Pourquoi les pêcheurs bretons font construire des bateaux à l’étranger


par Jean Le Borgne – letelegramme.fr – 06/10/2021

Le Blue wave a été construit au Maroc à Agadir avec le concours de plusieurs entreprises bretonnes.
Le Blue wave a été construit au Maroc à Agadir avec le concours de plusieurs entreprises bretonnes. (Le Télégramme/Arnaud Montfort)

Construire à l’étranger. Le phénomène s’étend après la livraison de trois chalutiers bretons construits au Maroc. Les chantiers bretons peinent face à la main-d’œuvre à bas coût.

22 mètres de long, l’étrave droite : le Blue wave pourrait bien être le précurseur d’une nouvelle génération de chalutiers. Amarré au quai du Guilvinec (29), en attendant de prendre la mer, cette semaine, pour ses essais de pêche, le dernier né, quatrième chalutier, de l’armement de Jean-Baptiste Goulard s’annonce plus confortable à la mer et surtout moins gourmand en carburant grâce à sa propulsion électrique, alimentée par deux groupes diesel. Un bateau dessiné par l’architecte quimpérois Marcel Stagnol. Comme les deux nouveaux chalutiers côtiers de l’armement Pochic de Loctudy (29), le Blue wave a été construit au Maroc, aux chantiers d’Agadir.

Si les chantiers bretons continuent à construire des bateaux pour la pêche, Piriou, à Concarneau (29), ou encore Gléhen, à Douarnenez (29), voient s’échapper de plus en plus de marchés au profit du Maroc, de l’Irlande ou encore du Danemark. Dans un contexte global de baisse des captures, les pêcheurs ont vite fait leur calcul, annonçant des prix 30 % voire 50 % moins chers au Maghreb.

Avec des entreprises bretonnes

Construire à l’étranger ? Jean-Baptiste Goulard y a songé après avoir consulté en France et au Maroc. Faute d’avoir obtenu d’aide à l’innovation qu’il attendait de la Région et sans aides à la construction, interdites par l’Europe, l’armateur a vite fait son calcul. « D’un point de vue économique, je n’avais pas le choix. Piriou était un tiers au-dessus du Maroc », explique-t-il.

Patron d’armement à Loctudy, Stéphane Pochic fait le même constat, expliquant avoir réduit la facture de moitié en choisissant le Maroc, après une visite au salon d’Agadir. Les deux armements bigoudens n’ont pas pour autant tourné le dos aux entreprises bretonnes. Un partenariat indispensable, estime le patron du Guilvinec : « Sans elles, on allait au casse-pipe », confie-t-il, estimant à plus de la moitié des 2,7 M€ du projet, la part du chantier confiée à Barillec, Bopp, Thomas froid ou Pic incendie.

Menace sur les compétences

La faute à un manque de compétitivité des chantiers français. « On ne peut pas lutter contre la main-d’œuvre marocaine à bas coût », s’inquiète Gaël Guillemin, le patron du chantier Gléhen, constructeur, malgré tout, de cinq navires de pêche au cours des quatre dernières années. Depuis la crise de 1992, l’entreprise a amplifié sa diversification pour faire face au recul des commandes pour la pêche. À Concarneau, Piriou partage le même constat, se préparant à ouvrir un chantier à l’étranger pour répondre à la situation.

Consulté par l’armement La Houle pour son nouveau chalutier, attendu, le mois prochain, à Saint-Guénolé (29), le chantier douarneniste n’avait pas été retenu pour une question de délai. Le retard pris par le chantier danois fait dire au dirigeant de Gléhen que les chantiers français ont encore leur carte à jouer, notamment dans le contexte réglementaire français plus strict. Sans quoi, les ports bretons pourraient également perdre en compétences. « Moins de constructions, c’est aussi moins de possibilités d’entretenir les navires », alerte Gaël Guillemin.

Pourquoi les pêcheurs bretons font construire des bateaux à l’étranger
Catégories :Actualités

1 commentaire

  1. Le point fort des pêcheurs espagnols est le suivant: ils se sont totalement intégrés de la base au sommet de la filière. Ils ont créé/repris des chantiers pour démolir les vieux bateaux (et toucher les subventions de l’UE!), construire des nouveaux (et toucher les subventions de l’UE!), faire le grossiste dans le ports (pour contrôler le secteur!) et distribuer la pêche au détail dans les grandes surfaces (pour conserver les bénéfices!) ! Et pendant ce temps-là, les Bretons, eux…

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