement entravée.

Toujours d’un point de vue juridique, les statuts des terrains abritant les parcs nationaux représentent un frein aux actions de conservation des parcs nationaux, notamment lorsque le domaine de l’Etat ne constitue pas la superficie majoritaire de ces espaces.

«C’est le cas pour le PN Souss Massa, le PN d’Al Hoceima, le PN du Haut Atlas Oriental et le PN d’Ifrane où le domaine forestier de l’Etat ne constitue, respectivement, que 39%, 31%, 51% et 64%» précise le rapport.

Conséquence directe, dans le cas du parc national d’Ifrane, «on constate ainsi que le recours des agriculteurs propriétaires de terrains au sein du parc à une agriculture moderne (creusage de puits, goutte à goutte, arboriculture, etc.) a détruit l’aspect naturel du parc».

S’agissant du parc national de Souss-Massa, on relève par ailleurs que «l’habitat de l’oiseau « Ibis chauve » est menacé du fait de la construction de plus de 2 400 grottes le long des falaises littorales contenues dans le parc».

La faible valorisation des parcs

Le rapport de la cour des comptes déplore enfin le peu de visibilité des parcs nationaux dont la majorité «ne dispose pas de sites web pouvant servir d’interface de communication et de diffusion auprès des différents partenaires ainsi que de moyen de publicité auprès du public».

Et, fait encore plus grave, les parcs nationaux du Maroc sont les grands absents du patrimoine mondial de l’UNESCO.

«Malgré les efforts déployés en matière de création des parcs nationaux, aucun d’entre eux n’est inscrit au niveau du patrimoine mondial de l’UNESCO pour les valoriser à l’échelle internationale. Il est à noter que même si quelques parcs nationaux, notamment ceux de Talassemtane, de Khenifiss et de Dakhla, figurent sur la liste indicative de l’UNESCO depuis une vingtaine d’années, leur inscription effective a tardé à voir le jour, ceci alors que plusieurs pays, notamment africains, ont entrepris l’inscription de leurs parcs depuis près de 20 ans en Tunisie et Mauritanie» épingle le rapport de la cour des comptes.

Un manque de visibilité  accru par l’absence de cadre régulant l’accès à ces zones par la population et les visiteurs et plus particulièrement, l’utilisation des véhicules.

Catégories :Actualités

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