Archives de octobre 2020

Ainciart Bergara, des générations de fabricants de Makhila. Bergara sendia makhila egilea.

Par Boutin Allande – Txirrita france3-regions.francetvinfo.fr – 14/10/2020

Ximun, un des jeunes artisans dont parle Nicole Bergara-k aipatu ofiziale gazteetarik bat Ximun / © Allande Boutin 2020

Depuis au moins sept générations avérées, la famille Ainciart Bergara fabrique des makhila, bâton de marche également canne épée emblématique du Pays basque. Le makhila, aujourd’hui, est aussi un objet honorifique, offert lors de grandes occasions en témoignage de respect ou remerciement.

Fabriquer un makhila nécessite un grand savoir-faire consacré par une médaille d’or à l’exposition universelle de 1889, d’argent en 1937, le titre de meilleur ouvrier de France en 1936, et l’inscription en 2011 à l’inventaire des Métiers d’Art rares de l’Unesco. En 2019, c’est la consécration exceptionnelle de maitre d’Art pour Xabier Retegui cheville ouvrière de l’atelier.
Txirrita rencontre trois générations de Bergara, de 30 à … 95 ans, toujours liées au makhila, et fidèles au village de Larressore !

 

Le regard toujours perçant de Charles Bergara -ren betiko begi zorrotzak / © Txirrita 2020

A 95 ans, Charles Bergara n’est jamais très loin de l’un des postes de travail de l’atelier de makhila que sa famille fait vivre depuis plus de deux siècles au moins. Le makhila est sa passion. Son père lui a transmis ce goût de l’artisanat désormais hissé au rang d’art grâce à son enseignement de tous les secrets de fabrication à ses salariés.

Bizitzan egin dudan guztia Euskal herriarentzat egin dut. Tout ce que j’ai fait dans ma vie, c’est pour le Pays basque.

Charles Bergara

Le makhila, c’est la maitrise de trois métiers :
Celui du bois, du néflier, pour ses qualités de souplesse et robustesse.
Le tressage du cuir, pour la dragonne (sangle pour le poignet)  et la poignée. 
Le travail du métal : argent, or, maillechort (alliage de cuivre, zinc, nickel), ornementation par le poinçonnage et gravure du nom ou des initiales de la personne à laquelle est destiné le makhila. 

En garde ! Erne ! / © Maryse Bergonzat 2020

 

Travail de poinçonnage. Zigilugintza / © Txirrita 2020

Les makhila Ainciart Bergara, c’est avant tout une très belle histoire de famille.
Nicole Bergara, fille de Charles, rejoint l’atelier familial en 1999 après avoir travaillé dans le secteur bancaire à Bordeaux. A nouveau, une femme prend la tête de l’atelier comme ce fut déjà le cas par le passé.
« Toujours ce rôle important de la femme dans la société basque » souligne Nicole. 
Pour elle, même passion que celle de son père et ce sentiment prégnant et constant, de devoir continuer l’œuvre des générations précédentes. Impossible et impensable de lâcher un art chevillé au corps de la famille. 

Chaque génération apporte sa pierre à l’édifice. Et des jeunes prennent le relai avec envie. Belaunaldi bakoitzari bere ekarpena. Gogotsu lekukoa hartzen dute gazteek. 

Nicole Bergara

Nicole Bergara dans la pépinière de néfliers. Mizpirondo mintegian, Nicole Bergara / © Maryse Bergonzat 2020

 

Gravure ornementale par Liza. Lizaren apaindura irarlana / © Txirrita 2020

Septième génération Bergara !
Liza, fille de Nicole et petite fille de Charles, après des études de commerce se tourne elle aussi, vers l’art du makhila. Elle suit au sein de la très réputée école Boulle de Paris, une formation en gravure ornementale. 
C’est le même atavisme que celui de sa mère et de son grand-père. L’art du makhila se transmet de génération en génération et sa mère désormais jeune retraitée, Liza prend petit à petit les rênes de l’entreprise.

 

Xabier Retegui et Charles Bergara / © Txirrita 2020

Xabier Retegui, ancien champion de pelote basque, spécialisé dans le makhila d’honneur (celui qui demande le plus de travail et de maitrise dirons-nous), a reçu le titre de maître d’Art en 2019. En 25 ans d’existence de cette distinction, 141 personnes seulement ont été reconnues. Consécration d’un parcours au sein de la maison Bergara. Aujourd’hui tuteur et maître de Liza, il s’engage comme le stipule ce titre, à transmettre son savoir (qu’il reçu de Charles). Il explique avec grande pédagogie aux fidèles de Txirrita les phases de fabrication du makhila.

 

Mayi Hirigoyen. Travail du cuir. Larrugintza / © Txirrita 2020

Mayi Hirigoyen a rejoint l’atelier en 2000, embauchée par Charles Bergara, intrigué par le jeune chien que cette native de Larressore avait alors.
Elle a commencé par le travail délicat de séchage des bâtons, puis de redressage des bois. Aujourd’hui, elle est spécialiste du travail du cuir et de l’art du tressage.

 

Pieds de Makhila. Makhilen oinak. / © Txirrita 2020

Comme la plupart des thèmes que nous traitons dans Txirrita celui sur le makhila a sa correspondance chantée.    
Pantxoa Etchegoin, directeur de l’Institut culturel basque, interprète Nire Makhila, une chanson écrite dans les années 50 par le chanoine Lafitte, grand défenseur de la langue basque. Un chant toujours très populaire que Charles évidemment connait ! 

Deux voix pour Nire Makhila ! Kantuz ari ! / © Txirrita 2020

Panpi Laduche, immense joueur à main nue de pelote, fut entre autres distinctions en France et en Espagne, champion du monde à Montevideo en 1974. Son entraineur : Charles Bergara, lui-même ancien champion !
Quelque chose que l’on sait un peu moins de ce grand monsieur attachant. 

Montevideo – 1974 / © Charles Bergara 1974

Makhila ou makila ? 

En français, makila signifie « bâton ». Le mot est employé sans être traduit pour désigner l’objet précieux qu’il est devenu grâce, entre autres fabricants, à la famille Ainciart Bergara. Là il s’agit d’une fabrication artisanale, non standardisée, sur mesure et en fonction de la personne qui en est le destinataire.
Makhila avec un « h », est l’orthographe du mot en labourdin classique. C’est celle que l’atelier de Larressore a retenue de toujours. Txirrita emploie donc makila pour tout ce qui est bâton ou canne. Et makhila pour … le makhila !! 

A l’origine du makhila : néflier sur pied et scarification. Makhilaren hastapena : mizpirondoa eta zauri bat. / © Txirrita 2020

Le makhila est une sorte d’ambassadeur du Pays basque de par le monde : bâton de marche et cadeau de prestige en signe d’amitié, de respect et de remerciement. Le général de Gaulle, le pape Jean-Paul II, Telesforo de Monzon, Jacques Chaban Delmas, Jacques Chirac, Nicolas Sarkozy, François Hollande, Alain Rousset, Emmanuel Macron, Charlie Chaplin, Antoine De Caunes, Miguel Indurain, Jean-Marie Leblanc, Serge Betsen, Richard Dourthe …
Sportifs, artistes, politiques, écrivains, entrepreneurs, vous !

Charlie Chaplin / © Collection famille Bergara. Bergara sendiaren bilduma


 

J’ai également le mien fabriqué par Ainciart Bergara à Larressore qui m’a été offert par Nicole pour mes 60 ans :

Les viroles sont en Maillechort ; elles peuvent être également en cuivre, argent ou or :

Le nom est gravé sur la garniture située sous le pommeau en corne :

                                                        

Le bâton en néflier avec les dessins faits par la scarification de l’écorce du néflier pendant la pousse :

La férule ou embout comportant les garnitures  gravées, et les indications de l’origine
(Ainciart Bergara Larressore) et de la date de fabrication (2003) 
Cette extrémité basse du makhila est lourde et constitue un véritable « casse-tête »

                      

A l’extrémité, une pointe en trèfle en acier

Détail de gravure : la croix basque

En dévissant la poignée, on découvre l’arme, faite d’une pointe en acier ce qui en fait
une arme redoutable :

%d blogueurs aiment cette page :