Ismail Sqarou : «La Dekka est l’enfant légitime de Taroudant en termes de patrimoine»


par Salima Guisser – aujourdhui.ma – 16/06/2021

Ismail Sqarou : «La Dekka est l’enfant légitime de Taroudant en termes de patrimoine»

Entretien avec Ismail Sqarou, président de l’association du Malhoun à Taroudant

Elle existe bien avant la marrakechia et pourtant elle n’est pas assez connue. La «Dekka roudania» est, comme le précise dans cet entretien Ismail Sqarou, président de l’association du Malhoun à Taroudant, plus ancienne que les Saâdiens. A travers cet échange, le responsable, dont la structure œuvre dans la promotion de la «Dekka roudania», révèle les particularités de cet art qui sera célébré lors du festival de « Dekka » prévu en début juillet prochain.

ALM : Il est prévu que vous vous produisiez, avec votre troupe de «Dekka Roudania» au festival de «Dekka» qui se tiendra en ligne le 2 juillet prochain. Qu’est-ce que cela vous fait d’y prendre part après environ deux ans de pandémie ?
Ismail Sqarou : Cette participation est pour moi, ainsi que les autres artistes, voire tout le monde, un porte-bonheur après environ un an et demi d’oisiveté. C’était comme un vide pour nous. Maintenant, après le lancement de la campagne de vaccination par le Souverain, l’avenir sera prometteur.

Qu’en est-il de votre art qui n’est pas connu autant que la «Dekka marrakchia» ? Quelle serait la différence entre les deux ?
La «Dekka roudania» est plutôt l’origine et la source de celle «marrakchia». Mieux encore, la «Dekka» de Taroudant est plus ancienne.

Mais pourquoi n’est-elle pas aussi réputée que la «marrakchia» ?
Pour mieux répondre à votre question, je vais remonter aux années 60 et 70. A Taroudant, c’était aussi une époque où il y avait plus de sorties et de rassemblements aux rythmes de cette «Dekka». Aussi, la célébration d’Achoura, sur un seul mois, était marquée en ces années par l’animation en «Dekka roudania», qui est un art soufi et sacré à la fois, interprété avec des «Krakebs» (castagnettes) et «Bendir» (instrument à percussion) entre autres. Le tout avec une «gueriha» à l’instar de celle du Malhoun. D’ailleurs, cet art peut être chanté à la manière «roudanie». Après le mois d’Achoura, les célébrations sont à l’arrêt. C’est ce qui fait que la «Dekka» de Taroudant ne soit pas assez renommée.

Alors comment faire en sorte qu’il y ait un rayonnement pour cet art?
Depuis la création de notre association en 1993, des réalisations importantes ont été faites. Ainsi, notre «Dekka» est devenue connue de par le Maroc. Entre autres, nous avons participé au festival des musiques sacrées de Fès. Nous nous sommes même produits en Irak voire en Allemagne. De plus, notre «Dekka» a récupéré son lustre d’antan de par nos initiatives. Cela a fait que même les artistes de la «Dekka marrakchia» reconnaissent que la nôtre est l’origine.

Et pourquoi la «Dekka marrackhia» est-elle plus sollicitée lors des cérémonies que la vôtre ?
C’est l’impact de la réputation de celle de Marrakech qui contribue à cette sollicitation. D’autant plus que Marrakech est plus proche de Casablanca et Rabat alors qu’environ 260 km séparent la ville ocre de Taroudant. Donc c’est aussi une question de proximité.

Nous sommes à la veille d’une période électorale. Auriez-vous des messages pour les prochains élus pour la promotion de votre art ?
Non seulement la promotion de cet art, mais aussi de la ville. Nous voulons des personnes probes. Il faut que les élus de Taroudant s’occupent de notre ville. J’ai également un message pour les jeunes qui doivent faire le bon choix avant de voter pour la bonne personne qui doit aussi aimer la patrie.

Après le prochain festival, auriez-vous d’autres participations ?
Je tiens à préciser que le festival de «Dekka» est organisé par le ministère de la culture, de la jeunesse et des sports. Pour répondre à votre question, nous sommes ouverts à toute proposition. Nous avons déjà participé à des festivals à Agadir, notamment Timitar, Marrakech, Khouribga, Volubilis, Casablanca, Errachidia et au Sahara.

Et si l’on remontait un peu le temps? Pourriez-vous nous raconter un peu l’histoire de la «Dekka roudania» ?
C’est un art plus ancien que les Saâdiens. Il a été rénové au fil du temps. Aussi, il y a des historiens, comme Nour Eddine Essadeq, qui s’y intéressent.

Un dernier mot ?
La «Dekka» est «l’enfant légitime» de Taroudant en termes de patrimoine. C’est de cet art que les autres disciplines du patrimoine sont issues. La «Dekka roudania» est un art soufi plein de scrupules. Les familles peuvent l’écouter pendant leurs rassemblements puisqu’il allie la parole, les prières, les saluts sur le prophète et les événements marquants à l’instar de la bataille de Oued El Makhazin et l’exil de Feu Mohammed V. C’est, au fait, un art qui relate aussi l’histoire du Royaume.

Catégories :Actualités

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