SOWIT promeut l’agriculture innovante : l’intelligence artificielle au service de l’or vert


maroc-hebdo.press.ma – 10/03/2021

Deux entrepreneurs marocains, Hamza Rkha Chaham et Hamza Bendahou, ont lancé, depuis trois ans, l’entreprise SowIT pour promouvoir le développement de l’agriculture au Maroc et en Afrique subsaharienne, à travers l’utilisation de technologies basées sur l’intelligence artificielle.

Le manque d’information sur leurs terres constitue un handicap majeur pour de nombreux agriculteurs africains. Ce qui engendre une baisse de productivité et, par ricochet, de gains. Selon les estimations, l’agriculteur africain est en moyenne trois fois moins productif que son homologue asiatique, notamment à cause de cette méconnaissance des sols. Pour résoudre cette problématique, deux jeunes entrepreneurs marocains, Hamza Rkha Chaham et Hamza Bendahou, ont créé en 2018 l’entreprise SowIT, contraction qui signifie semer la technologie en anglais.

Son objectif: «Offrir aux agriculteurs africains des outils d’aide à la décision leur permettant d’intensifier durablement leurs productions à travers l’optimisation des opérations telles que la fertilisation, l’irrigation et l’estimation de rendement », nous déclare Hamza Rkha. Les deux co-fondateurs utilisent des technologies basées sur l’intelligence artificielle pour livrer aux agriculteurs des informations sur la météo, le traitement des imageries aériennes prises par des drones ou satellites, ainsi que des modèles agronomiques qui leur permettent d’analyser l’état de santé des cultures.

Un nouveau modèle agricole
A son démarrage, l’entreprise développait ses activités principalement dans les régions du Gharb, Souss-Massa, Casablanca-Settat et Errachidia, avant d’étendre son périmètre d’intervention dans d’autres localités. «Actuellement, nos activités sont déployées sur l’étendue du territoire sur différentes parcelles et vergers, notamment sur les cultures des agrumes, des oliviers, des pommiers ainsi que les grandes cultures», explique-t-il.

La société travaille aussi avec le ministère de l’Agriculture et les associations qui représentent les agriculteurs marocains, notamment l’Association marocaine des multiplicateurs de semences (AMMS), pour mettre à leur disposition des informations sur l’état de sa santé de leurs parcelles et leur permettre de mesurer l’évolution de la campagne agricole à travers des indicateurs. «Lorsque certains de nos clients ont été touchés l’année dernière par la grêle, nous leur avons offert des diagnostics gratuits des dégâts pour les aider à faire face aux dégâts et tirer le meilleur de la saison en cours».

Les activités de la jeune entreprise ne se limitent pas uniquement au Maroc. Outre Casablanca, elle a ouvert un bureau à Dakar qui couvre l’Afrique de l’Ouest, notamment les pays qui développent la culture de la canne à sucre, le maïs, le blé et les agrumes. «On a développé un service dédié aux producteurs de manguiers qui leur permet d’estimer la production pour l’écouler sur le marché et permettre aux usines exportatrices de mieux connaître leur bassin de production», affirme Hamza. Deux autres bureaux ont également été ouverts à Paris et Tunis.

En janvier 2020, SowIT a décidé d’ouvrir son capital au fonds d’investissement SEAF Morocco Growth Fund pour renforcer sa présence sur le continent. «Nous avons effectué cette levée de fonds parce que nous voulions franchir un cap dans notre développement sur le continent, et adapter notre technologie aux besoins des agriculteurs africains». Une acquisition qui leur permet d’étendre leurs activités en Afrique de l’Est, précisément en Ethiopie, où les deux co-fondateurs ont noué un partenariat avec le ministère de l’Agriculture et l’Agence nationale du développement agricole pour accompagner les agriculteurs éthiopiens au niveau national, particulièrement les producteurs de céréales. L’entité prévoit même d’ouvrir sous peu un bureau à Addis-Abeba «pour être au contact des producteurs au quotidien».

Plus de 45.000 ha analysés
Trois ans après sa création, l’entreprise semble atteindre sa vitesse de croisière. La Station F, basée à Paris et considérée comme le plus grand incubateur de startups au monde, avait classé SowIT parmi les 40 startups les plus prometteuses sur une liste de 1.000 jeunes pousses incubées. Les performances sont perceptibles sur le terrain. «En 2020, nous avons travaillé sur plus de 45.000 ha dans 15 pays africains, dont plus de 30.000 ha au Maroc, pour aider plusieurs milliers d’agriculteurs à tirer le meilleur de leurs parcelles», révèle Hamza Rkha, non sans préciser que son entreprise collabore avec Microsoft, Danone et Station F dans le cadre du programme «IA Factory», qui vise à développer l’agriculture africaine via l’intelligence artificielle.

Ces différentes opérations ont permis à l’entreprise de réaliser un chiffre d’affaire de plus de 4 millions de dirhams en 2020. «Nous envisageons de maintenir notre croissance soutenue sur la base des relations durables que nous construisons avec les producteurs et de la valeur quotidienne que nos solutions leur apportent», espère-t-il. Evaluer, pour évoluer. Tel semble être la devise des deux entrepreneurs, qui collectent des données sur le terrain, pour comparer les données issues de leurs algorithmes aux résultats obtenus dans leurs laboratoires.

Ils ont aussi noué des partenariats de recherches avec des instituts africains et européens, notamment le CIRAD de Montpellier, l’Institut national de recherche agronomique (INRA) de Meknès et l’Agence Spatiale Européenne (Copernicus, ESA), pour affiner leurs innovations. «On a travaillé sur la mesure de l’impact avec des instituts de recherche qui nous permet par exemple de prédire les rendements des différentes variétés de mangues au Sénégal avec moins de 5% de marge d’erreur pour offrir aux producteurs plus de leviers au moment de la vente de la production et réduire les déchets post-récolte», affirme Hamza.

Des séances de démonstration sont également réalisées auprès des agriculteurs, dans les champs, notamment au Maroc. «Nous avons accompagné les céréaliers sur l’optimisation de la fertilisation, ce qui leur a permis d’augmenter leur rendement de plus de 5 quintaux par ha tout en diminuant l’utilisation de l’azote de près de 7 kilos par ha, soit un gain net de 2.500 dirhams par ha pour les semenciers et près de 700 DH pour le blé commun », confirme l’ingénieur, tout en rappelant que «SowIT fait partie de l’initiative IAM-Africa, qui vise à porter un nouveau modèle agricole fondé sur l’accélération des mécanismes agro-écologiques naturels et permettant d’accélérer la séquestration carbone».

Malgré leurs nombreux acquis en si peu de temps, les deux Hamza, qui chapeautent une équipe de vingt-cinq personnes dans leurs différents bureaux, demeurent ambitieux. Prochain challenge, semer la technologie dans d’autres surfaces agricoles du continent, où 60% des terres sont encore inexploitées.

BIO EXPRESS DES DEUX CO-FONDATEURS DE SOWIT

Hamza Rkha Chaham (30 ans)

Hamza Rkha Chaham est diplômé d’HEC en 2016. Il passe deux ans à positionner les drones d’un grand groupe français dans les marchés agricoles africains, notamment auprès des grands producteurs et institutionnels. Il a mis en place des outils d’aide à la décision dans plus de 20 pays africains et est co-auteur du rapport historique «Drones on the Horizon: Transforming African Agriculture» publié par l’Union africaine et le NEPAD pour encourager les Etats mebres à encourager l’usage de drones agricoles. Hamza enseigne le cours «Accélérer la révolution verte africaine avec la télédétection» à l’Institut des sciences et industries du vivant et de l’environnement AgroParisTech.

Hamza Bendahou (34 ans)

Hamza Bendahou est diplômé de l’Ecole nationale supérieure d’électrotechnique, d’électronique, d’informatique, d’hydraulique et des télécommunications (ENSEEIHT) et de l’institut supérieur de l’Aéronautique et de l’Espace (ISAE-SUPAERO) en 2012. C’est un expert des systèmes embarqués, de l’analyse d’assurance Big data et un pilote de drone certifié qui a formé plusieurs entreprises au pilotage de drones et à l’agriculture de précision dans plus de 12 pays africains. Passionné par les drones, il a conçu et construit des drones autonomes longue portée pouvant voler jusqu’à 4 heures et disposer de plusieurs capteurs embarqués destinés aux travaux agricoles. Il a pu concevoir des algorithmes qui peuvent aider les agriculteurs à réduire leurs intrants.

Catégories :Actualités

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