La droiture des Français d’Agadir envers l’extrême-droite

par Mohamed Jaouad El Kanabi – fr.hespress.com – 22/05/2022

Les expatriés de France à Agadir et Marrakech votent de plus en plus pour l’extrême-droite.

Les bureaux de vote consulaires de France dans le monde, lors de la présidentielle d’avril ont très largement plébiscité Emmanuel Macron, devant Marine Le Pen. Au second tour, le président français a largement devancé sa concurrente dans l’immense majorité des bureaux de vote de la planète. La candidate du Rassemblement national (RN) n’est arrivée en tête qu’à Moscou, Saint-Pétersbourg et Almaty (Kazakhstan).

Au Maroc, au-delà des résultats qui ont permis au président sortant de se succéder à lui-même, force est de constater que l’extrême droite a renforcé ses assises à travers les scores obtenus où la proportion d’électeurs d’extrême droite est bien plus supérieure qu’avant autant à Marrakech qu’à Agadir avec respectivement plus de 21% et 27%. Les deux villes marocaines sont celles qui accueillent et hébergent une grande communauté de séniors français.

C’est à Agadir que le RN de Marine le Pen qui a basé sa stratégie politique sur la stigmatisation de l’immigration, a eu le plus de voix (27,85%) au Maroc. En 2017 c’était déjà le cas. Le quotidien le Monde (MondeAfrique), à titre d’enquête sur la tentation du Rassemblement national dans une frange des Français d’Afrique, a rencontré des résidents français qui ont confirmé la normalité de ce vote « qui n’a rien à voir avec le Maroc. Il est en rapport avec ce qui se passe en France ».

Pour le quotidien du soir, ce paradoxe apparent, est presque une énigme. Et de s’interroger : « Comment peut-on voter à l’extrême droite dans un scrutin français quand on a fait le choix de résider, souvent pour sa retraite, sur le continent africain ? N’est-il pas contradictoire de bénéficier pour soi-même d’une totale liberté de circulation, voire de résidence, à Djerba (Tunisie), Agadir (Maroc) ou Saly (Sénégal), et d’adhérer, en même temps, à une vision de la France fermée, ou inamicale, aux migrations en sens inverse ? C’est peu dire que le comportement électoral, lors de la récente élection présidentielle des 10 et 24 avril, de certaines communautés de Français installés au sud de la Méditerranée jette le trouble. Il mérite à tout le moins d’être questionné ».

Sans vouloir banaliser le succès d’Emmanuel Macron qui tout de même, a été plébiscité dans ces trois pays, c’est un peu l’histoire du train qui en cache un autre.

Revenons au Maroc ! Nombre de Français, pour la plupart des retraités, séduits par «le beau temps, la proximité avec la France, la sécurité, la langue française, la gentillesse des Marocains » mais également, par les conditions d’accueil, le coût de la vie, une fiscalité généreuse et autres avantages, se sont établis dans le Royaume et s’y plaisent à tel point qu’ils en ont déduit cette conclusion pour le moins « reluisante » et qui en dit long sur l’Etat d’esprit de l’expatrié du Maroc en terre Souss-Massa, « les Marocains d’ici, ce ne sont pas les mêmes qu’en France ».

Eh oui ! c’est que les atouts de cette circonscription qu’est Agadir ne manquent pas pour ces 5.200 Français enregistrés au consulat (soit trois fois plus qu’il y a dix ans, et qui plus est, sont les plus âgés du Maroc). La moitié des inscrits sur la liste électorale consulaire lors du dernier scrutin présidentiel avaient plus de 60 ans à Agadir, binationaux compris. Ce qui aurait dû faire barrage à l’extrême-droite mais que nenni ! A titre de rappel, on y  a voté  à près du tiers lors du second tour pour Marine Le Pen, devant Marrakech (1/5ème) et moins de 10 % à Rabat, Casablanca, Tanger et Fès.

« Ici, les gens se sentent en sécurité et ils aimeraient bien que ce soit pareil en France, plus ordonné, plus discipliné, moins laxiste », a déclaré au média, Catherine Tribouart, vice-présidente de l’Union des Français à l’Etranger (UFE) au Maroc et présidente du conseil consulaire d’Aga­dir, qui ajoute que « plus on vieillit, plus on aspire à une vie tranquille et sans peur ».

Et justement au chapitre de bien vieillir, elles sont des anecdotes à titre de déclarations et on vous laisse le soin de vous en délecter. En France « les  étrangers, avec tou­tes leurs aides, vivent parfois mieux que des retraités ayant cotisé toute leur vie » ou de ceux qui « mettent trop en avant qu’ils sont musul­mans »«Nous, on est bienveillants envers les Marocains, on s’adapte aux normes du pays, on ne revendique pas la construction de dizaines d’églises », s’indigne cette sexagénaire, estimant que, « quand on est im­migré dans un pays, il faut savoir rester discret ».

Celle-ci venant d’un ex-tenancier d’une crêperie en France reconverti en vendeur de poulet et de porc rôtis sur les marchés, est sympa aussi: « des jeunes passaient devant mon stand, ils crachaient et criaient ha­louf », « cochon » en arabe. «Il y a des immigrés en France qui veulent imposer leur façon de vivre, profitent des aides et ne respectent rien.

Mais la haine de l’immigré justement, toutes proportions gardées, ne s’arrête pas là. « Des  « MRE » (Marocains résidant à l’étranger) reconnaissables à leur « accent des cités » profitent des plages d’Agadir pendant la saison estivale, ils passent devant tout le monde dans les files d’attente au super­ marché, écoutent la « musique à fond » sur la plage et maltraitent les locaux. « Ils se croient tout per­mis, déplore celui-ci. Nous, on est poli, on respecte les coutumes locales. On attend la même chose des immigrés en France ».

On retiendra pour conclure cette ardeur apaisée : « Une partie des immigrés en France n’ont aucun res­pect pour les lois françaises. Cela pèse dans les choix électoraux ».

Après plus de trente ans de carrière diplomatique à divers en­droits du globe, c’est au Maroc que Patrick Mayne, 61 ans, un adepte de golf et de véhicules tout-­terrain, a posé ses vali­ses. Il loue ce pays très policé, en contradiction avec une France qui lui semble partir à la dérive : « Les gens voient comment ça se passe en France et comment ça se passe au Maroc. Ici, la police est respectée, la délinquance est réprimée, la justice n’est pas laxiste », souligne­-t-­il.

Et au regard de l’actualité dans l’Hexagone, il dira : « les incidents du 1er­ Mai, les agressions au couteau quasi quotidiennes, les quar­tiers où « personne ne va plus »…  Ce n’est pas au Maroc que vous verrez des zones de non­ droit ou des personnes prendre la fuite à un contrôle de police ! ». Dis comme ça par Le Monde, aussi africain soit-il, le Maroc est un pays qui prête à faire rêver.