Charles de Foucauld et le Maroc : Un destin hors du commun

par Jamal TAKADOUM – maroc-hebdo.press.ma – 27/05/2022

Qui est Charles de Foucauld, l’homme que le pape François a canonisé, le 15 mai 2022, et en a fait un saint? Qui est cet homme à qui l’Église catholique a décerné sa plus haute reconnaissance? 

La vie et le destin de Charles de Foucauld sont hors du commun. Issu d’une famille catholique de la noblesse française, Charles de Foucauld a vu le jour à Strasbourg en 1858. Il perdit ses deux parents à l’âge de six ans et fut recueilli par son grand-père, le colonel de Morlet. Ce dernier l’envoya à l’école Sainte-Geneviève, à Versailles, pour préparer le concours d’entrée à l’École spéciale militaire de Saint-Cyr, École qu’il intégra en 1876. Deux années plus tard, il rejoignit l’École de cavalerie de Saumur. 

La vie de jeune étudiant que mena Charles de Foucauld fut particulièrement agitée. Intelligent mais dissipé, il mena une vie dissolue abandonnant toute pratique religieuse et multipliant les frasques, aidé en cela par l’héritage familial. Ses résultats scolaires en pâtirent et il ne réussit que très péniblement ses études.

En 1880, il quitta la France pour l’Algérie au sein d’un régiment expéditionnaire. Deux années plus tard, il démissionna de l’armée et décida d’aller à la découverte du Maroc, terre peu explorée à l’époque.

Il apprit l’arabe et, muni d’un petit carnet pour prendre des notes, d’un sextant, d’une boussole, d’un chronomètre, d’un thermomètre et d’un baromètre, il quitta l’Algérie en juin 1883 et s’enfonça dans le territoire marocain pour un voyage d’exploration qui dura onze mois. Pour ne pas attirer l’attention, il se déguisa en juif et fit le voyage accompagné du rabbin Mardochée Aby Serour, un fin connaisseur du Sahara et du Maroc. Charles de Foucauld et Mardochée rejoignirent Tanger par la mer et de là ils descendirent vers le sud en traversant le Rif puis Fès et sa région avant d’affronter le Haut Atlas et d’arriver enfin au Sahara. Ils prirent ensuite la direction de Mogador (Essaouira) puis Agadir et traversèrent à nouveau le Haut Atlas en passant par Taznakht et Dadès. De là ils continuèrent en direction de Lalla Marnia en ter ritoire algérien.

Dans son ouvrage, Reconnaissance au Maroc 1, Charles de Foucauld donne les détails de son voyage et de ses rencontres. Accompagnant son récit de croquis et de schémas très précis, il décrit les montagnes et les cours d’eau, la végétation et les cultures, les hommes et les femmes. Il effectua également de nombreuses observations et rapporta une quantité considérable de données topographiques, météorologiques, géographiques et géologiques sur le Maroc. Ce travail pionnier d’exploration fut récompensé, le 24 avril 1885, par la médaille d’or de la Société de Géographie de Paris. Les informations qu’il avait réussi à recueillir furent très précieuses et servirent, quelques années plus tard, à l’armée française lorsque l’heure de la conquête du Maroc sonna.

La publication de Reconnaissance au Maroc eut un fort retentissement et rendit son auteur célèbre. Mais cette célébrité ne put remplir le manque de paix intérieure dont Charles de Foucault souffrait. Son contact avec le désert et avec les musulmans en Algérie et au Maroc l’avait marqué et provoqué le réveil de sa foi d’enfance. Il se mit à se poser toutes sortes de questions sur le sens de la vie, sur l’existence de Dieu et, régulièrement il faisait cette prière: «Mon Dieu, si vous existez, faites-le moi connaitre.»

En 1886, Charles de Foucauld n’était plus le même homme 2, sa vie avait basculé. Il se mit à étudier l’Evangile et partit en pèlerinage en Terre Sainte de Palestine. Il effectua ensuite plusieurs retraites et des séjours au sein de différentes confréries religieuses. En 1901, il est ordonné prêtre et devint Père Charles de Foucauld. Il choisit de s’installer à Béni-Abbès, au sud de l’Algérie, près de la frontière marocaine. C’est dans ce lieu, en plein désert, qu’il mena une vie d’ermite, dépouillée de superflu et rythmée par la prière et l’aide qu’il pouvait apporter aux plus nécessiteux. Son projet était de fonder une famille religieuse à Béni-Abbès parce que cette oasis lui paraissait le lieu le plus propice pour aborder le Maroc, pays qu’il rêvait de christianiser 3. En effet, le 29 janvier 1903, il écrivit à Madame de Bondy: «Priez pour le Maroc, nuit et jour, je pense à ces 10 millions d’âmes qui ne connaissent pas Jésus, et je fais ce que je peux pour elles» 4. La confidence suivante précise la pensée de Charles de Foucauld et éclaire sur son projet: «Pour en revenir au Maroc, vous sentez que si je suis venu me mettre ici, à Béni-Abbès, sur la frontière, c’est dans l’arrière-pensée de faire mon possible pour y faire pénétrer l’Evangile.» 5 

En 1905, Charles de Foucauld quitta Béni-Abbès pour Tamanrasset, à l’extrême sud de l’Algérie. C’est dans cette région qu’il vécut au milieu des Touaregs jusqu’en 1916, et c’est là qu’il fut assassiné le 1er décembre de cette même année. Sa mort passa inaperçue car la France et l’Europe étaient alors plongées dans les affres de la Première Guerre mondiale. Il était âgé de 58 ans.

Références

1-Vicomte Charles de Foucauld, Reconnaissance au Maroc, Challamel et Cie Editeurs, 1888
2- Marie André, L’ermite du grand désert Le père de Foucauld, 1937, page 29
3- Georges Gorrée, Au service du Maroc Charles de Foucauld, Grasse, 1938, pages 164-165
4- Ibid, page 166
5- Ibid, page 169

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