Aziz Akhannouch, nouveau chef du gouvernement : Les secrets d’une remontada


par Wissam El Bouzdaini – maroc-hebdo.press.ma – 23/09/2021

Ses adversaires l’accusent d’avoir littéralement acheté l’élection, mais nul doute que la première place de son parti aux législatives est due à bien plus que cela.

Aziz Akhannouch est un homme en mission. Retraité, un temps, de la vie politique, après avoir annoncé en mai 2016 qu’il n’avait pas l’intention de faire plus de deux mandats aux commandes du département de l’Agriculture -il aura donc fini par en faire un troisième dans le gouvernement Saâd Eddine El Othmani-, le président du Rassemblement national des indépendants (RNI) était expressément revenu dans le “game” pour faire revivre au parti de la colombe une ivresse qu’il n’avait plus connue depuis l’époque de sa fondation à la fin des années 1970: celle de mener le gouvernement.

Installé à la tête de la formation quelque trois semaines après sa débâcle aux législatives du 7 octobre 2016, où elle n’était arrivée que quatrième en perdant, au surplus, quinze de ses sièges au parlement, celui qui vient par ailleurs de se retirer de la gestion du groupe Akwa, dont il occupait jusqu’alors le poste de président-directeur général, aura donc réussi son pari de faire revenir d’entre les limbes un monstre politique depuis si longtemps endormi.

Ses adversaires, et ils sont notamment nombreux dans les rangs du Parti de la justice et du développement (PJD), victime collatérale de son succès, l’accusent d’avoir littéralement acheté son élection, et il est vrai que M. Akhannouch n’a pas vraiment été regardant, au cours des cinq dernières années, sur la dépense: sur le réseau social Facebook seulement le RNI avait dépensé, au 12 septembre 2021, 336.970 dollars (un peu plus de trois millions de dirhams), contre par exemple 36.789 dollars seulement pour son premier poursuivant, le Parti de l’Istiqlal (PI), soit près de dix fois moins.

Mais réduire le seul mérite de M. Akhannouch à sa fortune, estimée à quelque deux milliards de dollars par le bimensuel américain de référence Forbes, n’en reste pas moins sinon spécieux, du moins réducteur, car cela omet un autre élément non moins essentiel: l’indéniable travail de terrain qu’il a, depuis son investiture à la présidence du RNI, mené pour relancer le parti. Pas très porté, comme certains de ses compères chefs de parti, sur l’idéologie, ce qui lui a notamment évité de s’empêtrer dans la querelle sans issue opposant modernistes et islamistes qui avait valu deux fois sa perte au Parti authenticité et modernité (PAM) face au PJD, M. Akhannouch a dès le départ choisi d’inscrire son action dans un cadre pratique, si ce n’est terre-à-terre.

Son coup d’éclat, si l’on peut dire, aura été son opération “100 villes, 100 jours”, consistant comme son nom l’indique à se rendre en cent jours seulement dans cent villes du Royaume mais qu’il a finalement dû arrêter à sa cinquante-huitième étape seulement, apparition des premiers cas de Covid-19 sur le territoire national oblige. Il s’est toutefois un peu rattrapé en effectuant, début juin 2021, une nouvelle tournée dans les cinq régions de Souss-Massa, de Marrakech- Safi, de Tanger-Tétouan-Al Hoceima, de l’Oriental et Casablanca-Settat. Objectif à chaque fois: de se mettre à l’écoute du citoyen marocain et de ses griefs, et savoir quoi lui proposer exactement pour les surmonter.

Ce seront alors cinq engagements qui seront pris, à savoir la création d’un revenu de dignité pour les seniors; le garantissement de la sécurité sociale pour tous les travailleurs; l’extension de l’assurance maladie pour tous, en particulier les inactifs; l’offre d’un soutien aux personnes en situation de handicap tout au long de la vie; et le versement des allocations familiales pour chaque enfant. Sans compter un chapelet de vingt-cinq mesures non moins ambitieuses et dont le RNI est tellement sûr qu’il est en capacité de les mettre en oeuvre que le membre du bureau politique du parti et ancien ministre Rachid Talbi Alami avait demandé, au cours de la tournée de juin 2021, à ce que les siens soient chassés avec des jets de pierre si tel n’était pas le cas dans les cinq ans.

Caractère pragmatique
M. Akhannouch n’aura, ainsi, fait exception à lui-même que par le truchement de la tribune qu’il avait publiée dans différents médias nationaux en avril 2020 pour s’opposer au “discours donnant la priorité aux recettes de l’Etat et posant l’équation aujourd’hui en termes de dualité entre le sauvetage de l’Etat ou celui des entreprises”, en faisant certainement allusion aux velléités austéritaires du ministre de l’Économie et également RNIste, Mohamed Benchaâboun. Mais là aussi, les propositions dont il s’était fendu n’en avaient pas moins eu un caractère pragmatique, appelant entre autres à “maintenir sous perfusion la demande et le pouvoir d’achat”. Et il faudra sans doute s’attendre qu’au cours de son mandat de Chef de gouvernement, M. Akhannouch reste fidèle à lui-même, “agharas, agharas” comme il aime à le répéter dans le parler berbère de sa région ancestrale du Souss, c’est-à-dire sans circonlocutions.

Le Souss, justement, la nouvelle deuxième personnalité de l’État ne manque jamais, au cours de ses interventions publiques, d’y faire référence, et à l’envi. Il dit y puiser son sens de la témérité, qui, dans le monde des affaires dans lequel sont notablement reconnus les Soussis, lui a notamment permis de faire passer Akwa de holding d’envergure nationale à véritable géant pétrolier africain, mais sans doute faut-il plus voir ici une référence particulière à son père, Ahmed Oulhaj Akhannouch.

Ce dernier, décédé au milieu des années 1990 la quatre-vingtaine bien entamée, continue ainsi encore et toujours de susciter l’admiration de l’unique fils qui lui a survécu après le séisme ayant frappé le 29 février 1960 la ville d’Agadir, où la famille était alors installée: self-made-man parti de son patelin natal d’Aguerd Oudad, non loin de la ville de Tafraout, jusqu’à Casablanca, celui qu’on appelle “El Haj” s’était, à 23 ans seulement, mis à construire un véritable petit empire commercial dans la cité blanche au début des années 1930.

M. Akhannouch père sera aussi, et surtout, plus tard, un des principaux bailleurs de fonds du Mouvement national réclamant l’indépendance de la France et de l’Espagne, ce qui lui vaudra d’ailleurs bien des ennuis avec l’administration coloniale.

Revendiquant lui aussi cette même fibre patriotique, M. Akhannouch aura sans doute à coeur de servir, tout au long de son mandat, du mieux possible son pays, lui qui, aussitôt désigné le 10 septembre 2021 par le roi Mohammed VI au palais royal de la ville de Fès, s’était engagé à “mettre en oeuvre les grands chantiers et stratégies de Sa Majesté le Roi, ainsi que les futurs programmes gouvernementaux”. Dont acte.

Catégories :Actualités

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