Archives de mars 23rd, 2021

Journée Mondiale de l’eau à Agadir avec Surf Rider Foundation Maroc

A l’occasion de la Journée mondiale de l’eau et sous le slogan « La place de l’eau dans nos sociétés et comment la préserver  » , Lundi 22 mars à Agadir, l’ Association Marocaine Surf Rider , en partenariat avec l’Agence du Bassin de l’Eau de Souss Massa, de la Direction Régionale du Ministère de l’Education Nationale et de la Formation Professionnelle à Agadir Idoutinan, a organisé des campagnes de sensibilisation au sein des établissements d’enseignement suivants:
–          École primaire Ibn Sina;
–          École primaire Ibn Hanbal.
Une soixantaine d’ étudiants ont été sensibilisés à l’ importance de la conservation de l’eau et de la pollution de l’eau, en plus du phénomène d’intrusion d’eau de mer dans les eaux souterraines, et les ateliers se sont conclus avec les gestes environnementaux qui doivent être adoptés afin de protéger les ressources en eau. 

Quelques photos de cette journée :

Pour plus d’informations contacter :

Responsable Communication : RKIA DROUICHE
Téléphone : +212623945967

Email : rkia@surfridermaroc.com

FRANÇAIS DU MONDE : ELECTIONS CONSULAIRES du 30 MAI 2021.

Français du monde — Wikipédia

Français du Monde a le plaisir de vous présenter la composition de sa liste pour les élections des Conseillers des Français de l’Etranger qui aura lieu le 30 mai 2021.

ENSEMBLE POUR GARANTIR VOS DROITS

-1) Martine Rebecchini, Présidente de Français du Monde Agadir et Conseillère sortante
-2) Jackie Beaurain, Journaliste retraité
-3) Corinne Charton, Psychothérapeute
-4) Lahsen Achik, Chef d’entreprise
-5) Fatima Mjidi, Coach bancaire, Présidente-Fondatrice du Rotary Club Agadir Oufella Renaissance
-6) Damien Lopez, Enseignant au Lycée Français International d’Agadir

Martine REBECCHINI
Présidente Français du Monde Agadir

UFE : ELECTIONS CONSULAIRES du 30 MAI 2021.

Chers Adhérents, chers amis,

Le 30 mai prochain, vous serez appelés à élire vos trois Conseillers des Français de l’étranger, élus de proximité, au consulat d’Agadir. Cette élection au suffrage universel direct à un seul tour est un scrutin proportionnel.

Nous avons l’honneur de vous présenter notre liste indépendante :
          
          UNION POUR LES FRANCAIS DU SOUSS MASSA

qui se veut représentative de tous nos Compatriotes de la circonscription dans leur diversité, sans aucune distinction politique, partisane ou confessionnelle. 

Cette liste est composée de Femmes et d’Hommes reconnus pour leur engagement associatif et leur présence sur le terrain depuis de nombreuses années :
 1) Catherine TRIBOUART, Vice-Présidente de l’UFE Agadir
– 2) Jean-Claude ROZIER,  Président de l’UFE Agadir. Conseiller sortant. Fonction qu’il occupe depuis 7 ans
– 3) Nadia FEHMI, Chef d’entreprise dans le commerce
– 4) Roland ESCOBAR, Président de l’Amicale Francophone de Taroudant. Chef d’îlot de cette même ville.
– 5) Nadia ANBARE, Manager Sénior d’un cabinet d’expertises comptables et de commissariat au comptes.
– 6) Jean-Pierre BECK, Responsable UFE de la section AGLOU- TIZNIT, MIRLEFT et SIDI IFNI.

Nous comptons sur vous !


                                          Chaleureusement vôtres,
Jean-Claude ROZIER                                Catherine TRIBOUART
Président UFE Agadir                                 Vice-Présidente UFE Agadir

L’art de gouverner au Maroc : discussion avec Mohamed Tozy et Béatrice Hibou

par Mehdi Michbal – medias24.com – 23/03/2021

L’art de gouverner au Maroc : discussion avec Mohamed Tozy et Béatrice Hibou

Le philosophe français Gilles Deleuze disait qu’un penseur ou un philosophe, c’est celui qui crée des concepts. Et c’est justement ce qu’a fait le duo Mohamed Tozy et Béatrice Hibou dans leur dernier ouvrage : « Tisser le temps politique au Maroc : imaginaire de l’Etat à l’âge néolibéral » (Ed. Khartala, 2020). 

Un ouvrage fondateur, fruit comme nous le raconte M. Tozy, de trente années de travail, de recherches, de rencontres, de réflexions, qui conceptualise de manière nouvelle et étonnante l’art de gouverner au Maroc. Un pays où selon les deux chercheurs deux temps politiques s’enchevêtrent, celui de l’Etat impérial d’avant le protectorat et celui de l’Etat nation. Un tissage, précisent-ils, et non une coexistence, qui est présent au même moment, et de manière presque inconsciente chez tous les acteurs de la sphère publique. Mais qui, selon les deux chercheurs, n’est pas propre au Maroc, et peut être utilisé comme grille d’analyse aux modes de gouvernement de tous les Etats. Une théorie d’Etat-tapisserie qui est donc universelle, mais que M. Tozy et B. Hibou appliquent dans leur ouvrage au Maroc pour nous amener à voir le royaume avec de nouvelles lunettes. Et à lire les rapports de force qui s’y jouent, son mode de gouvernement, autrement. 

Ce concept initial de tissage ne peut toutefois exister sans un imaginaire collectif qui le porte, l’accepte et qui trouve normal ce jeu d’aller-retour entre deux registres temporels. Une notion d’imaginaire que les deux chercheurs explorent, exemples à la clé, et qui aboutit in fine à cet équilibre social, politique, étatique marocain – qui pourtant paraît à première vue incohérent, diffus, schizophrénique. 

Dans cet ouvrage, un des meilleurs écrits jusque-là sur l’art de gouverner au Maroc, M. Tozy et B. Hibou prennent certes des partis pris théoriques courageux, nouveaux et qui peuvent être clivants, mais n’émettent aucun jugement de valeurs sur les modes de gouvernance, le jeu des acteurs ou ce yoyo permanent entre passé impérial archaïque et Etat-nation moderne. Ils ne font que constater et analyser une situation donnée, à laquelle ils essayent de donner un moule théorique, conceptuel. 

Le résultat est une sorte de « théorie des jeux » à la John Nash (un des génies des maths du siècle dernier, lauréat du prix Nobel d’économie en 1994 et du prix Abel pour les mathématiques en 2015), sans formulation mathématique, mais qui dans sa logique explique comment au Maroc, on arrive à atteindre un certain équilibre de gouvernement en jouant avec différentes variables, spatiales et temporelles, qui sont à la fois différentes, parfois même contradictoires, mais qui se mélangent parfaitement pour ne faire qu’un. 

– Médias24 : Commençons d’abord par le titre de votre livre : le tissage du temps politique et l’imaginaire de l’Etat néolibéral. Pourquoi ce choix, ces mots ? Et à quoi renvoient ces concepts ? 

Mohamed Tozy : Le titre renvoie à deux choses au moins. D’abord, à un parti pris théorique : on ne peut comprendre l’Etat, comment se construit l’art de gouverner, comment se lisent les rapports de forces politiques ou comment les différentes subjectivités des acteurs doivent être analysées sans s’inscrire dans un temps long. Ce temps long, c’est celui de la maturation de ce livre, fruit d’un travail à deux et qui a duré une trentaine d’années. C’est aussi celui de la temporalité des entretiens : certains acteurs ont été fréquentés depuis le début de notre travail, et nous avons pu les rencontrer – et les comprendre – à des moments très différents de leur vie : en opposition ou en responsabilité, dans la vie active ou à la retraite, dans un moment de succès ou au contraire dans une traversée du désert… Ce temps long c’est surtout celui de l’État. L’histoire d’un État est presque un temps géologique. Il y a des strates, des sédimentations, des érosions… Cette première idée est importante. Elle explicite la singularité du Maroc sans la rendre elle-même singulière. C’est une singularité qui se construit historiquement mais qui en soit est banale. Elle n’est en rien propre au Maroc. Le Maroc est un État comme les autres qui s’inscrit dans une trajectoire historique.

Pour faire respecter le confinement, une décision d’un Etat-nation, le Maroc a trouvé naturel de penser à L’mqaddem, au Qaid, qui viennent, eux, d’une autre temporalité, celle de l’Empire. 

Béatrice Hibou : La deuxième idée que le titre veut transmettre, c’est celle du temps tissé. Concrètement, le temps tissé, cela veut dire qu’à un moment donné, plusieurs temporalités s’enchevêtrent et s’interpénètrent. C’est parfois le même individu qui construit son geste, sa représentation, son rapport à l’autre, en croisant différentes temporalités, autrement dit différents registres de sens. Ce qui peut être lu comme de la contradiction, de la confusion, de la schizophrénie, nous le lisons comme l’enchevêtrement de différents registres de sens issus de temporalités différentes, enchevêtrement qui donne un spectre très large d’interprétation. 

L’actualité elle-même de l’acte est construite par cet enchevêtrement de temporalités. Et ce spectre évite les malentendus. Le cas du Maroc et des Marocains est intéressant parce que, dans tous leurs gestes, ils ont tendance à évoquer ce discours sur l’historicité. Ce discours est, bien évidemment, idéologique : le Maroc serait différent des autres pays, parce qu’il aurait une historicité plus longue. En réalité, cette historicité est générale. Mais le cas du Maroc a l’intérêt d’être explicité et d’être vécu sans contrainte, ce qui a été pour nous un matériel fascinant pour théoriser notre « temps tissé ». 

– Ces temporalités différentes sont celles de l’Etat impérial et l’État-nation selon votre analyse. Y a-t-il un exemple concret d’un acte de gouvernement où il y a un enchevêtrement entre ces deux temps ?

MT : Prenons le cas le plus simple : la décision du confinement prise en mars 2020. Et essayons d’en faire la chronologie. Il y a eu d’abord une décision de confiner les gens, de fermer les frontières. C’est un acte qui est inscrit dans la temporalité d’un État-nation, qui a des frontières et qui décide de les fermer. Dans le Maroc précolonial, il n’y avait pas de frontières, il n’y avait que des confins, aux délimitations floues, sans cesse négociées. Et cette conception n’est pas uniquement passée : aujourd’hui, dans le rapport à la diaspora marocaine par exemple, le Maroc n’a pas de frontières. Le principe de l’allégeance perpétuelle et la responsabilité de l’Etat vis-à-vis de sa communauté à l’étranger renvoient à la temporalité impériale – autre illustration de ce temps tissé. 

C’est cette cohabitation qui parait de prime abord contradictoire, incompatible, qui fait cette singularité du pays. Et qui vous donne soit un État incapable d’agir, comme paralysé, soit un État d’une agilité exceptionnelle.

Mais revenons au confinement : cette décision était générale, nationale. On a demandé à chaque Marocain d’avoir une autorisation pour circuler. Un acte pur et dur d’un État nation. Cependant, pour le faire appliquer dans l’urgence, dans la rapidité, le ministre de l’Intérieur, Polytechnicien de formation et qui appartient dans sa technicité comme dans sa rationalité gouvernementale à la même « communauté » que son équivalent français et partage sa conception stato-nationale de l’État, trouve naturel de penser à L’mqaddem, au Qaid, qui viennent, eux, d’une autre temporalité, celle de l’Empire.   

– Ce sont donc deux temporalités, deux modes de gouvernement qui coexistent au même moment et chez les mêmes agents ? 

BH : Ils ne coexistent pas. Ils sont tissés. Quand vous faites un tapis, vous ne faites pas coexister des fils. Vous créez le tapis en tissant les fils. Cet État-tapisserie est construit par ces temporalités qui s’enchevêtrent. Et les acteurs trouvent cela normal. Il y a une normalité dans cet enchevêtrement de registres, de répertoires, de dispositifs.

– L’acteur politique ou le décideur a-t-il conscience de ces deux temps ? Autrement dit, est-ce que ce sont deux casquettes que l’on met ou que l’on retire selon les besoins, le contexte ? 

BH : Non, pas du tout. Les acteurs n’ont pas conscience de ces deux temps même s’ils trouvent naturel de s’y référer. C’est notre conceptualisation qui a fait émerger cette idée de temporalités enchevêtrées. D’ailleurs, lorsque nous avons commencé à leur exposer notre lecture, ils ont généralement été surpris, voire gênés, mais ils ont aussi exprimé une reconnaissance, voire une adhésion car cette lecture restitue un sens global. C’est cette naturalisation des choses, cette cohabitation qui parait de prime abord contradictoire, incompatible, qui fait cette singularité du pays. Et qui vous donne soit un État incapable d’agir, comme paralysé, soit un État d’une agilité exceptionnelle. 

L’imaginaire des Algériens ne peut pas comprendre par exemple le rapport des Marocains à la monarchie. Il ne le peut tout simplement pas par ce que son histoire est autre.

MT : Pour continuer sur la crise Covid, le dispositif logistique de la distribution des masques ou la campagne de vaccination combinent par exemple tous les registres. Si l’on déconstruit la façon par laquelle les points de vaccination sont organisés, on va voir que le montage est éclectique, voire « archaïque » si on se met sur le registre normatif, mais pas moins efficace. 

– C’est ce que vous appelez la singularité marocaine…

MT : Ce n’est pas une singularité. Chaque pays tisse le temps différemment mais le temps politique est partout tissé. La France a un autre tissage, une autre tapisserie. On parle par exemple d’un « Macron Jupiter » ou encore de la fascination française pour la monarchie. C’est un autre tissage. Les Français n’arrivent absolument pas à décentraliser la gestion de la pandémie du fait de ce tissage « autre » du temps politique. 

– Vous convoquez aussi dans le titre le concept de l’imaginaire… Est-ce notre imaginaire populaire qui permet à ces deux temporalités d’exister, sans que l’on trouve cela incompatible ou incohérent ? 

BH : Oui, tout à fait. C’est la troisième dimension de notre travail. L’imaginaire n’étant pas l’imagination pour bien préciser les choses. L’imaginaire, c’est ce qui fait lien, c’est ce qui permet d’embrasser et de comprendre des facettes disparates et apparemment incompatibles de la vie en société. L’imaginaire, c’est ce qui fait lien, c’est ce qui permet de restituer la trame de sens dans son épaisseur sociale et historique. 

MT : L’imaginaire des Algériens ne peut pas comprendre par exemple le rapport des Marocains à la monarchie. Il ne le peut tout simplement pas par ce que son histoire est autre. Comme il ne peut pas comprendre le rapport entre un serveur de café marocain et son client. Les Algériens construisent leur imaginaire sur le « nif », sur l’individu « moujahid »…C’est donc un autre imaginaire. Comme l’imaginaire tunisien qui est construit sur le réformisme, l’absence d’excès, la cohabitation…

– Il y a une idée intéressante et nouvelle dans votre livre, c’est qu’il n’y a jamais eu de rupture entre ces deux temps politiques. Alors qu’on a souvent tendance à penser que le protectorat a été ce moment de rupture, de transformation ou de basculement d’une forme d’État à une autre…

BH : Notre point de vue sur le Protectorat est relativement neuf : nous ne considérons pas ce moment comme le commencement d’une nouvelle forme d’Etat, en l’occurrence comme le commencement de l’Etat-nation. Mais il nous faut préciser notre choix théorique et méthodologique pour expliciter notre lecture. Quand nous parlons de l’État marocain, nous l’abordons par ses modalités d’exercice du pouvoir, non par ses institutions. Et ces modalités sont nombreuses : protéger, défendre, distribuer, contrôler… À partir de ce parti pris théorique, nous avons dégagé des formes impériales et des formes stato-nationales de gouverner. Ce sont les deux figures conceptuelles que nous avons construites pour décrire la trajectoire historique du Maroc. 

La première – celle de l’Empire – parie sur les individus, les personnes. Elle contrôle l’individu plus que le territoire. Elle ne pense pas les frontières, mais les confins ; elle minimise les coûts d’administration ; elle fait faire plus qu’elle ne fait et ne cherche pas absolument le monopole de la violence. Elle se nourrit de la dissidence, elle peut accepter les discontinuités de contrôle, elle use de façon très différente de la violence, une violence qui peut être spectaculaire, mais ponctuelle. Une violence qui cherche l’exemplarité, non le contrôle systématique. Parce que le contrôle coûte trop cher tout simplement… On peut multiplier encore les caractéristiques de cette forme impériale de gouvernement qui parie, par exemple, sur l’information personnalisée. Elle ne gouverne pas avec des moyennes, mais avec des écarts. Cette forme ne concerne pas que le Maroc, on peut la retrouver en Chine, dans l’empire Ottoman… La seconde – celle de l’Etat-nation – est bien mieux connue. C’est elle qui structure notre pensée lorsque l’on dit « Etat » aujourd’hui.

La négociation du traité de Protectorat a duré une année face à une France alors au sommet de sa puissance. Malgré les désordres, le Maroc a su jouer des contradictions des Européens…

Mais rappelons-le, il s’agit là d’une construction intellectuelle, non de la réalité. Et notamment, non de l’empire chérifien d’avant le Protectorat dans sa réalité nécessairement complexe et plurielle. Durant cette période, il y a eu des lieux, des moments, des séquences où l’Etat se comportait presque comme un État-nation. Comme dans le cas de Tétouan à la fin du XIXème siècle, où le Sultan gérait directement la ville, par le biais d’un gouverneur avec qui il entretenait une correspondance quotidienne malgré les distances et qui donnait à voir une forme de gestion bureaucratique rationalisée. L’Etat s’occupait de tout, du financement des commerçants après la guerre, du financement de l’armement, des reconstructions, de la sécurité des routes… Comme un Etat-nation moderne. Au même moment, l’État avait des traits impériaux dans le Souss, en privilégiant la gestion à distance, en utilisant tous les ressorts de l’intermédiation – du petit clerc local aux puissances locales les plus importantes, représentées par la Maison d’Illigh ou les Beyrouks – et n’utilisant la force qu’avec parcimonie sous la forme de harka qui s’arrêtent à la frontière du Souss avec un seul souci : réduire les asymétries et permettre au Makhzen d’équilibrer les rapports de force.

MT : Nous nous opposons aussi à une lecture en termes de « siba », de chaos, au Maroc avant 1912. Il y avait bien sûr des désordres, des dysfonctionnements, mais c’est parce que l’Etat vivait d’énormes pressions étrangères et que ces dernières rendaient de plus en plus inefficaces les manières, anciennes, de gouverner. Les historiens – majoritairement conditionnés par la matrice de l’Etat-nation et le paradigme de la modernisation – n’ont pas fait ressortir dans leurs travaux les manières, parfois très sophistiquées, par lesquelles l’État tentait de rester indépendant, face aux Français, aux Espagnols, aux Anglais, aux Allemands et même aux Russes. 

Quand on lit les récits des historiens du Protectorat, le Maroc précolonial apparaît « obscur », aux proies à la fourberie de sultans plus incompétents et veules les uns que les autres… Mais on peut inverser le regard, y compris sous l’ère de Moulay Abdelaziz et de Moulay Hafid. Par exemple, la négociation du traité de Protectorat a duré une année face à une France alors au sommet de sa puissance. Malgré les désordres, le Maroc a su jouer des contradictions des Européens… Tout cela n’est pas encore bien étudié. Nous avons assez d’éléments pour montrer que l’État marocain était en grande difficulté mais qu’il n’avait pas pour autant renoncé à gouverner, et notamment à essayer de résister. 

La séquence de rupture forte pour nous n’est pas le Protectorat, mais le mouvement national et
Hassan II. C’est à cette période que l’idée d’une nation unifiée, avec une seule langue, un territoire contrôlé, une constitution… s’est imposée.

Notre lecture construite sur le temps tissé du politique et sur ces deux figures de l’Etat nous permet d’analyser la séquence du Protectorat différemment : le Protectorat n’a pas signifié le commencement de l’État-nation mais il a au contraire figé une certaine dualité de l’État. Comment ? Tout d’abord en considérant toutes ces formes « impériales » de gouvernement comme archaïques. Mais ensuite, en ne les rejetant pas. Il les a même institutionnalisées. Le Protectorat a pensé la dualité et l’a mise en place en la figeant. 

Je vous donne l’exemple du contrôle de la religion. Avant le Protectorat, la sphère religieuse relevait du privé, dans son financement comme dans son contrôle. Le Sultan s’accommodait des autonomies des zaouias et celle des oulémas et cherchait à ne contrôler que les plus importants ou les plus dangereux… Le Protectorat a centralisé tout cela, en organisant et en contrôlant les habous pour construire ce qu’on appelle aujourd’hui « l’islam marocain ». Il a interdit, par exemple, les mosquées aux non-musulmans, chose que le Maroc n’avait jamais faite avant le Protectorat. Il en va de même dans l’ordre politique : le Protectorat a inventé la « politique des grands caïds » et les El Glaoui, El Ayadi, Mtougui, Goundafi n’ont jamais été aussi importants, puissants, que sous le Protectorat. 

Nous ne disons pas que le Protectorat était univoque en la matière. Bien sûr, il a apporté certains aspects modernes de l’Etat, mais il a toutefois figé ce dualisme. La séquence de rupture forte pour nous n’est donc pas le Protectorat, mais le mouvement national et Hassan II. C’est à cette période que l’idée d’une nation unifiée, avec une seule langue, un territoire contrôlé, une constitution… s’est imposée.

– Cette dualité que vous évoquez, on la retrouve aujourd’hui encore dans la Constitution marocaine. Vous citez par exemple dans votre ouvrage l’existence de deux modes de gouvernance : les élections d’une part et la cooptation… 

BH : Cette coexistence n’est pas uniquement marocaine ! C’est un paradoxe historique qui existe partout. La « gouvernance », cette nouvelle manière de concevoir le gouvernement propre au moment néolibéral, a notamment pour ambition de pallier aux carences de la démocratie et de la représentation en créant la régulation. En mettant en place ces dispositifs de régulation mais aussi ces instances de conseil et d’accompagnement, elle a régénéré l’idée de la cooptation. 

Le paradoxe au Maroc, c’est qu’au même moment où les élections deviennent crédibles, intéressantes, la cooptation devient aussi très puissante. Il n’y a pas de vase communicant, mais au contraire un renforcement mutuel de ces deux modalités de représentation. Et ce d’autant plus que ce n’est pas uniquement le Roi qui coopte. Tout le monde fait de la cooptation. 

– C’est-à-dire ?

MT : Il suffit de regarder les différentes agences de régulation, les différents Conseils, le CESE, le CNDH, le Conseil de la concurrence… tous inscrits dans la Constitution. Le Parlement aussi fait de la cooptation, comme on l’a vu, dans le cas récent de l’agence de régulation de l’électricité. Le gouvernement coopte également. La cooptation entre donc, et ce n’est pas seulement au niveau du Maroc, en affinité et en convergence avec une caractéristique majeure du registre impérial évoqué plus haut. 

La forme impériale de l’Etat est attentive à la diversité, à la mosaïque sociale parce que l’empereur pense incarner l’unité symbolique sans craindre la fragmentation.

Même les partis sont dans la cooptation. Certains d’entre eux interprètent la démocratie comme un processus de cooptation. C’est le cas par exemple de l’USFP qui a été le premier à prendre ce virage en créant, pour l’élection de ses instances, ce qui était appelé la « commission des candidatures » (lajnat attarchihat). Le PJD en a fait un rouage central de sa gouvernance en partant d’un parti-pris moral : la responsabilité ne se cherche pas. Pour ce faire, il a créé toute une série de mécanismes pour coopter avant d’élire. 

– Le registre de l’État impérial vient donc ici corriger les défaillances de la représentation, un concept moderne ? 

MT : La conception de la représentation en démocratie est articulée centralement au principe de la majorité. Et donc elle peut éliminer : le FN en France a bénéficié de 33,94% des voix exprimées lors des dernières présidentielles mais n’a eu que 5 députés et un sénateur. 

La Cinquième République est venue corriger les « défauts de la quatrième » pour plus d’efficacité. Elle a de ce fait minimisé l’idée d’une représentation des minorités qu’on peut atteindre avec la proportionnelle. Elle est caractéristique d’une forme d’État-nation centralisateur et pour lequel le principe de l’unité et de la stabilité par la cohérence est central. Au contraire, la forme impériale de l’Etat est attentive à la diversité, à la mosaïque sociale parce que l’empereur pense incarner l’unité symbolique sans craindre la fragmentation. C’est ce que nous avons appelé la représentation-miroir, associée au registre impérial. Cette dimension est très présente au Maroc. Certains courants d’opinion n’ont pu exister jusqu’à aujourd’hui que dans le cadre de cet imaginaire de l’Etat qui allie l’impérial et le stato-national… à l’instar de tous ces gens de gauche qui se retrouvent à la tête de dispositifs de régulation, qui sont cooptés et non élus. 

– Les acteurs jouent le jeu, progressistes comme conservateurs…

BH : En effet. Mais il faut bien comprendre dans ce dernier cas qu’il ne s’agit pas, pour nous, de retournement de veste, mais bien de capacité à intégrer la diversité de la société. Cette compréhension de la représentation est en affinité avec la gouvernance néolibérale, mais elle trouve sa racine, sa façon d’être, la manière de se faire, son acceptabilité, dans ce registre impérial. 

– Les progressistes ne sont donc pas forcément ceux auxquels on pense ? 

MT : Effectivement…

– Vous parlez aussi dans votre ouvrage de la domination. Au Maroc, on a tendance à penser que c’est le Roi, le Palais, qui domine. Mais dans votre travail, vous dites que la domination n’est pas un monopole royal…

BH : En effet, le Roi n’a pas le monopole de la domination. Il y a deux choses dans cette idée. La première, c’est que les rapports de pouvoir provoquent toujours des rapports de domination. Y compris dans les plus grandes démocraties. C’est le propre de toute société. La seconde, c’est qu’il faut distinguer domination et violence : dans les rapports de pouvoir, il y a toujours de la violence, même si cette violence est le plus souvent euphémisée et que dans les démocraties, elle est légale, légitime… 

– Quand vous dites violence, vous parlez de confrontation politique ou de violence physique, pure et dure ? 

MT : De violence sur les corps, mais aussi sur les esprits. De contrôle. Quand on vous confine, c’est extrêmement violent. Quand on disperse une manif, c’est violent. On ne peut pas dire qu’il n’y a pas de violence dans une démocratie, mais il faut immédiatement rajouter que cette violence est encadrée. La violence est là, on a tendance à l’oublier. Mais encore une fois, cette violence n’est pas le propre des autorités au pouvoir. Il y a une certaine violence, par exemple, dans l’acte d’expulser quelqu’un d’un parti politique pour des différences d’idées. Ça peut être légal. Mais c’est violent.

Cette question d’une institution qui ferait tout, qui saurait tout et qui pourrait tout est une illusion. C’est une paresse intellectuelle.

Mais ce qui est important pour nous, c’est précisément de voir la domination aussi au-delà de la violence, dans sa pluralité des modes d’exercice. Nous nous opposons ainsi au fait de dire que le lieu unique de domination est le Roi ou le Makhzen – même si nous ne savons pas ce que ce concept veut dire – car, pour nous, c’est alors refuser de voir que la domination est aussi ailleurs.

Il nous paraît également important de distinguer entre pouvoir autoritaire et pouvoir arbitraire. Le pouvoir autoritaire peut être arbitraire, comme il peut ne pas l’être. Bref, cette question d’une institution qui ferait tout, qui saurait tout et qui pourrait tout est une illusion. C’est une paresse intellectuelle.

– Dans votre ouvrage, vous écartez justement le concept de Makhzen, qui pour vous est un fourre-tout qui empêche de penser…

BH : On dit en effet qu’il faut aller au-delà de ce concept… qui n’en est pas un !

– Qu’est-ce que ça veut dire justement le Makhzen ?

BH : Il faut se débarrasser de ce terme car c’est un fourre-tout qui veut dire tout et son contraire. Quand quelqu’un vous dit, « il n’y a plus de Makhzen dans ce pays » (Mabqa Makhzen F’had lblad), que veut-il dire ? Il parle de sécurité. On entend aussi que telle personne est Makhzani, 3ayach. Ce sont deux choses complètement différentes. Mais en même temps, on parle de la harira makhzaniya, de la tenue makhzaniya, du langage makhzani… Le Makhzen, ça peut être tout. Et c’est très difficile de le définir. On ne peut donc pas en faire un outil d’analyse. Il nous a paru salutaire d’essayer, autant que faire se peut, de l’évacuer de notre analyse… pour mieux y revenir peut-être !

– Autre chose d’assez nouveau qui ressort de votre ouvrage, c’est le rapport des Marocains à l’État. Vous dites par exemple que jusqu’aux années 1980, les Marocains ne comptaient pas trop sur l’État… 

MT : Oui, mais on dit aussi que c’est en train de changer. 

– En effet. Mais ce qu’on veut justement comprendre, c’est comment les Marocains qui étaient des libéraux innés dans leur rapport avec l’État sont devenus demandeurs de l’État. Pourquoi ils ne voulaient pas avant de l’Etat, comme les Anglais ou les Américains d’aujourd’hui, et comment cette transformation s’est faite ? 

MT : Historiquement les Marocains se méfiaient de l’Etat. Cela a changé parce que l’État contrôle aujourd’hui de plus en plus le territoire et que nous dépendons de lui pour faire beaucoup de choses. Et en même temps, la responsabilité de l’État s’est transformée. Dans le livre, nous essayons de situer ces revirements. 

Avec le PAS dans les années 1980, l’État avait réduit du jour au lendemain drastiquement son budget de la santé et c’est passé sans problème. Chose qu’il serait impossible de faire maintenant…

Par exemple, lors du tremblement de terre d’Agadir, à aucun moment, l’Etat n’a été interpellé comme responsable de la reconstruction bien que l’État ait pris sur lui de le faire. Mais aujourd’hui, si une femme enceinte n’est pas évacuée dans les temps, l’État est considéré comme responsable par les citoyens. 

Les choses ont donc changé. Une nouvelle relation à l’Etat s’est créée. Et de nouvelles responsabilités pour l’Etat en sont également nées…

– Est-ce un changement dans l’imaginaire des citoyens marocains ? 

MT : C’est moins une question d’imaginaire que de façon de comprendre des éléments des différents registres qui composent l’imaginaire. Le changement est plutôt dans la façon même qu’a l’État de se penser puisque désormais l’État construit sa légitimité sur sa capacité d’anticiper, de gérer… D’où le projet par exemple de la généralisation de la protection sociale. Il y a 15 ans, les Marocains ne pensaient pas qu’ils avaient droit à une indemnité pour perte d’emploi. Il y 20 ans, à part les fonctionnaires, les gens ne pensaient pas qu’ils avaient le droit à une retraite…

– Les Marocains étaient donc des libéraux de nature ? 

BH : Dire que les Marocains étaient « libéraux » me paraît un contresens. En revanche, on peut dire que l’État n’était pas visible et en ce sens ne les dérangeait pas mais, symétriquement, ils n’attendaient rien de lui. Tout simplement, ils ne pensaient pas qu’ils avaient besoin de lui. D’une certaine manière, ils ne pensaient pas l’État – à la différence des libéraux qui pensent l’État et pensent qu’ils ne veulent pas d’un État omniprésent.

– Cette situation, on peut l’imaginer, arrangeait l’État, parce que comme vous le dites quand vous parlez de l’Empire, ça permet de minimiser les coûts de gouvernement…

MT : Oui, ça arrangeait l’État, parce que cela minimisait les coûts mais aussi parce que cela rendait les décisions difficiles plus aisées à faire passer. Comme le Programme d’Ajustement Structurel (le PAS) par exemple dans les années 1980. L’État avait alors réduit du jour au lendemain drastiquement son budget de la santé et c’est passé sans problème. Chose qu’il serait impossible de faire maintenant… Contrairement au discours sur le Maroc immobile, le pays vit de grandes transformations, de gros changements…

– Ce sont ces transformations qui ont poussé le Roi par exemple à lancer ce chantier de réflexion sur le nouveau modèle de développement en avouant lui-même l’échec ou l’essoufflement de l’ancien modèle ? 

MT : Le Roi ici est dans son rôle. Il est contraint par une durée beaucoup plus longue. Il est comptable de la longue durée. Il a fait le constat que l’investissement public produit peu d’effets sur les citoyens, les individus. À un moment où cet individu change et demande plus d’Etat. Ce qui crée une vulnérabilité extrême pour le système. Et puis, il y a une question de comptabilité simple : le Maroc investit beaucoup, mais ne voit pas de retour sur investissement en matière de stabilité sociale. Le Roi est dans la durée. Et ce sont des choses qui nécessitent une vision stratégique qui n’est pas liée à l’opinion publique ou aux équilibres politiques du moment. 

– Vous parlez à un moment dans le livre de Tanger Med, en titrant « gouverner sur le mode du miracle »… Expliquez-nous ce titre assez surprenant. La réalisation de ce port tenait-elle du miracle plus que d’une organisation moderne, bien pensée ? 

BH : Le miracle, c’est à la fois une réalité… et une illusion. C’est cela que nous montrons dans ce chapitre consacré à Tanger Med. D’une part, nous mettons en évidence l’importance du leadership, un leadership justement qui a des atouts (rapidité d’action, efficacité, moyens autant humains que financiers) et qui est pensé comme tel ; un leadership qui a une sorte de dimension messianique. Mais d’autre part et simultanément, nous montrons que ce mode de gouvernement est insuffisant ; il est même impuissant sur le long terme. À court terme, la force du « je veux » est imparable et elle explique le démarrage fulgurant du projet ; à plus long terme en revanche, le « je veux » ne peut rien face à d’autres forces, celles des acteurs locaux, celles de l’administration, celles de la société…

La « voie royale », par définition, ne peut être qu’exceptionnelle, temporaire, strictement délimitée ; dans le quotidien, ce sont les représentants de toute la société et des différentes instances de pouvoir qui façonnent in fine le projet.

Quand le « je veux » du monarque s’exprime, l’ensemble des acteurs se mobilise, l’ensemble des dispositifs et des moyens est mis en branle – c’est cela le miracle ! Mais en même temps, ces dispositifs et ces moyens, ces acteurs surtout agissent dans des rapports de pouvoir. C’est ainsi qu’en dépit de ce que nous appelons la « voie royale », l’administration se retrouve au centre de projets comme Tanger Med. La « voie royale », par définition, ne peut être qu’exceptionnelle, temporaire, strictement délimitée ; dans le quotidien, ce sont les représentants de toute la société (acteurs économiques légaux ou illégaux, formels et informels, associations, consommateurs…), les représentants des différentes instances de pouvoir (gouverneurs, élus, agents administratifs…) qui façonnent in fine le projet à travers les négociations entre ces différentes forces. La « voie royale » qui a mobilisé le Roi pour le projet Tanger Med via son conseiller (en l’occurrence Ssi Meziane Belfqih) a dû toujours composer avec les gouverneurs, avec les élus, avec les agents économiques et négocier les dispositifs locaux pour que le projet marche effectivement. 

MT : D’où l’idée du miracle Tanger Med, qui n’est est en fait qu’une sorte de pitch…

– Le néolibéralisme. Quand on entend ce mot, on pense directement à l’économique : le marché, le libre-échange, le retrait de l’État de la sphère publique… A quoi renvoie ce concept de néolibéralisme chez vous ?

BH : Il renvoie aussi bien à l’idéologie qu’à des pratiques qui conçoivent l’État non pas dans son retrait ou sa présence minimale, comme cela est souvent dit de façon imprécise, mais dans sa présence par l’établissement de cadres, de règles et de lois, par des truchements et des délégations plutôt que par des interventions directes dans l’économie. Le néolibéralisme renvoie également à l’idée que les intérêts privés peuvent être le moteur du gouvernement, que la responsabilité est toujours considérée au niveau individuel – que si vous réussissez, c’est grâce à vous, et si vous échouez, c’est également à cause de vous. La dimension collective comme les questions d’inégalité sont secondaires, et prises en considération à partir d’une compréhension individuelle de l’action.

MT : C’est une idéologie qui n’aime pas trop la sociologie, la macro…Et nous, nous disons que ce mantra néolibéral, avec tous ses dispositifs, est en affinité avec le registre impérial, ce gouvernement qui gouverne au moindre coût et par intermédiation. 

Dans le dispositif néolibéral, le jeu des intérêts privés est euphémisé, alors qu’il est au centre du dispositif. Ainsi en est-il de l’idéal de transparence toujours mis en exergue par le discours néolibéral, alors que l’opacité est omniprésente. Nous avions d’ailleurs, dans une version antérieure du livre, un chapitre sur la Bourse qui parlait de cela …

– Que disait ce chapitre sur la Bourse, on est curieux… 

MT : Quand vous voyez les grands écrans de la Bourse, ou ceux des sièges des banques, où défilent des données, des chiffres, des mouvements en temps réel, tout cela vous paraît très transparent. Alors que les marchés financiers sont les lieux par excellence des délits d’initiés, des manipulations de cours, des ententes… On parie sur les personnes, pas sur les structures. On dit cela sans émettre de jugement. C’est un fait que les sociologues ou anthropologues de la finance ont montré depuis longtemps. Dans notre travail, cet exemple montre simplement qu’il existe des affinités entre ce mode impérial que d’aucun pense « archaïque » et le néolibéralisme. Cet exemple suggère aussi une autre idée fondamentale de notre argument : beaucoup d’individus portent le néolibéralisme alors qu’ils pensent en être des pourfendeurs !

– Vous, Mohamed Tozy, vous vous définissez justement comme un des porteurs du néolibéralisme… Pourquoi ? 

MT : Oui, je l’ai découvert en travaillant sur ce livre, et dans nos confrontations permanentes, Béatrice et moi. Le gouvernement par le conseil, par le truchement des bureaux de consulting, c’est un dispositif très néolibéral. Et moi, j’ai fait de la consultation. 

Dans une ONG que je dirigeais à une certaine époque, je travaillais pour l’Etat. Et je me rappelle que nous avons travaillé, à un certain moment, sur les PCD (plans de développement communaux). Pour faire l’enquête de terrain, nous avons employé 1 000 enquêteurs pendant deux mois. Nous avons travaillé dans la légalité : nous les avons déclarés à la CNSS, ils ont eu des contrats mais… nous les avons licenciés au bout de 2 mois. Et là je me suis rendu compte que nous avons été des vecteurs de la précarité de l’emploi. L’Etat n’aurait jamais pu faire cela : recruter des jeunes dans leurs territoires, les faire travailler deux mois et les renvoyer après. Et c’est bien pour cela, aussi, qu’il est passé par notre association, même s’il l’a fait principalement parce que nous avions les compétences sur le sujet, et pas lui. Mais cela aussi est très néolibéral : l’État se vide de compétences et délègue à d’autres acteurs.

– Ce néolibéralisme, avec cette crise du Covid, est-ce qu’il est en train de reculer comme le laissent penser plusieurs intellectuels ? 

BH : Pour ma part, je n’en suis pas convaincue du tout. Bien sûr, il y a une demande d’État intervenant directement qui devient à nouveau légitime et qui s’oppose à la vision néolibérale du gouvernement à distance. Mais dans un pays comme le Maroc, les interventions étatiques sont toujours dessinées à partir de cet enchevêtrement de temporalités que nous avons évoqué au début de cet entretien, et qui associe des façons d’agir de différents types. La crise du Covid a mis en évidence une capacité impressionnante à gouverner par le truchement d’acteurs privés et d’intermédiaires, ce qui est très néolibéral.

Par ailleurs, et de façon beaucoup plus massive à mon avis, la crise du Covid ne remet en cause ni la primauté des logiques de marché et de l’entreprise managériale, ni la conception individuelle (et non collective) de la responsabilité, ni la priorité accordée aux logiques de concurrence, de compétitivité et d’excellence au détriment de l’égalité et de la justice sociale. Et ceci n’est évidemment pas propre au Maroc.

MT : Oui, les dispositifs en place résistent. Mais j’ai un point de vue légèrement différent : les fonctions de l’Etat sont en train de changer avec cette crise du Covid-19. Toutefois, il y a des paradoxes terribles. Vous pouvez avoir des convergences qui construisent des situations inédites. 

Je donne par exemple un cours sur l’économie du halal où j’évoque les Sukuk, ces Bons du Trésor que l’on dit islamiques. Mais qui ne le sont pas en réalité. Avec la crise de 2008, le marché des sukuk a explosé… surtout sur les places financières occidentales ! 

Le côté halal consiste dans le rattachement d’un titre financier à un bien tangible, à l’économie réelle. Et le chemin pour arriver à cette remise en cause de l’économie financière sauvage est passé par une religion. C’est paradoxal. 

Il y a plusieurs fissures dans le dispositif néolibéral. Peut-être qu’on va s’acheminer vers de nouvelles manières de penser les fonctions de l’Etat et ses responsabilités.

Dessalement d’eau de mer: Casablanca aura la plus grande station d’Afrique et du monde

Par Rachid Al Arbi – le360.ma – 22/03/2021

Usine dessalement eau de mer

Au programme du Plan national de l’eau, le dessalement d’eau de mer. Plusieurs villes sont concernées, dont Casablanca qui réalisera 300 millions de mètres cubes par an à partir de 2027.

Les autorités écartent toute éventuelle pénurie d’eau potable, affirme Abdelkader Amara, le ministre de l’Equipement, dans les colonnes de l’édition du jour de L’Économiste. Et pour cause. Le Royaume est bordé par 3.500 km de côtes. De plus, le dessalement y est pratiqué, depuis les années 70, dans les provinces sahariennes. Aujourd’hui, le plan national de l’eau prévoit d’aller plus loin dans le dessalement d’eau de mer. Le journal soutient que la ville de Casablanca pourrait produire 300 millions de mètres cubes par an via une station de dessalement qui « devrait être opérationnelle dès 2027 » et dont « le coût est estimé à 9,5 milliards de dirhams, hors foncier ».

Selon le ministre cité par le quotidien, « le projet en est au stade des études détaillées ». Si le site a été identifié, les prélèvements et recherches sont en cours pour s’assurer de la qualité de l’eau. Il s’agira certainement de la plus grande station en Afrique et dans le monde. « Ce qui va nous permettre de pouvoir gérer autrement l’eau approvisionnant Casablanca et venant du bassin Oum Rabiî, qui connait déjà un déficit », précise-t-il via L’Économiste. Il devra aussi approvisionner Marrakech et le périmètre agricole de la Doukka. « Cela va nous permettre de couper le cordon ombilical entre Oum Rabiî et Casablanca, puisque cette ville et celle d’Al Jadida seront alimentées par le dessalement de l’eau de mer », estime le ministre. 

En attendant, L’Économiste rapporte que le gouvernement envisage le dessalement pour les villes du nord. « Pour l’heure, nous avons fait une petite station de dessalement à Al Hoceima avec une capacité de 6 millions de mètres cubes par an », annonce-t-il tout en confiant que la grande station d’Agadir Chtouka Ait Baha, qui sera à 144 millions de mètres cubes par an, est en phase finale. Il évoque également celle de Dakhla qui sera multi-usage (agricole, eau potable, port de cette ville). Le journal rappelle que la construction du port commencera sous peu et nécessitera 10 milliards de dirhams d’investissement.

Le ministre estime que « l’autre point d’inflexion concerne Chtouka Ait Baha, où il y a une génération d’agriculteurs capables de valoriser l’eau avec un coût supérieur ». Il y a aussi « l’extension du dessalement de Laâyoune, de Tan-Tan, de Sidi Ifni, en plus de plusieurs centrales de déminéralisation, avec à peu près le même système ». Et d’ajouter dans les colonnes du quotidien: « Nous pouvons atteindre 1 milliard de mètres cubes d’eau dessalée d’ici 2050 pour les eaux non conventionnelles rattachées au dessalement » sachant que « nous sommes sur 40 ou 50 millions de mètres cubes, dont l’eau potable et l’eau industrielle qu’utilise l’OCP ».

Le ministre se penche également sur la réutilisation des eaux usées où le programme se limite à l’arrosage des espaces verts et des terrains de golf. « Dans le plan  2020-2050, on prévoit 345 millions de mètres cubes d’eau réutilisés, alors qu’aujourd’hui nous sommes entre 40 et 50 millions », souligne encore le ministre.

«L’hydrogène vert est une filière de demain à très grand potentiel»

Propos recueillis par M. D. & R. B. – fnh.ma – 23/03/2021

«L’hydrogène vert est une filière de demain à très grand potentiel»
A l’horizon 2050, le Maroc, qui affiche un grand potentiel pour la production et l’exportation de l’hydrogène vert, pourrait décarboner son économie à hauteur de 90%.
L’Institut de recherche en énergie solaire et énergies nouvelles s’est appuyé sur deux principaux instruments afin de promouvoir la recherche et développement : les appels à projet et les infrastructures de recherche.
Eclairage avec Badr Ikken, Directeur général de l’IRESEN.

Finances News Hebdo : L’IRESEN est très engagé dans le domaine de l’Hydrogène vert/Power to X. Pourquoi ce choix ?

Badr Ikken : L’IRESEN a entamé de grands chantiers relatifs à l’hydrogène vert et, de façon plus large, au Power to X qui englobe les dérivés de l’hydrogène vert qui peuvent être utilisés pour différentes applications. Les énergies renouvelables peuvent être utilisées afin de produire de l’hydrogène à partir de l’eau. il s’agit de l’hydrogène décarboné, produit par électrolyse. L’IRESEN a contribué, dès 2018, à une étude du World Energy Council,  qui a examiné des pays à forts potentiels pour la production de l’hydrogène vert. Cette étude a identifié le Maroc comme faisant partie des six pays à fort potentiel pour la production et l’exportation de l’hydrogène vert, qui est une matière première et un vecteur d’énergie en même temps. Les éléments-clés du développement de cette filière qui créera beaucoup de valeur ajoutée pour notre pays sont les ressources renouvelables. Le Maroc dispose de plusieurs sites abritant d’importantes quantités de ressources renouvelables, notamment le solaire et l’éolien.

Beaucoup de sites géographiques ont l’avantage de combiner ces deux sources d’énergies renouvelables. Il s’agit de zones bien ensoleillées, avec une bonne irradiation, bénéficiant d’une vitesse de vent importante pouvant souffler jusqu’à 60 à 70% du temps (facteur de charge élevé). Compte tenu de tous ces atouts, nous avons mené la réflexion afin de positionner le Maroc sur l’échiquier international de l’hydrogène vert, en œuvrant à la mise en place d’une feuille de route technologique. L’objectif étant d’accompagner l’écosystème industriel et de promouvoir le développement des capacités nationales pour la production de l’hydrogène vert. A ce titre, nous avons mené trois études. La première a porté sur la maturité technologique afin de savoir s’il s’agit d’un sujet qui a de l’avenir.

La seconde a trait aux opportunités pour le Maroc (potentiel des marchés intérieur et extérieur) et la troisième étude a été élaborée avec le concours d’économistes. Cette dernière a constitué la base de l’élaboration d’une feuille de route nationale en cours de validation. Le ministre de l’Energie, des Mines et de l’Environnement a mis en place une Commission nationale dédiée à l’hydrogène dans laquelle l’IRESEN est partie prenante. Pour répondre à votre question, l’hydrogène vert est une filière de demain à très grand potentiel. Celle-ci pourra décarboner plusieurs secteurs à l’échelle nationale et générer des devises pour le pays grâce à l’export. La décarbonation concerne l’énergie, la branche industrielle et le secteur des transports.

Et ce, à des échéances différentes. En 2035, le Maroc pourra être un champion de l’export de la matière première qui est l’hydrogène vert, pouvant être assimilé au pétrole vert en raison de sa capacité à remplacer les combustibles fossiles. Par ailleurs, en ce qui concerne la partie recherche et développement, l’IRESEN a mis en place plusieurs projets de recherche en cours de développement, notamment de petits électrolyseurs à Benguerir. L’énergie solaire est utilisée pour produire de l’hydrogène vert. A cela, s’ajoute une grande plateforme de recherche, appelée «Green H2A» en cours de co-développement avec l’Université Mohammed VI Polytechnique. L’infrastructure sera une interface entre le milieu académique et le tissu socioéconomique afin d’accompagner l’émergence et l’écosystème de la filière. A noter enfin que dans les prochains jours, un cluster dédié à l’hydrogène alliant entre autres la recherche, l’innovation et l’industrie, avec l’objectif de consolider l’écosystème, verra le jour.

F.N.H. : En janvier 2021, les travaux de construction du Centre de recherche dédié aux thématiques des réseaux intelligents ont été lancés au sein du Green and Smart Building Park. Que représente ce parc pour l’IRESEN et quelles sont les futures infrastructures que cette plateforme abritera ?

B. I. : Le Green and Smart Building Park est une plateforme développée conjointement avec l’université Mohammed VI Polytechnique. Je dois encore rappeler que l’objectif de cette plateforme de recherche et d’innovation ou celui de la «Green H2A» est de créer des ponts entre les universités et le monde industriel. Ce qui facilite le transfert technologique et la valorisation des résultats des projets de recherche, deux paramètres propices au développement et à la commercialisation des produits. Par exemple, l’année dernière, le Green Energy Park a travaillé sur une borne électrique, appelée «iSmart», qui sera produite cette année entre fin avril et début mai.

Le Green and Smart Building Park a pour vocation de traiter les aspects relatifs à la ville durable et la ville intelligente de demain (matériaux de construction, efficacité énergétique, gestion du réseau électrique). Ceci étant rappelé, la particularité du Centre de recherche, dédié aux thématiques des réseaux intelligents, unique au niveau international et dernier maillon de la plateforme du Green and Smart Building Park, est qu’il offre la possibilité d’effectuer des simulations de nouveaux réseaux électriques intégrant par exemple de la mobilité électrique ou des solutions d’intégration d’énergies renouvelables. Des tests pourront aussi être effectués dans des réseaux réels, grâce à la disponibilité d’une quarantaine de maisonnettes.

Ainsi, le Centre, qui intègre plusieurs laboratoires, permettra de mener des activités de recherche combinées. Il offrira la possibilité de développer dans le futur de nouveaux compteurs intelligents, des solutions innovantes de gestion de l’énergie et d’injection d’énergies renouvelables et l’intégration de la mobilité électrique (utilisation des batteries électriques). En somme, l’objectif in fine est de développer de nouveaux réseaux électriques et de nouvelles solutions technologiques pour la ville marocaine et africaine durable du futur.

F.N.H. : Selon vous, que représente la recherche et développement pour l’essor des énergies nouvelles et l’énergie solaire  ? Et jusque-là, quels sont les efforts déployés par l’IRESEN en matière de recherche et développement ?

B. I. : Le développement de l’économie d’un pays passe par plusieurs étapes, dont la première est l’amélioration de la qualité de la formation. Le Maroc a réalisé de grandes avancées ces dernières années grâce à ses universités qui se positionnent bien sur le plan continental en matière de formation. La recherche fondamentale se développe également dans notre pays. Par contre, il faudra déployer davantage d’efforts sur le front de la recherche appliquée et renforcer notre niveau de maturité technologique. Et ce, afin de passer des concepts technologiques à des produits industriels prêts à être commercialisés, car la consolidation du tissu industriel est primordiale.

D’où la nécessité d’accompagner les acteurs industriels pour le développement des produits susceptibles de se substituer à ceux qui sont importés. Sachant qu’aujourd’hui, un industriel qui aspire à être compétitif, est astreint d’innover, car la concurrence est devenue internationale. Au regard de ce qui précède, je dirai que l’innovation est nécessaire pour tous les secteurs et celui des énergies renouvelables en particulier, en raison, entre autres, de l’enjeu du facteur lié au coût. A ce titre, il y a lieu de rappeler que le KWH de l’énergie solaire, qui était de 3,60 DH il y a dix ans, s’affiche aujourd’hui à moins de 30 centimes. Grâce au grand saut technologique réalisé avec l’essor de la recherche et développement et l’innovation, les énergies renouvelables peuvent être utilisées afin de produire de l’hydrogène vert à des coûts compétitifs. Aujourd’hui, un industriel peut être compétitif énergétiquement grâce aux énergies renouvelables.

Ce qui était impossible il y a dix ans. De plus, il faut savoir que l’UE va mettre en place une taxe carbone à ses frontières. En clair, les produits fabriqués avec une empreinte carbone basse auront des chances d’être compétitifs sur le marché européen. Pour sa part, l’IRESEN s’est appuyé sur deux principaux instruments afin de promouvoir la recherche et développement, en l’occurrence les appels à projet et les infrastructures de recherche. Depuis 10 ans maintenant, l’IRESEN finance des projets de recherche collaboratifs impliquant des universités et des entreprises. Ces projets ont contribué au développement de la recherche appliquée, tout en permettant aux entreprises de mettre au point de nouvelles solutions technologiques.

Pour ce qui est des infrastructures de recherche qui sont aussi des supports technologiques pour les entreprises, il y a lieu de citer le Green Energy Park, le Green and Smart Building Park, le Green Energy Park Maroc-Côte d’Ivoire et d’autres infrastructures qui viendront. Toutes ces plateformes technologiques bénéficient d’équipements de pointe et de ressources humaines hautement qualifiées. Aujourd’hui, je peux dire que nous avons de très bonnes cartes entre les mains pour le développement du «Made in Africa ou le Made in Morocco». Le prochain défi est l’innovation et l’accompagnement du transfert technologique des résultats des projets de recherche vers le monde industriel et le marché.

F.N.H. : Quels sont les projets et les réalisations de l’IRESEN dans le domaine de la mobilité durable, qui est aussi un enjeu non moins important pour le Royaume ?

B. I. : Depuis près de quatre ans, l’IRESEN a mené plusieurs activités au niveau du Green Energy Park autour de la mobilité durable, notamment la mobilité électrique légère. Des études socioéconomiques et technico-économiques ont été menées afin de mesurer l’acceptation sociale et de comprendre les réels enjeux de ce type de mobilité. Il était important d’être en mesure d’appréhender le volet de la maturité pour cerner le timing du déploiement technologique. Des projets pilotes ont été menés. Lors de l’inauguration du Green Energy Park en janvier 2017, par SM le Roi, des véhicules électriques ont été distribués à des associations de la ville de Benguerir et la province de Rhamna.

Ces véhicules ont été exploités et testés dans différentes conditions climatiques. Toujours dans le cadre des projets pilotes, nous avons mis en place un corridor qui s’étend de Tanger à Agadir. Des bornes de recharge de voitures électriques ont été installées sur chaque 90 km au niveau des stationsservice. Aujourd’hui, il est possible de monitorer les bornes électriques. Des logiciels de suivi des bornes ont été développés. Nos équipes ont aussi travaillé sur l’impact de la mobilité électrique sur le réseau électrique. Ce qui a montré la nécessité de consolider le réseau électrique pour faire face à la multiplication des bornes et des voitures électriques. Dans ce contexte, nous lancerons au cours de cette année des activités pour l’élaboration d’une feuille de route, dédiée à la mobilité électrique pour le Maroc.

Et ce, avec l’implication des différentes parties prenantes. Il est important de souligner que plusieurs projets relatifs au sujet de la mobilité électrique sont en train d’aboutir, notamment le couplage entre les énergies renouvelables, les ombrières solaires et les bornes de recharges électriques. A cela s’ajoute l’utilisation des batteries de voiture afin de stabiliser le réseau électrique, sachant qu’un véhicule électrique peut aussi être utilisé comme une batterie. Le troisième projet a trait aux interfaces entre le réseau et les véhicules électriques. Trois produits sont en cours de valorisation. Il s’agit de la borne de recharge «iSmart», celle de petite puissance sur candélabre et la borne de recharge très rapide, destinée aux stations-service. Le sujet de la deuxième vie et du recyclage des batteries est aussi adressé.

Lâayoune dotée de sa propre brigade d’artificiers

par Hajar Lebabi – lopinion.ma – 22/03/2021

Lâayoune dotée de sa propre brigade d’artificiers

La ville de Laâyoune peut désormais compter sur une  brigade d’artificiers de la DGSN.  Une nouvelle brigade dont la mise en place s’inscrit dans le cadre de la création et de l’équipement de nouvelles structures de sécurité, censées apporter une réponse opérationnelle aux enjeux des défis sécuritaires en général et les menaces terroristes en particulier.

La création de cette équipe s’inscrit dans le cadre du renforcement des services décentralisés de la Sûreté Nationale, afin de faire face aux menaces présentées par les matières explosives en général. Cela peut se faire de manière proactive à travers la mise en place d’enquêtes et de suivis dans des lieux qui accueillent de grands événements sportifs, artistiques ou sociaux, ou en traitent de manière proactive les objets et matériaux suspects, ou en suivant les recherches et les enquêtes judiciaires pour analyser et inspecter les explosifs et engins explosifs.

À cet effet, un soin a été apporté à la création et à la qualification de hautes compétences professionnelles de la part de la nouvelle génération de fonctionnaires de la DGSN afin de travailler avec ces nouvelles équipes. Ces compétences font l’objet de cours et de programmes de formation spécialisés et précis, que ce soit à au niveau national ou en exploitant les opportunités et les capacités offertes par les canaux de coopération internationale en matière de sécurité. Ainsi qu’à travers la mise à disposition en faveur de ses nouvelles équipes, de véhicules dotés de haute technologie, de robots et des moyens avancés pour surveiller et manipuler les explosifs à distance, et veiller à ce que tous les dangers et les menaces associés aux engins explosifs soient traités avec prudence.

La création de la brigade régionale d’artificiers à Lâayoune s’inscrit dans le cadre de la mise en œuvre des programmes structurels et opérationnels annoncés dans le cadre du programme annuel de projets programmés pour l’année 2021, qui comprend la création de six «Brigades Régionales des Artificiers» dans les villes de Rabat, Marrakech, Casablanca, Tanger, Agadir et Laâyoune. Ces équipes seront bientôt déployées au niveau national, dans le cadre de plans pratiques précis, visant à assurer une sécurité intégrée et efficace des services qui répondent aux besoins de la population.

Covid-19/Maroc: 125 nouvelles contaminations au compteur. Plus de 2,5 millions de personnes ont reçu la 2e dose de vaccin

lematin.ma – 22/03/2021

Covid-19/Maroc: 125 nouvelles contaminations au compteur. Plus de 2,5 millions de personnes ont reçu la 2e dose de vaccin

Le ministère de la Santé a annoncé ce lundi 125 nouvelles contaminations au Covid-19 recensées au cours des dernières 24 heures. Ce bilan porte à 491.834 le nombre total des cas d’infection enregistrés dans le Royaume depuis l’apparition du premier cas en mars dernier, soit un taux d’incidence cumulée de 1352,7 pour 100.000 habitants (0,3 pour 100.000 habitants durant les dernières 24 heures).

Le département a également fait savoir que, depuis le lancement de la campagne nationale le 29 janvier dernier, la première dose du vaccin a été administrée à 4.264.761 personnes alors que 2.516.742 citoyens ont reçu la 2e dose.

Dans le classement par régions en nombre d’infections enregistrées au cours des dernières 24 heures, Casablanca-Settat occupe la tête du Top 5 avec 55 cas, suivie de Rabat-Salé-Kénitra et de L’Oriental qui affichent  respectivement 31 et 13nouveaux cas. Les régions Marrakech-Safi et Dakhla-Oued Eddahab ferment le Top 5 ex-aequo avec 10 nouvelles infections.

Dans le classement journalier par villes, le Top 5 est composé de Casablanca (49 cas), Salé (17 cas), Marrakech (10),  Oujda-Angad (8 cas) et Nouaceur (5 cas).

Le ministère a également dénombré 305 patients déclarés complètement rétablis au cours des dernières 24 heures, soit un taux de rémission de 97,5%. A ce titre, le nombre total des rémissions a atteint à ce jour 479.557 cas.

Dans le même intervalle, 2 personnes ont perdu la vie des suites du Covid-19, ce qui porte le bilan total des décès à 8.769 cas, alors que le taux de létalité s’établit à 1,8%.

Ces décès sont survenus dans les villes de Casablanca (1) et Laâyoune (1).

Par ailleurs, le nombre des tests réalisés durant les dernières 24 heures a atteint 4.429 portant ainsi à 5.379.920 le total des tests effectués à ce jour dans le Royaume.

Pour sa part, le nombre des cas actifs s’est établi à 3.508 personnes, dont 419 cas sévères ou critiques (soit 438 cas recensés durant les dernières 24 heures), parmi lesquels 25 sont placés sous intubation.

Voici dans le détail la répartition géographique des 125 nouveaux cas par régions et provinces

  • 55 cas à Casablanca-Settat : 49 à Casablanca, 5 à Nouaceur et 1 à Berrechid.
  • 31 cas à Rabat-Salé-Kénitra : 17 à Salé, 5 à Rabat, 5 à Kénitra, 2 à Skhirat-Témara et 2 à Sidi Kacem.
  • 13 cas dans L’Oriental : 8 à Oujda-Angad, 3 à Jerada, 1 à Berkane et 1 à Driouch.
  • 10 cas à Marrakech-Safi : La totalité à Marrakech.
  • 10 à Dakhla-Oued Eddahab : La totalité à Oued Eddahab.
  • 2 cas à Souss-Massa : La totalité à Agadir-Ida Outanane.
  • 2 cas à Fès-Meknès : La totalité à Fès.
  • 1 cas à Laâyoune-Sakia El Hamra : à Laâyoune.
  • 1 cas à Beni Mellal-Khénifra : à Beni Mellal.

Zineb El Adaoui, une femme forte pour remplacer Jettou à la Cour des comptes

leseco.ma – 22/03/2021

Zineb El Adaoui que le roi Mohammed VI a nommée au poste de Premier Président de la Cour des comptes, est née en 1960 dans la province d’El Jadida. Portrait.

Titulaire d’un Diplôme des Études Supérieures en Sciences Economiques, Zineb EL Adaoui a entamé sa carrière, en 1984, en qualité de juge à la Cour des comptes, avant d’occuper, en 2004, le poste de Présidente de la Cour Régionale des Comptes de Rabat.

Elle a été désignée membre de la commission consultative de la régionalisation en 2010, du Conseil National des Droits de l’Homme en 2011 et de la Haute instance du dialogue national sur la réforme de la Justice en 2012.

Le 20 janvier 2014, le roi Mohammed VI a nommé Zineb El Adaoui, Wali de la Région du Gharb Chrarda-Béni Hssen et gouverneur de la province de Kénitra.

Le 13 octobre 2015, le Souverain nomme Zineb El Adaoui, Wali de la Région de Souss-Massa et gouverneur de la préfecture d’Agadir-Ida-Ou-Tanane, puis Wali, Inspecteur Général de l’Administration territoriale à partir du 25 juin 2017.

Zineb EL Adaoui a été décorée, en 2013, du Ouissam Al Moukafaa Al Watania de Grand Officier. Elle est mariée et mère de deux enfants.

Gestion de la ville d’Agadir : Le PJD et l’ancien maire Kabbage livrent leurs lectures

par Samir El Ouardighi – medias24.com – 23/03/2021

Pour son 5ème bilan de la gestion des communes du Maroc, Médias24 a invité le président sortant du conseil de la ville d’Agadir et son prédécesseur à livrer leurs analyses. Sans surprise, Salah El Melouki qui mène la majorité PJD depuis 2015 livre des résultats dithyrambiques alors que l’ancien maire USFP, Tarik Kabbage évoque un recul sur tous les dossiers.

Gestion de la ville d'Agadir : Le PJD et l'ancien maire Kabbage livrent leurs lectures

Après avoir publié 4 articles consacrés a la gestion communale de RabatMarrakechTanger et Fès, Médias24 donne la parole au président sortant du conseil de la ville de Agadir, élu en 2015 sous les couleurs du PJD, avant de solliciter la lecture de celui qui a été durant 12 années maire socialiste de cette commune.

Un bilan précis sera bientôt remis aux élus et aux habitants

D’emblée, Salah El Melouki nous annonce qu’un bilan chiffré de son mandat sera mis à la disposition des habitants juste après une session extraordinaire du conseil de la ville qui se tiendra très bientôt.

« Ce bilan reposera sur trois aspects, à savoir moral pour mettre en avant les valeurs qui ont été à la base de notre travail, méthodologique, soit la méthode utilisée pour travailler et enfin financier.

« Transparence et reddition des comptes ont marqué notre mandat »

« Pour l’aspect moral, notre équipe a initié des relations de transparence et de reddition des comptes qui n’existaient pas auparavant avec les habitants.

« Côté méthodologique, tout a été codifié en 2016 dans un plan d’action qui s’est distingué par un suivi et un respect minutieux des procédures légales. Cette nouvelle manière de travail a été à l’origine de résultats très positifs notamment en matière fiscale.

« A ce propos, nous avons multiplié des dizaines de conférences de presse avec les médias et les citoyens pour leur présenter nos projets et les progrès de chaque chantier. Comme la création d’un guichet unique pour traiter en direct et sans attente les demandes d’ordre urbanistique.

Un budget communal en croissance qui a permis de rembourser d’anciennes dettes

« Du côté financier, notre budget communal est passé à notre arrivée de 480 millions de dirhams à 580 MDH à la fin de 2019. Ce qui fait de la commune d’Agadir une des villes du Maroc où la fiscalité est la mieux gérée.

« Cela nous a permis de rembourser de nombreuses dettes héritées de l’ancien conseil notamment avec le FEC (Fonds d’équipement communal).

« Ainsi, lors de la signature du plan de développement d’Agadir en présence de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, que Dieu l’assiste, la cotisation de la commune a été de 1/3 du total, soit 165 MDH.

Dix kilomètres de nouvelles voiries et des milliers d’éclairages rénovés

« Depuis 2015, plus de 10 kilomètres de routes ont été complètement rénovés puis goudronnés à l’intérieur de la ville qui est plus propre qu’avant après la réfection de ses chaussées et trottoirs.

« Idem pour les milliers de points d’éclairage public qui ont été refaits à neuf dans les quartiers et les boulevards de Wifak, Haj Lahbib, Ouazzani, 18 février, Bekkai, Oued Ziz, 2 mars, avenue royale …

Dix nouveaux équipements communaux et des centres sociaux rénovés

« La commune a également investi 18 milliards de centimes dans Souk El Had qui va devenir un haut-lieu de la ville avec de nombreuses retombées touristiques nationales et étrangères.

« Depuis six ans, ce sont plus d’une dizaine d’équipements communaux à vocation associative qui ont vu le jour grâce à notre équipe comme des centres de mécénat destinés aux femmes, aux enfants …

« La commune a rénové plusieurs centres culturels et aires de jeux mais a aussi créé un bureau médical avec un gros budget sans parler de la création d’un guichet unique pour des pièces administratives », ajoute El Malouki qui pense qu’Agadir a encore besoin de son équipe pour les années à venir.

Optimiste sur sa réélection malgré les freins électoraux mis en place

A la dernière question portant sur les chances de réélection de la majorité PJD, le président sortant juge anti-démocratique le changement de mode de calcul du quotient électoral qui va faire perdre de nombreux sièges à son parti aux élections législatives.

Optimiste sur une victoire de son parti au scrutin communal, il regrette la suppression du seuil électoral qui ne manquera pas de balkaniser les communes sans majorité claire pour les administrer.

« Tous les chantiers de l’ancienne équipe ont été abandonnés »

Interrogé à son tour sur le bilan de l’équipe qui lui a succédé, l’ancien maire Tarik Kabbage nous déclare, dans un grand éclat de rire, que rien n’a été fait depuis sa défaite au dernier scrutin communal.

« Nous avons laissé beaucoup de chantiers en cours de réalisation ou presque terminés qui n’ont toujours pas abouti.

« La circulation est encore plus saturée qu’en 2015 »

« Ainsi, nous avions réalisé un plan de gestion des déplacements urbains qui devait résoudre la saturation de la circulation avec plusieurs nouvelles voies intercommunales et le dédoublement d’un certain nombre d’axes routiers qui sont en surcharge totale.

« Rien de tout cela n’a été réalisé et même la nouvelle trémie qui devait désengorger la circulation plus que saturée n’a toujours pas été construite.

« Une avenue élargie alors qu’elle n’en a pas besoin »

« Au lieu de quoi, l’équipe communale a lancé des travaux dans des axes routiers qui n’en avaient pas besoin comme l’avenue Mohammed V qui dispose de deux voies fois deux.

« Pour en faire une six voies, le nouveau conseil a supprimé le terre-plein central ce qui ne manquera pas de mettre en danger les piétons qui veulent traverser.

Des lampadaires tout récents mis au rebut

« Non seulement, il a lancé des travaux dans des voies en bon état ce qui est une véritable aberration mais il est en train de remplacer tous les lampadaires de la ville alors que les anciens étaient récents avec une durée de vie de 30 années.

« C’est une véritable politique de gaspillage que de retirer ces poteaux qui ont à peine 8 années et qui peuvent encore servir au moins 20 années alors qu’ils faisaient partie de l’identité visuelle de la ville.

« Les superficies d’espaces verts ont baissé faute d’irrigation »

« Sur les questions de mobilité, la commune a préféré engager des bureaux d’études très chers, alors qu’elle aurait pu poursuivre la collaboration gratuite avec la ville de Nantes et avec les Iles Canaries.

« En termes d’espaces verts, rien n’a été réalisé et les superficies ont même diminué depuis 2015. Ainsi, les milliers d’arbres que nous avions plantés sont en train de mourir faute d’irrigation et d’entretien.

« C’est donc un énorme gâchis qui s’explique, selon moi, par une profonde incompétence d’une équipe qui préfère dépenser un argent fou sur des chantiers qui ne sont pas prioritaires », juge l’ancien maire en citant un recul sur certains dossiers comme la pollution de la plage d’Agadir qui n’existait pas avant.

« Le recul du taux de participation bénéficiera au PJD »

Sur les chances de réélection de l’équipe actuelle, Kabbage n’exclut pas son retour en arguant qu’il n’y a actuellement aucune alternative crédible au parti de la lampe.

« Sachant que le taux de participation va certainement encore baisser à cause de l’écœurement des habitants, le PJD a malheureusement de fortes chances de rempiler pour un nouveau mandat, conclut l’ancien 1er édile en excluant pour l’instant toute possibilité de retour à la vie politique …

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