Manifestations Maroc : de la crise sanitaire à la crise de nerfs…

par Romain Pommier – tourmag.com – 27/01/2022

Au Maroc, des milliers de pros du tourisme ont manifesté contre le plan de soutien au secteur et surtout pour une réouverture des frontières - Crédit photo : Stéphane de Sport Travel

Au Maroc, les professionnels du tourisme sont passés de la crise sanitaire, à celle économique et maintenant à la crise de nerfs. Alors que les frontières sont toujours fermées – jusqu’au 7 février 2022 – les associations professionnelles ont appelé à descendre dans la rue, suite à la parution du nouveau plan de soutien du Gouvernement. Ce dernier privilégie les hôteliers et exclue les agences de voyages ou les restaurants touristiques. Ainsi, des milliers de travailleurs ont manifesté pour demander la réouverture des frontières. Fouzi Zemrani , ancien vice-président général de la Confédération Nationale du Tourisme, nous fait le point sur la situation.

S’il est bien une catégorie professionnelle que nous voyons assez peu dans les rues et encore moins au Maroc, c’est bien celle des travailleurs du tourisme.

Et pourtant,lassés d’une fermeture des frontièresqui n’en finit pas et d’un plan de soutien, pas vraiment soutenant, les acteurs de l’industrie marocaine ont défilé dans la rue.

Suite à l’appel lancé par différentes associations professionnelles, ils étaient des milliers à montrer leur mécontentement à Rabat, Essaouira, Fès, Marrakech ou encore Tanger.

Cette marche nationale n’avait qu’un but : montrer le ras-le-bol d’un secteur plongé en totale léthargie depuis maintenant 22 mois.

Alors que le gouvernement n’est pas en mesure d’aider les Marocains dépendants du tourisme, au-delà de l’aide de 200 euros par mois, les professionnels ont demandé une unique chose : la réouverture immédiate des frontières. Apparemment, ils ont été entendus.

Une bonne nouvelle, alors que pour Fouzi Zemrani, l’ancien vice-président général de la Confédération Nationale du Tourisme et observateur avisé de l’industrie touristique au Maroc, il est temps de libérer le secteur.

TourMaG.com – Mercredi dernier, les professionnels du tourisme du Maroc ont manifesté. Vous y étiez, que pouvez-vous nous dire ?

Fouzi Zemrani :
 De temps en temps, il faut pousser des coups de gueule, et c’est ce que j’ai fait avec mon dernier article sur mon blog, concernant la manifestation.

Les gens que j’ai vu déambuler dans les rues, dans le cadre de la manifestation, n’avaient qu’un slogan : ouvrez les frontières !

La seule chose qu’ils veulent, c’est de pouvoir se remettre au travail.

Le gouvernement est incapable de subvenir à leurs besoins, il n’y a pas d’autres issues.

Nous parlons là d’une industrie touristique qui est à genoux. Les entreprises souffrent, aussi bien les grandes que les petites. Arrêtez de faire rouler une voiture pendant 2 ans, quand vous allez la redémarrer, il faudra tout changer.

Voici dans quelle situation se trouve l’industrie.

Je l’ai dit dès le début de la pandémie : la crise sanitaire va se transformer en crise économique, puis en crise sociale. Ce que nous avons vu hier, dans les rues des villes marocaines, c’est la crise sociale.

TourMaG.com – Ce qui a provoqué les manifestations est l’exclusion des agences de voyages du dernier plan de soutien du gouvernement au secteur du tourisme. Comment expliquez-vous cela ?

Fouzi Zemrani :
 Il y a une erreur de la part du gouvernement.

Ce dernier préfère aider les hôtels, des entreprises ayant d’importants capitaux, au détriment des agences de voyages. S’il arrive à faire ça pour les grandes sociétés, cela ne lui coûte pas beaucoup plus de le faire pour les autres. Qui peut le plus peut le moins.

Si demain les grosses structures ouvrent, mais que les petites disparaissent, il y aura un problème. L’arbitrage n’est pas le bon, il est indispensable d’alimenter toute la chaîne de valeur.

TourMaG.com – Le gouvernement soutient les professionnels du tourisme à hauteur de 200 euros par mois. Une aide insuffisante…

Fouzi Zemrani :
 Nous sommes arrivés au bout du bout, il est temps de prendre les bonnes décisions.

Gouverner, c’est prévoir, il faut donner de la visibilité.

L’aide à laquelle vous faites référence de 2 000 dirhams est prévue jusqu’au 31 mars. Est-ce que les entreprises vont pouvoir tenir jusque là ?

De plus, les acteurs sont tellement endettés, que cet argent qui leur est versé est directement absorbé par les banques pour rembourser les dettes.

La solution n’est pas dans les aides, mais que les Marocains puissent travailler à nouveau. C’est ce qu’ils demandent.

Le secteur a coché toutes les cases, avec du personnel entièrement vacciné, mais ça ne suffit pas. En France, le gouvernement a opté pour le « quoiqu’il en coûte », ici nous n’avons pas les moyens de le faire,

TourMaG.com – Après ces deux années de fermetures intempestives, craignez-vous que la destination soit boudée ?

Fouzi Zemrani :
 La destination est attractive, les voyageurs reviendront.

La comédie a assez duré, nous devons vivre avec ce variant. Nous avons appris la leçon, la population ne va pas sortir pour se mettre en danger, mais pour vivre, en prenant des précautions.

Dès que les frontières vont rouvrir, il y aura un retour massif des touristes. Les mesures prises sur le plan sanitaire permettent au Maroc de faire office de bon élève et figure de destination sûre.

TourMaG.com – Qu’aimeriez-vous comme reprise ?

Fouzi Zemrani :
Il est possible de rouvrir graduellement. De toute façon, si aujourd’hui le Maroc rouvre, il ne sera pas possible de tout absorber d’un coup. C’est un peu comme un corps mis au régime, après la diète, il n’est pas possible de manger un repas gargantuesque.

Les réservations tombent toujours pour avril, mai ou juin. Nous avons toujours eu un flot continu, sauf que nous avons dû toutes les annuler. J’ai aussi peur qu’à la réouverture, si les compagnies n’adaptent pas leur plan de vol, les prix flambent.

TourMaG.com – N’est-ce pas trop tard pour le Maroc et pour sauver la saison ?

Fouzi Zemrani :
 Il n’est jamais trop tard.

Le problème c’est que nous sommes en train de louper la saison d’hiver. Nous sommes en pôle position sur cette saison, étant l’une des rares destinations, où il fait beau en hiver.

En été, nous n’avons pas tellement d’offre balnéaire, Agadir par exemple fonctionne mieux l’hiver que l’été.

Le manque à gagner est terrible. Nous sommes condamnés à avoir confiance en un avenir meilleur, nous ne pouvons pas être pessimistes.

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