Tourisme et culture : Une reprise à réinventer

par Mustapha Sehimi – laquotidienne.ma – 28/04/2022

L’Office national marocain du tourisme (ONMT) a lancé une vaste campagne internationale «Terre de Lumière» pour donner plus de visibilité et d’attractivité au produit touristique marocain. Un agenda qui tombe bien avec la 28ème édition des «Mardis du tourisme», le mardi 26 avril à Casablanca. Une rencontre animée par Bouchra Taibi, à laquelle ont participé Othmane Cherif Alami, président du Groupe «Atlas Voyages» et parlementaire, Abdelkader Retnani, vice-président des Industries culturelles et créatives, et Azzedine Skalli, président de MTM Club.

De nouvelles idées

Pour Othmane Cherif Alami, «tourisme et culture, c’est une interaction forte entre ces deux secteurs». Mais, à ses yeux, la valorisation du patrimoine reste insuffisante. Il a ainsi appelé à un plus fort engagement du gouvernement, avec des programmes dédiés, devant se traduire – comme annoncé – par une hausse de 2% tant des budgets des départements du tourisme que de la culture. Des objectifs à l’horizon 2026 faits dans le discours d’investiture du chef de l’exécutif devant le Parlement, en octobre dernier.

Le débat a été ouvert ensuite par la présentation de la nouvelle vidéo de l’ONMT. Pour Abdelkader Retnani, «elle est intéressante, mais l’on pouvait mieux faire – pas de référence à la culture…». Il a ajouté qu’il y a désormais une prise de conscience qui se fait à propos de ce secteur, avec le discours, voici un mois, du chef de l’exécutif devant le Parlement, précisément sur la dimension culturelle du développement. Il a regretté, par ailleurs, que dans la grande métropole économique du Royaume, les manifestations n’aient pas de pérennité; et que la marque Casablanca n’est pas suffisamment mise en exergue à l’international, alors que ce nom est celui d’un film mythique éponyme. Il a invité à «trouver de nouvelles idées» et à se préoccuper d’intégrer la culture et le tourisme dès l’école : «C’est une culture à promouvoir».

Azzedine Skalli partage ce point de vue en rappelant ce que la culture apporte au tourisme : le patrimoine, la musique, les arts et traditions, moussems, souks, artisanat, cuisine… La richesse et la diversité des cultures. L’évocation de la place de la culture dans le tourisme a été soulignée. L’exemple d’Essaouira, jadis «La Belle au bois dormant» – selon la formule de l’écrivain Edmond Amran El Maleh – est typique à cet égard : cette cité de 50.000 personnes accueille plus de 200.000 visiteurs avec le festival Gnaoua. La ville d’Asilah, aussi, avec Mohamed Benaissa, depuis des décennies, relève de ce même registre de la culture comme vecteur de développement et de visibilité touristique.

Réagissant à ces observations, Othmane Cherif Alami, avec sa casquette de président du Conseil régional du tourisme (CRT) du Grand Casablanca – Settat, a fait part des nombreux projets en cours, avec le concours de Casablanca Patrimoine. Il a insisté sur l’intérêt de la maire de cette ville, Nabila Rmili, et de celui du président du Conseil de région, Abdelaziz Maâzouz. Des travaux ont été réalisés pour de nouvelles infrastructures, des monuments sont mis en lumière; un inventaire du capital immatériel a été adressé; la ville a obtenu son inscription à l’UNESCO dans le classement des «Villes créatives»; le marché de gros a été rénové soit pour en faire un complexe sportif ou culturel; des opérations de jumelage avec Chicago, Paris,… tout cela aide à la visibilité. Seul point noir encore : le grand théâtre de Casablanca, achevé depuis un an et qui n’a pas été inauguré…

Question de gouvernance

Question de gouvernance ? Assurément. L’accent a été mis sur la nécessité de ne pas improviser, par à-coups, et de solliciter des professionnels et des compétences. L’agenda des manifestations culturelles doit être fait au moins un an à l’avance, avec des dates – ce qui ne peut qu’aider les agences de voyages et les T.O dans la commercialisation de circuits et de voyages. Au plan national, de grandes marques existent : le Festival du film de Marrakech, Mawazine, la Fête des Roses d’Imilchil (qui a cependant perdu de son aura…), la Semaine du Cheval à El Jadida, le Festival de Tan Tan, celui d’Agadir aussi, et tant d’autres. Othmane Cherif Alami rappelle que la culture était l’une des priorités tant dans la Vision du Tourisme de 2010 que dans celle de 2020, mais le bilan n’a pas été à la hauteur des objectifs fixés. 

Il faut «réinventer le tourisme», a-t-il ajouté, et pour Casablanca, les atouts ne manquent pas : un héritage, des potentialités, une image. Il a plaidé pour des états généraux de la culture, annuellement, pour capitaliser des acquis. «Le travail réalisé par la Fondation Mohammed VI des Musées, dirigée par Mehdi Qotbi, est l’un des vecteurs de cette nouvelle approche; celui de Mahi Bine Bine à Tahanaout aussi; sans oublier d’autres acteurs dans les territoires. Il faut aussi décentraliser : pourquoi pas une bibliothèque dans chacun des vingt et un arrondissements des cinq préfectures de la wilaya de Casablanca. Une autre piste est celle de la mise en valeur de personnages historiques, de légende même, tels Ibn Batouta, Ibn Rochd,… Des sites historiques doivent retrouver une visibilité: arts rupestres, Luxus, Volubilis, Essaouira (avec l’archipel des oiseaux), Tamuda, médinas, musée du judaïsme marocain. L’on peut y ajouter la mise en valeur d’évènements régionaux dans les villes et les villages (moussems, tbourida,..). Voilà de quoi permettre de faire connaître et de commercialiser une offre culturelle d’appui au produit touristique. 

Basculer vers le numérique

Il importe également de basculer plus nettement dans le numérique : réservation par Internet, cartes d’accès, paiement, professionnalisation du personnel d’accueil et d’accompagnement. Et puis, comment ne pas impliquer les jeunes dans cette nouvelle marche de l’équation culture-tourisme. Au Salon du livre de Casablanca, il y a eu 500.000 visiteurs, dont 60% des jeunes : un potentiel qui n’est pas exploité. Les jeunes sont en demande et en attente de culture, mais ils ne savent pas quoi faire ni avec qui travailler. La recommandation de l’introduction de la musique et du dessin dans les écoles a été également faite. Une ville mythique comme Tanger a accueilli depuis un siècle pas moins de 186 écrivains étrangers, dont certains de grand renom international : qui a pensé à valoriser cela, avec des visites de leurs habitations, de leurs œuvres aussi ?

Au fond, par-delà les aspects économiques du tourisme et de sa dimension culturelle, il s’agit de construire autre chose : raconter un récit marocain où l’imaginaire, le rêve, l’émotion et la découverte occupent une place particulière. Le Maroc, «Terre de Lumière», est une avancée. Mais cela ne suffit peut-être pas pour se distinguer et faire la différence avec tant d’autres destinations concurrentes. Le Maroc ? Terre aussi de l’hospitalité, de la convivialité, de la sociabilité, de l’échange et du dialogue : un Maroc de culture et de civilisation…

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