Apiculture : Nos abeilles se cachent-elles pour mourir ?

par Oussama ABAOUSS – lopinion.ma – 02/02/2022

Alors que les colonies d’abeilles s’effondrent dans diverses régions du Royaume, les pistes des causes probables continuent de se multiplier. Un expert apicole nous apporte ses éclairages.

Apiculture : Nos abeilles se cachent-elles pour mourir ?

Le phénomène a été constaté par les professionnels depuis plusieurs semaines déjà. Dans diverses régions du Royaume, des apiculteurs sont catastrophés par la disparition de leurs abeilles. Le Syndicat des Apiculteurs Professionnels du Maroc (SAPM) a tiré la première sonnette d’alarme le 23 décembre dernier, pour pointer -dans un deuxième temps- la piste du virus responsable de la maladie du Couvin Sacciforme (Sacbrood Virus (SBV)), le 17 janvier 2022.

Face aux inquiétudes de tout bord, la Fédération Interprofessionnelle Marocaine de l’Apiculture (FIMAP) et l’Office National de Sécurité Sanitaire des produits Alimentaires (ONSSA) sont montés au créneau pour confirmer la réalité du phénomène -qui touche diverses régions à des degrés différents- tout en excluant la piste d’une maladie. L’ONSSA se base ainsi pour établir ses premières conclusions sur une enquête de terrain qui a mobilisé plusieurs équipes à travers le Royaume. Pas moins de 23.000 ruches ont été ainsi visitées. Dans son communiqué, l’Office précise que l’enquête se poursuit afin de mettre en lumière toutes les causes qui auraient pu participer au dépeuplement subit de certaines ruches.

Maladie ou affaiblissement ?

La même source souligne par ailleurs que ce phénomène, connu sous l’appellation « Syndrome d’effondrement des colonies d’abeilles », a été constaté également dans des pays en Europe, en Amérique et en Afrique. « Les recherches attribuent cela à plusieurs facteurs, entre autres, la faiblesse des précipitations, la diminution de la quantité et de la qualité de l’alimentation disponible pour les abeilles ou encore l’état de santé des ruchers et les méthodes de prévention suivies », explique l’ONSSA.

En dépit des communiqués de la fédération et de l’autorité sanitaire, la disparition des abeilles a suscité une vague d’inquiétude autant parmi les professionnels qu’auprès du grand public. « Beaucoup d’apiculteurs ont rejeté l’effet combiné de plusieurs facteurs mentionnés au niveau des deux communiqués (ONSSA et FIMAP ndlr) et s’attachent à la cause unique de la maladie du Couvain Sacciforme, qui bien que très contagieuse est assez fragile puisqu’elle peut disparaître assez rapidement, sans intervention médicamenteuse, avec uniquement le renforcement des colonies et la lutte contre la varroase (maladie causée par un acarien NDLR) qui constitue un réservoir contaminant du virus », estime Said Aboulfaraj, expert apicole.

Surexploitation des ruches ?

Les facteurs combinés évoqués par notre interlocuteur sont, selon lui, le mal profond dont le syndrome est cette disparition constatée sporadiquement selon les régions. « L’apiculture dépend de trois facteurs déterminants : les conditions climatiques, le couvert végétal et l’apiculteur lui-même. S’il est évidemment impossible de contrôler les deux premiers facteurs, le facteur humain est fondamental puisque c’est à l’apiculteur de réagir et de prendre les dispositions nécessaires qui lui sont imposées par les conditions climatiques et le couvert végétal », explique notre interlocuteur qui est par ailleurs directeur d’un Bureau d’étude spécialisé en Apiculture.

Le moins que l’on puisse dire, est que ni le climat, ni la disponibilité des plantes n’ont cette année facilité la vie aux abeilles et aux apiculteurs marocains. « Pour répondre à la demande du marché ou pour couvrir les charges, la plupart des apiculteurs surexploitent les colonies en puisant dans les réserves et stocks de la colonie. Ceci expose les abeilles à une carence alimentaire aggravée par le retard des pluies automnales. Les colonies se sont donc affaiblies et certaines ont fini par s’effondrer », regrette Said Aboulfaraj.

Surpeuplement d’abeilles ?

Le nombre des ruches selon les statistiques affichées sur le site du ministère de l’Agriculture est passé de 560.000 en 2009 à plus de 910.000 ruches en 2019. Dans ce contexte, notre interlocuteur insiste sur la nécessité de privilégier l’amélioration du potentiel de productivité et de la santé des ruches plutôt que de se focaliser sur le repeuplement.

« Au lieu d’agir sur l’augmentation des nombres de colonies à travers les dons et distributions de ruches qui occasionnent le surpeuplement en colonies (qui sont faibles dans la majorité des cas) au niveau de certaines régions lors de miellées spécifiques (Azilal, Souss-Massa, Guelmim…), il faut plus concentrer l’effort sur l’encadrement technique des apiculteurs pour améliorer la productivité. La concentration en colonie, étant donné que les ressources mellifères limitées sont partagées entre tous ne favorise que de faibles productions et une propagation des maladies à cause de la promiscuité des ruchers, lesquelles maladies seront par la suite diffusées au niveau des régions d’origine des apiculteurs », explique l’expert.

En attendant, le ministère de l’Agriculture vient d’annoncer un programme de soutien aux apiculteurs touchés par ce phénomène.

2 réflexions sur “Apiculture : Nos abeilles se cachent-elles pour mourir ?

  1. L’augmentation du nombre des ruches n’est pas un problème si nous respectons les points suivants :
    – Il faut respecter les abeilles et ne prélever le miel qui correspondant à la part de l’apiculteur et laisser le reste pour qu’elles puissent vivre en hiver par exemple.
    – Vérifier si la ruche n’est pas attaquée par des parasites type varroa ou autres.
    – Enfin, Si le Maroc utilise le Néonicotinoïde comme la France en agriculture, nous irons tout droit vers une catastrophe avec cet insecticide qui attaque le système nerveux central des abeilles qui ne retrouvent plus le chemin de la ruche.

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  2. Bonjour Mr Terrier,

    Merci beaucoup pour votre revue de presse chaque matin. J’y suis abonnée depuis quelques années maintenant et cela est très précieux.

    Je vois que vous relayez des articles en apiculture. J’écris moi même sur le sujet, avec de nombreuses formations que je fais au niveau des éleveurs. Je travaille sur l antibioresistance au niveau des élevages en remplaçant les antibiotiques ou en complément avec un complexe d’huiles essentielles.

    Vous pouvez regarder mon site facebook Mixoil-Animal-care où j’essaye de documenter notre activité quotidienne. Et voici mon article si vous pensez que cela apporte un nouvel éclairage à la situation.

    https://hortimedia.ma/la-disparition-des-abeilles-expliquee-par-julia-tatin/

    Je vous souhaite une très belle continuation dans tous les cas et au plaisir de vous lire chaque matin.

    Bien à vous

    Julia Tatin

    Le jeu. 3 févr. 2022, 09:35, Le Blog d’Agadir a écrit :

    > Michel Terrier posted:  » par Oussama ABAOUSS – lopinion.ma – 02/02/2022 > Alors que les colonies d’abeilles s’effondrent dans diverses régions du > Royaume, les pistes des causes probables continuent de se multiplier. Un > expert apicole nous apporte ses éclairages. Le phéno » >

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