Ressources hydriques : Dessaler l’eau de mer, oui mais à quel prix ?

par Souhail Amrabi – lopinion.ma – 14/03/2022

Solution incontournable pour relever les défis hydriques du Royaume, les stations de dessalement ont un coût économique à amortir et un coût écologique à connaître et à anticiper.

La crise de sécheresse que traverse notre pays actuellement est un rappel s’il en fallait que la satisfaction des besoins hydriques du Royaume devrait dans l’idéal être décollée de la pluviométrie.

L’évolution de la recherche scientifique et les nouvelles technologies qui ont vu le jour ces dernières années permettent plus que jamais de mettre en place des solutions qui peuvent combler le besoin hydrique du Royaume, notamment à travers le recyclage des eaux non-conventionnelles et le dessalement de l’eau de mer. Notre pays s’est engagé dans cette voie depuis plusieurs années en mettant en place plusieurs grands projets de dessalement de l’eau de mer.

« Le Maroc dispose aujourd’hui de grandes capacités pour développer les projets des plus marquants en matière de dessalement d’eau de mer », avait par ailleurs indiqué à cet égard le ministre de l’Équipement et de l’Eau, M. Nizar Baraka, précisant que les nombreux investissements dans les énergies renouvelables, aussi bien solaires qu’éoliennes, garantissent le dessalement de l’eau à moindre coût.

Le coût économique

Les investissements pour la mise en place de stations de dessalement se multiplient en effet au niveau du territoire national. Attendue depuis plusieurs années, la station de dessalement de Casablanca – dont l’appel d’offres imminent permettra d’acter le début des travaux de réalisation – est un exemple d’infrastructure dont l’apport sera vital pour répondre aux besoins hydriques de la région où elle se trouve, à l’image de la station de Chtouka-Aït Baha, qui est devenue opérationnelle il y a quelques mois dans la région de Souss-Massa et qui a nécessité un investissement total estimé à près de 4,4 milliards de dirhams.

Un coût économique certes important, mais dont le retour sur investissement est indiscutable au vu du potentiel de production journalière estimé à 400.000 mètres cubes d’eau dessalée qui permettra, entre autres, d’irriguer près de 15.000 hectares.

En plus des frais liés à la construction et à la maintenance, les stations de dessalement ont également un coût énergétique puisqu’en dépit de l’avancée des technologies de dessalement, le procédé nécessite une alimentation électrique non-négligeable.

Le coût écologique

Tous les spécialistes s’accordent à le dire : utiliser des énergies éoliennes et solaires pour dessaler l’eau de mer est le meilleur moyen d’utiliser les forces et atouts de la nature pour produire des ressources hydriques en minimisant drastiquement les impacts en termes de gaz à effet de serre.

« Les stations de dessalement ne sont cependant pas sans impact environnemental puisque leur fonctionnement donne lieu à une production importante de sel et de saumure qu’il faut bien gérer pour protéger l’environnement et les écosystèmes littoraux situés à proximité », nous explique Christophe Lumsden, expert en développement durable et transition énergétique.

Si l’implantation des stations de dessalement fait au Maroc systématiquement l’objet d’études d’impact sur l’environnement qui permettent ainsi de choisir des sites adaptés, le casse-tête lié à la gestion du sel et des saumures semble pour sa part constituer un véritable défi, surtout que la problématique est mondiale. L’ONU avait à cet égard publié un rapport en janvier 2019 afin d’appeler les pays qui hébergent des stations de dessalement à mieux gérer les saumures produites par le procédé.

Bien penser le dessalement

Dans leur rapport, les experts de l’ONU avaient reconnu « le besoin urgent de rendre les technologies de dessalement moins chères et de les étendre à des pays à faibles revenus ». Ils sont cependant appelés à une « amélioration des stratégies de gestion de la saumure » surtout que la tendance liée au recours au dessalement de l’eau de mer évolue rapidement.

« Il est possible de mettre en place des normes marocaines qui permettent de ne pas rejeter les saumures dans la mer après le procédé de dessalement afin de ne pas modifier le milieu. Des procédés qui permettent de drainer puis de traiter ces résidus peuvent être développés selon le contexte local de chaque station », fait cependant remarquer Pr Mohamed Fakhaoui, directeur de l’Institut Scientifique de Rabat.

« Dans notre contexte climatique actuel, le recours au dessalement est une solution qui s’impose. L’impact environnemental potentiel lié à ces stations est une problématique qui peut être résolue et anticipée à l’avance si les efforts se font d’une manière collective », conclut le scientifique.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.