Maroc : Tempête sur la saison touristique hivernale avec une pluie d’annulations

yabiladi.com – 27/11/2021

Dans la tourmente depuis un an et demi de crise sanitaire liée à la Covid-19, les opérateurs touristiques au Maroc ont espéré une petite reprise en période de fêtes de fin d’année. Mais après la suspension des voyages depuis et vers plusieurs pays, c’est le nouveau coup de massue… fatal pour certains.

Jeudi, les autorités marocaines ont annoncé la suspension des voyages depuis et vers plusieurs pays, dans le cadre des mesures préventives contre la propagation de la Covid-19 et de ses variants. Chez les opérateurs touristiques, l’annonce a été suivie d’une vague d’annulations des réservations de la période de fêtes de fin d’année, sur laquelle ils comptaient pour rééquilibrer un tant soit peu leurs finances de 2021.

Marrakech, Agadir et Essaouira restent des villes dont l’économie repose massivement sur le tourisme international, avec deux hautes saisons qui se distinguent : la période estivale et les fêtes de fin d’année. Dans la cité ocre, Mohamed est gérant de riad. Il confie à Yabiladi que la série d’annulations des réservations après l’annonce de la suspension des voyages pourrait être «un coup fatal» pour son activité, en arrêt total les trois premiers mois de la pandémie et en berne depuis 19 mois. «Notre structure affiche complet en été bien sûr, mais aussi à chaque saison de vacances de fin d’année dans les pays européens. Cela a été le cas pour la fin 2021 et surtout sur la période du 23 décembre au 1er janvier, où nous étions même en surbooking. En un temps court, de l’annonce de la suspension à vendredi après-midi, toutes les réservations ont été annulées, il ne nous en reste plus que deux», a-t-il déploré.

«Pour encourager les clients, nous avons fait des offres de réservation sans remboursement sur les annulations jusqu’aux deux derniers jours de la date d’arrivée. De ce fait, on peut dire que 100% des annulations de la saison hivernale ne nous seront pas remboursées», a confié le gérant, dont le riad est en activité depuis 2005, mais qui craint que cette nouvelle perte ne soit un coup de massue fatal pour son business. «Nos tarifs standards se situent entre 300 et 400 dirhams. Mais sur une période de fêtes de fin d’année, nos tarifs sont en moyenne entre 800 et 900 DH, ce qui veut dire que nous capitalisons grandement sur le mois de décembre pour boucler notre chiffre d’affaires», s’inquiète-t-il, regrettant par ailleurs «l’absence de communication entre les conseils de tourisme et les professionnels du secteur afin d’aborder la situation dans l’urgence».

«Avec ou sans crise sanitaire, le tourisme est ainsi fait : c’est un secteur économique aussi fragile que vital. Il constitue un œuf qu’il faut veiller à entretenir soigneusement pour éviter de le briser. Nous encaissons donc les coups et l’impact de la crise sanitaire, mais nous ne savons plus jusqu’à quand la résilience des professionnels pourra encore tenir.»Mohamed, gérant de riad à Marrakech

«100% de réservations, 100% d’annulations»

Dans la ville ocre, un deuxième professionnel sur secteur a confirmé que bien que son institution n’ait pas affiché complet, «80 à 90% de la capacité était remplie, avant que les annulations ne commencent à tomber les unes après les autres».

Comme à Marrakech, les opérateurs hôteliers d’Agadir accueillent principalement des touristes étrangers. En hiver et à l’approche des fêtes, les clients viennent surtout d’Europe. Mais dans la ville, Marie-Hélène qui gère le Riad des Golfs a affirmé à Yabiladi que son institution affiche désormais «100% d’annulation des réservations de décembre 2021 jusqu’à avril 2022, dates auxquelles l’établissement affichait complet». La grande majorité de ses clients étant Français, l’entrepreneuse a confié avoir vu venir cette vague d’annulations dès l’annonce de la suspension des voyages entre le Maroc et la France.

Si elle considère que «les mesures sanitaires sont ainsi faites», Marie-Hélène déplore elle aussi les faibles mesures d’accompagnement auprès des professionnels pour atténuer les conséquences économiques. «Les trois premiers mois de la crise de la Covid-19 en 2020, l’aide à la CNSS nous a permis de conserver les emplois, mais en dehors de cela, aucune mesure d’allègement durable n’a permis de maintenir notre équilibre fragile», regrette-t-elle.

«Alors que nous étions quasiment à l’arrêt, nous avons continué à verser l’ensemble des autres taxes et impôts comme si nous fonctionnions au rythme normal. Les choses sont restées ainsi jusqu’à aujourd’hui, ce qui me met dans la contrainte de licencier 6 membres du personnel qui étaient en pré-embauche et que je comptais garder, avant de nous retrouver avec une saison morte jusqu’à la mi-2022.» Marie-Hélène, hôtelière à Agadir

Des MRE également contraints d’annuler leurs voyages

C’est également le cas dans une ville comme Essaouira, où deux autres entrepreneurs hôteliers ont confirmé à Yabiladi avoir reçu «près 90% d’annulations sur les réservations de la période de fin de l’année», avec le risque de voir le phénomène s’amplifier dans les prochains jours. «Nous avons proposé des annulations sans remboursement, des réductions spéciales pour dynamiser le tourime intérieur, mais nos clients restent principalement étrangers», a souligné Hassan, gérant.

Parmi les clients potentiels figurent notamment des Marocains du monde. «Une mère de famille marocaine a tout essayé pour ne pas recourir à une annulation», nous a confié Khalid, un autre opérateur hôtelier à Essaouira. «Elle nous a demandé si elle pouvait trouver le moyen de rejoindre le pays en transitant par un point de départ qui ne serait pas concerné par la suspension des vols, mais nous ne pouvons pas recommander cette option aux voyageurs», a précisé le professionnel.

«Nous essuyons des pertes et nos concitoyens à l’étranger tiennent à leur pays, certes. Mais nous ne pouvons faire fi de la crise sanitaire qui est encore là», explique l’entrepreneur. Selon lui, «salariés comme gérants se serrent la ceinture, sans savoir quand la tempête se terminera, ni si les administrations en charge du secteur communiqueront avec les opérateurs à un moment ou à un autre».

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