Génération Green 2020-2030 : le détail du futur plan d’exécution de la stratégie agricole

par Saïd Naouimi – lematin.ma – 11/04/2022

Les contours techniques du plan d’exécution de la stratégie agricole, Génération Green, se précisent. Le département de l’Agriculture a défini les grandes orientations et les axes du Programme pour résultats. Ce dernier constituera l’instrument central pour piloter la mise en œuvre de la feuille de route agricole. Ce plan, financé par la Banque mondiale et l’AFD, est bâti autour de 3 axes majeurs. Une amélioration des opportunités d’emploi et de génération de revenus pour les jeunes, le renforcement de l’efficacité des systèmes de commercialisation des produits agricoles et agroalimentaires et la digitalisation de l’agriculture et l’adoption de pratiques climato-intelligentes.

Le département de l’Agriculture s’apprête à mettre sur les rails le Prêt-programme pour résultats (PPR) dans le cadre de Génération Green (2020-2030). Le PPR, financé par la Banque mondiale et l’Agence française de développement (AFD), devra constituer l’instrument central de pilotage du processus de mise en œuvre de la stratégie agricole. Il s’aligne ainsi sur les recommandations de l’évaluation finale du Plan Maroc vert (PMV) et entend mettre davantage l’accent sur le développement des chaînes de valeur agricoles et agroalimentaires. «En dépit des progrès substantiels réalisés au niveau des exploitations agricoles dans le cadre du PMV, en termes d’augmentation de la production et de la productivité, d’importants goulots d’étranglement doivent encore être résolus au-delà des frontières de l’exploitation», expliquent les services de l’Agriculture. Le programme viendra donc appuyer et aider à améliorer les interventions des pouvoirs publics qui s’attaquent à ces goulots d’étranglement. L’objectif étant de créer de nouvelles opportunités de développement de marchés qui stimuleront de nouveaux investissements dans le secteur agricole. À travers le PPR, le département de l’Agriculture entend appliquer les principes de l’optimisation du financement pour le développement et cherche à maximiser les investissements portés par le privé, en particulier en faveur des jeunes, en améliorant certains règlements, instruments et programmes ayant un impact sur les investissements privés dans le secteur agricole et agroalimentaire.

Concrètement, le PPR soutiendra de manière sélective les interventions susceptibles d’accélérer la transformation «plus large» des secteurs agricole et agroalimentaire, vers une plus grande valeur ajoutée. De même, il renforcera l’inclusion des petits et moyens producteurs sur les marchés et appuiera les jeunes entrepreneurs dans le monde rural. Toute une panoplie d’actions est ainsi prévue : réforme des marchés de gros, utilisation des technologies numériques pour l’accès des producteurs aux informations sur les technologies et les marchés de production, promotion de partenariats commerciaux entre les petits producteurs et les acheteurs et renforcement de l’écosystème pour la numérisation des pratiques pour une meilleure résilience de l’agriculture. «Le PPR servira de levier pour faciliter le dialogue et accélérer la mise en œuvre des réformes dans les domaines qui nécessitent une bonne coordination intra gouvernementale ainsi que des partenariats public-privé», explique l’Agriculture.

Un schéma directeur de digitalisation en projet

Pour atteindre son objectif de développement, le PPR mise sur trois domaines de résultats jugés prioritaires. D’abord, une amélioration des opportunités d’emploi et de génération de revenus pour les jeunes en milieu rural. En effet, le programme interviendra pour contribuer à la mise en place d’un dispositif spécifique d’appui à l’entrepreneuriat dédié aux jeunes entrepreneurs agricoles. Ce dispositif d’appui est organisé autour de deux sous-domaines de résultats : le renforcement de l’écosystème pour le développement de l’entrepreneuriat en milieu rural et la facilitation de l’accès des jeunes aux ressources financières pour qu’ils puissent démarrer leurs agro entreprises et/ou tenter d’exercer d’autres activités de services en rapport avec l’agriculture. Afin d’améliorer les opportunités d’emploi et de génération de revenus pour les jeunes ruraux, le PPR prévoit la révision du cadre incitatif et juridique du Fonds de développement agricole (FDA). L’objectif étant d’intégrer au Fonds des incitations financières spécifiques aux jeunes pour la réalisation de leurs projets.

Quant au deuxième domaine de résultats, il portera sur la consolidation de l’efficacité des systèmes de commercialisation des produits agricoles et agroalimentaires. Concrètement, il s’agira d’améliorer les conditions de commercialisation sur le marché local et la compétitivité des exportations des produits agricoles et agroalimentaires, à travers différentes actions et mesures. Il s’agit de l’organisation et la modernisation des circuits de commercialisation sur le marché local, le soutien à la compétitivité des exportations par l’amélioration des processus de contrôle et de coordination des exportations, et le renforcement du contrôle sanitaire des aliments. Une étude stratégique environnementale et sociale est ainsi prévue pour programmer la modernisation des marchés de gros à l’échelle nationale. De même, un projet de révision du cadre réglementaire régissant ces plateformes modernisées est actuellement dans le pipe. Le tout assorti de la réalisation de quatre nouveaux marchés de gros modernes à Marrakech, Meknès, Agadir et Berkane.

Enfin, le troisième domaine de résultats du PPR sera axé sur le renforcement de la digitalisation de l’agriculture et l’adoption de pratiques climato-intelligentes. Le Programme contribuera, en effet, à l’amélioration de l’efficacité et de l’efficience des services de soutien à l’agriculture (conseil agricole, protection sanitaire des végétaux, formation, R&D, etc.) et au soutien de la résilience de l’agriculture face aux changements climatiques. Pour atteindre ces objectifs, des mesures seront mises en œuvre dans le cadre du PPR notamment le développement de l’écosystème de l’agriculture digitale et l’appui à une agriculture éco-efficiente et résiliente au changement climatique. Une grande étude sera ainsi lancée afin de concevoir un schéma global pour la transformation digitale du département de l’Agriculture et de son évolution future. L’objectif étant de garantir une synergie optimale entre les différentes structures sous tutelle du ministère et de les fédérer autour d’un réseau national de l’information agricole. Pour appuyer le développement d’une agriculture climato-intelligente, le PPR prévoit le lancement de travaux d’équipement de 8.000 ha en systèmes de télé-relève et télé-gestion.

200.000 bénéficiaires dans le viseur

Même si certaines de ses activités profiteront à coup sûr à un large éventail de parties prenantes du secteur agricole et agroalimentaire, le PPR devra renfermer des actions ciblant spécifiquement l’inclusion des jeunes dans des activités entrepreneuriales liées à l’agriculture, ainsi que les petits et moyens producteurs. Sans oublier les entreprises opérant dans des chaînes de valeur modernes. «L’ensemble de ces bénéficiaires profitera ainsi des opportunités du fait de la grande efficacité attendue des marchés de gros, du développement d’innovations induites par la transformation digitale de l’agriculture et de l’amélioration de la sécurité sanitaire et de la qualité des aliments», fait valoir l’Agriculture. Le ministère estime qu’environ 200.000 producteurs et entrepreneurs agricoles et agroalimentaires devraient bénéficier d’une ou plusieurs activités du Programme dans les différentes régions d’intervention. Pour séduire les jeunes à entreprendre en agriculture et agroalimentaire, le PPR prévoit le lancement d’un pilote national d’appel à projets afin d’identifier les porteurs de projets innovants (digital et climato-résiliant).

Et ce n’est pas tout. Le Programme planche sur l’organisation de concours nationaux pour promouvoir l’entrepreneuriat des jeunes dans les technologies digitales et climato-intelligentes en agriculture. Les jeunes primés auront droit à un accompagnement sur mesure dans la concrétisation de leurs projets. De même, une initiative pilote visant l’émergence et l’autonomisation des coopératives des services agricoles par des jeunes sera mise sur les rails en partenariat avec les directions régionales de l’Agriculture. Cette opération permettra donc d’appuyer les jeunes ruraux dans la construction de nouvelles coopératives de services agricoles, structurées et organisées autour d’écosystèmes. Plusieurs spécialités de services sont ainsi ciblées, dont la location des machines et équipements agricoles, la vente des intrants, la réalisation des opérations de taille et de récolte, le gardiennage, la négociation et la commercialisation des produits. Par ailleurs, un site web marchand dédié à la commercialisation en ligne des produits de terroir sera mis en place. L’objectif étant de dynamiser ce segment et encourager les jeunes à l’investir.

Le Programme prévoit en outre d’identifier, sur la base d’un diagnostic territorial approfondi, des opportunités de création de projets agricoles, par filière et par bassin de production, avec une approche orientée écosystème filière/chaîne de valeur intégrée. Le processus devrait ainsi aboutir à la constitution à l’échelle des régions des portefeuilles de projets à mettre à la disposition des jeunes. Du côté des exportations, le PPR prévoit la digitalisation de la gestion des agréments des exportateurs (inscription et mise à jour). Ainsi, un registre électronique pour la gestion des demandes, des renouvellements et attributions des agréments d’exportations sera développé et mis en place. De même, le processus du contrôle technique sera digitalisé. Concrètement, le PPR prévoit le développement et la mise en place d’un nouveau système pour la digitalisation et le suivi des opérations de contrôle technique effectué au niveau des stations de conditionnement.
Côté formation, le Programme promeut la création d’une spécialité en data science appliquée à l’agriculture.

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Un comité de pilotage de 15 institutions

Le Prêt-programme pour les résultats sera piloté par un comité composé de 15 institutions. Il s’agit, entre autres, du département de l’Agriculture, l’Office national de la sécurité sanitaire des aliments (ONSSA), Morocco Foodex, l’Agence pour le développement agricole (ADA), les ministères de l’Économie et de l’Intérieur, le département de l’Industrie et la Confédération marocaine de l’agriculture et du développement rural (COMADER). Par ailleurs, des représentants de la Banque mondiale et de l’AFD assisteront au comité de pilotage en tant que membres observateurs. Le comité, présidé par le secrétaire général de l’Agriculture, se réunira chaque semestre. Lors de chacune de ses réunions, le point devrait être fait sur les avancées et/ou difficultés rencontrées dans la réalisation du Programme ainsi que les décisions à prendre pour sa bonne exécution. Par ailleurs, une unité de gestion du PPR a été créée au niveau de la Direction de la stratégie et des statistiques au sein du département de l’Agriculture. Celle-ci sera chargée du suivi du programme dans tous ses aspects technique, financier, environnemental et social. L’unité de gestion se réunira une fois par trimestre et à chaque fois que le besoin sera exprimé. Le département de l’Agriculture entend, à travers une assistance technique, apporter un appui aux membres de l’unité de gestion pour la mise en œuvre du Programme.

400.000 ménages à intégrer dans la classe moyenne agricole

Pour rappel, Génération Green 2020-2030 se base sur une capitalisation des acquis réalisés par le Plan Maroc vert, la consécration d’une nouvelle gouvernance et la mise à disposition du secteur de moyens modernes. La feuille de route, adoptée en 2020, repose sur deux fondements stratégiques : la priorité à l’élément humain, conformément aux Hautes Orientations Royales, et ce à travers l’émergence d’une nouvelle génération de classe moyenne agricole (350.000 à 400.000 ménages), l’appui d’une nouvelle génération de jeunes entrepreneurs, l’émergence d’une nouvelle génération d’organisations agricoles portée par les interprofessions et la mise en œuvre d’une nouvelle génération de mécanismes d’accompagnement. La pérennisation du développement agricole est le deuxième fondement de la nouvelle stratégie. Il prévoit la consolidation des filières agricoles, en vue de doubler les exportations et le PIB-agricole à l’horizon 2030, l’amélioration des process de distribution des produits à travers la modernisation de 12 marchés de gros et des marchés traditionnels. Il s’agit également du renforcement de la résilience et de la durabilité du développement agricole, ainsi que de l’amélioration de la qualité et de la capacité d’innovation.

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